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Politique

Réquisition des logements vides !

Trêve hivernale : le gouvernement repousse les expulsions à plus tard… il faut y mettre fin !

En pleine crise économique, la Fondation Abbé Pierre alerte sur un risque d'explosion des expulsions en 2021 dans son rapport annuel. Pendant ce temps le gouvernement a annoncé le report de la fin de la trêve hivernal. Une mesure qui cache mal sa politique anti-pauvres.

mercredi 3 février

Crédit photo : AFP

Dans un contexte où « les chiffres de l’emploi annoncent une précarité économique en progression, l’impact réel de la crise ne sera visible que dans quelques mois, et ses effets marqueront les années à venir ». Ce sont les mots de la Fondation Abbé Pierre, qui rendait hier son rapport 2021 sur l’état du mal-logement en France.

Le rapport souligne ainsi que depuis le début de la crise sanitaire, la frange des salariés les plus précaires s’est enfoncée dans la misère, en témoignent dans les foyers français le nombre d’impayés de factures d’énergie en hausse de 18%, qui a entraîné 672 000 coupures d’électricité ou de gaz.

Les impayés dans les logements sociaux s’élèvent à 65 millions d’euros en 2020, une gageure face aux 22 milliards d’euros de loyers encaissés par les bailleurs sociaux. Pour autant, selon l’association et les syndicats de l’immobilier de France, le pire reste à venir. « L’arrivée du printemps et la fin des mesures d’aide nous inquiète. Le nombre de faillite d’entreprises dépasse, aujourd’hui, celui des créations », résume-t-elle.

En 2020, les attributions de logements sociaux ont connu un fort ralentissement à cause de la crise et des mesures sanitaires. Ces ralentissements administratifs ont eu des effets désastreux sur les personnes les plus vulnérables, qui ont vu les délais d’attente de logements ou de versement des aides s’allonger et empêcher l’accès au logement social à des milliers de ménages.
Dans une crise où la précarité explose, où le taux des allocataires du RSA a bondi de 10% en moins d’un an, le nombre d’attribution de logements aurait chuté, lui, de 20%.

En pleine pandémie, le rapport alerte sur l’effet du mal-logement sur la santé des personnes mal-logés « souvent à haut risque sur le plan médical ». D’après les chiffres de Médecins sans frontières, 52 % des personnes précaires accueillies dans des centres d’hébergement, des foyers de travailleurs migrants ou des gymnases durant l’été 2020 ont été touchées par le coronavirus, soit cinq fois plus que la moyenne en Île-de-France. Les personnes vivant dans un logement surpeuplés son elles aussi touchées par cette surexposition au risque de contraction de la maladie.

Dans le sondage IPSOS réalisé mi-janvier par la Fondation Abbé Pierre, un focus spécial jeunes a été fait. La situation financière constatée affecte davantage les 18-24 ans (43 %). Dans le détail, 20 % des jeunes ont éprouvé des difficultés à payer leur loyer et 12 % à voir leurs conditions de logement se dégrader (contre 7 % en moyenne). Face à la précarité, 20 % ont dû solliciter l’aide alimentaire. Parmi eux, les trois quarts sollicitaient cette aide pour la première fois. Enfin, plus d’un tiers d’entre eux (35 %) craint de ne pouvoir faire face aux dépenses de logement en 2021.

L’hypocrisie du gouvernement pour répondre à la crise du logement

Face à cette situation critique et pour répondre immédiatement, le gouvernement a annoncé vouloir repousser la fin de la trêve hivernal. Une bien maigre réponse à la pire crise économique depuis des décennies. La fondation Abbé Pierre a d’ailleurs souligné dans son rapport le manque d’efforts, qui n’a « jamais été aussi faible », de la part du gouvernement sur ce plan. Pis encore, les aides du secteur n’ont jamais été aussi basses, preuve en sont les coupes budgétaires effectuées dans les APL depuis trois ans, ne permettant ni aux bailleurs sociaux de construire, ni d’investir dans le logement social.

C’est donc avec une hypocrisie non dissimulée que Jean Castex a proposé la relance de la construction de logements sociaux vendredi 29 janvier, tout en affichant la volonté de freiner la construction de logements très sociaux dans les communes qui dépassent les 40% de logement HLM. Une politique délibérément anti-pauvres, lorsque l’on sait que la majeure partie des demandes concernent ces logements à très bas loyers, et que tout porte à croire que la demande va augmenter dans les mois qui viennent.

Face à cette crise du logement, il est nécessaire d’imposer la fin des expulsions à la fin de la trêve hivernal. Celle ci doivent s’accompagner aussi de la réquisition des logements vides, qui augmentent artificiellement les prix de l’immobilier dans les grandes villes.




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