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Jeunesse

Antiracisme

Tribune. La jeunesse s’engage contre l’islamophobie

Une trentaine d’organisations liées à la jeunesse dénoncent « l’islamophobie croissante dans notre société ». Nous relayons cette tribune, signée par le NPA-Jeune- qui appelle a une mobilisation de la jeunesse contre la loi séparatismes.

mercredi 16 décembre 2020

La tribune a été initialement publiée sur Acta.

Une trentaine d’organisations liées à la jeunesse dénoncent « l’islamophobie croissante dans notre société » et appellent à rejoindre les manifestations contre l’islamophobie du 12 décembre. « Nous partageons l’horreur et l’indignation concernant les attentats ayant ciblé des innocent-es. Cependant nous dénonçons l’instrumentalisation des attentats par le gouvernement pour inscrire dans le droit des législations aussi inefficaces contre le terrorisme que dangereuses pour nos libertés. »

Nous, jeunes, étudiant-es, salarié-es, précaires, dénonçons ensemble l’islamophobie croissante dans notre société. Nous nous opposons ensemble aux discriminations et violences à l’encontre des musulman-es ou supposé-es comme tel-les.

Nous partageons l’horreur et l’indignation concernant les attentats ayant ciblé des innocent-es. Cependant nous dénonçons l’instrumentalisation des attentats par le gouvernement pour inscrire dans le droit des législations aussi inefficaces contre le terrorisme que dangereuses pour nos libertés. Nos libertés de culte, de conscience, d’organisation sont en péril et l’accélération récente des violences islamophobes en France impose de prendre position.

Contre les mesures sécuritaires d’exception normalisées,

Contre les arrestations d’enfants pour « apologie du terrorisme »,

Contre la dissolution arbitraire d’associations antiracistes comme le CCIF, ou d’associations humanitaires comme Baraka City,

Contre la fermeture abusive de lieux de prière et d’écoles hors contrats.

Cette islamophobie décomplexée des institutions tend à légitimer des agressions récurrentes à l’encontre de personnes musulmanes ou considérées comme telles comme à Paris, au pied de la tour Eiffel, ou à Avignon. Ces attaques sont nombreuses, graves et ne connaissent qu’une médiatisation limitée, quand des rédactions préfèrent renouveler leur confiance à des éditorialistes déjà condamné-es pour incitation à la haine raciale. Dans ces médias, comme dans les institutions, une conception exclusive de la laïcité est aujourd’hui brandie comme levier de l’islamophobie. Ainsi, on sape les possibilités d’expression et d’organisation des musulman-es, on les suspecte, on les accuse et on les stigmatise.

Une islamophobie française sexiste

L’islamophobie n’est pas un phénomène récent.

Elle est liée à l’histoire de la France comme État colonial et impérialiste, qui s’est engagé dans des conquêtes, des guerres de colonisation et des déportations de population.

La politique française à l’encontre des populations colonisées est la matrice du racisme d’aujourd’hui à l’encontre des musulmans et, plus encore, des musulmanes, qui subissent ces attaques racistes, sexistes et islamophobes depuis trop longtemps.

Par exemple, le 13 mai 1958, à Alger, des musulmanes, à la demande des autorités coloniales, sont forcées de brûler leur foulard. Ces « cérémonies de dévoilement » sont le lieu d’une intense humiliation. Ces événements symboliques permettent de faire le lien entre un colonialisme supposément libérateur souhaitant soustraire le corps des femmes à un islam qualifié de « barbare et violent » et les discriminations que subissent les femmes musulmanes aujourd’hui.

Depuis 2004, ces femmes portant le foulard sont encore et toujours plus stigmatisées. L’État français justifie ces atteintes au nom de l’émancipation des femmes, bafouant ainsi leur droit fondamental à disposer de leur corps.

Un projet de loi indigne

Dans la lignée de cette histoire, le gouvernement Macron a annoncé un projet de loi – dit « renforçant les principes républicains » -, qui s’avère être un énième projet de loi de stigmatisation de l’ensemble des communautés musulmanes.

Par cette loi, l’État s’arroge le droit de contrôler et criminaliser la pratique de l’Islam, et demande aux musulman-es de répondre d’actes dont elles et ils ne sont pas responsables.

Par cette loi, l’État étend l’obligation de neutralité des fonctionnaires aux entreprises privées délégataires de service public. Il s’attaque ainsi à la liberté de culte elle-même. En élargissant l’interdiction de toute manifestation de conviction religieuse à ces secteurs, l’État compromet un peu plus l’accès à de nombreux emplois aux musulmanes portant le foulard.

Par cette loi, l’État attaque frontalement le tissu associatif musulman. Elle permet la répression administrative et financière de toute association ne respectant pas « les principes et valeurs de la République ». Le flou de cette formule laisse la porte ouverte à de nombreuses dérives et étend les prérogatives du gouvernement en matière de dissolution arbitraire d’associations.

Par cette loi, l’État prévoit de sanctionner pénalement les prises de positions publiques des responsables de lieux de culte, bafouant ainsi leur liberté d’opinion et d’expression.

Par cette loi, l’État criminalise le fait de transmettre ou diffuser des images mettant en cause des fonctionnaires ou personnes dépositaires de l’autorité publique. Cela rendrait impossible la dénonciation de discriminations et de violences commises par des personnes occupant ces fonctions et mettrait en péril le droit d’informer ainsi que l’auto-défense populaire.

Pour une mobilisation de la jeunesse antiraciste

En clair, cette loi est une étape de plus dans la longue histoire française de stigmatisation et de restriction des libertés des minorités religieuses et des personnes issues de l’immigration post-coloniale.

Plus que jamais, il est temps de faire bloc contre l’islamophobie, pour construire le front jeune le plus large possible contre le racisme d’État, en bâtissant des alliances respectueuses des enjeux et trajectoires de chacun-es.

C’est la condition pour que nous puissions réellement « être ensemble ». Nous espérons que cette tribune sera la première étape de la construction d’une opposition durable, rassemblant la jeunesse mobilisée, qui contre les positions de façade fait de l’antiracisme un enjeu politique central, et les organisations musulmanes et antiracistes.

C’est pour cette raison que nous appelons toutes et tous à rejoindre les manifestations contre l’islamophobie du 12 décembre prochain, organisées à l’initiative du Collectif du 10 novembre, partout en France.

Ces dernières semaines, les Marches des Libertés ont mobilisé massivement. En investissant la rue, il est nécessaire d’affirmer la place centrale de l’antiracisme pour poser ensemble les jalons d’un avenir serein.

Nous revendiquons donc :

  • La reconnaissance de l’islamophobie comme une forme spécifique de racisme.
  • L’intégration de la lutte contre l’islamophobie dans les politiques de lutte contre les violences faites aux femmes.
  • L’abandon immédiat de la loi dite « renforçant les principes républicains » et la mise en place de mesures de défense des droits des personnes de confession musulmane en France ou supposées comme telles.
  • L’abrogation des projets de lois islamophobes qui, depuis 2004, limitent l’accès des femmes musulmanes à l’espace public.
  • La mise en place de politiques pour l’accès au travail des femmes qui portent le foulard.
  • Le renforcement des sanctions à l’encontre des médias qui diffusent des propos discriminants et incitent à la haine contre les personnes de confession musulmane.
  • L’abandon par l’Éducation Nationale de la rhétorique sur les « tenues républicaines ».
  • Que l’État protège également tous les enfants indépendamment de leurs confessions religieuses en cessant immédiatement les poursuites d’enfants pour « apologie du terrorisme ».
  • Que l’État mette fin à ses politiques migratoires racistes et à la suspicion de radicalisation d’exilé-es de confession musulmane ou perçu-es comme tel-le-s.
  • De véritables politiques de lutte contre le racisme systémique dans les institutions publiques : à l’école, dans les hôpitaux, dans la police.
  • Le retrait des dispositions de l’État d’urgence du droit commun et l’arrêt du fichage administratif de masse.
  • La fin du harcèlement administratif à l’encontre des structures et associations musulmanes.

Par ce texte, nous réaffirmons notre volonté commune de lutter ensemble pour une société juste et équitable, où l’école et l’université sont des lieux d’apprentissage et d’émancipation ouverts à tou-tes, sans considération de genre, d’origine ou de religion.

Dans nos quartiers, sur nos lieux d’études et de travail, réunissons-nous pour construire la riposte antiraciste contre l’islamophobie !

Premières organisations signataires : ACTA, Action antifasciste Nantes, Action antifasciste Paris-Banlieue, Action antifasciste Strasbourg, AKIRA, Alliance Citoyenne du Grand Lyon, Alliance Citoyenne des hijabeuses, BLM Nantes, Collectif antifasciste Picardie, Collectif Dar Harraga, Collectif féministe décolonial NTA Rajel, Collectif McDroits, Collectif Vies Scolaires en Colère IDF, Comité Vérité et Justice 31 contre les violences policières et le Racisme d’État, Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie, Étudiants Musulmans de France, Fédération Syndicale Étudiante (FSE), Genepi, Groupe Antifasciste Lyon & Environs (GALE), La Chapelle Debout, La Femme en Papier, Mauvais Genre(s) club LGBTQIA+ de l’École du Louvre, MJCF Val de Marne, MWASI Collectif, Nantes Révoltée, NPA Jeunes Pour des Alliances TPGQF, Se fédérer, SIAMO Paris Antifa, Solidaires Étudiant-e-s, Temps qu’on sème, Union des Démocrates Musulmans Français, Youth for climate Ile de France




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