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Du Pain et des Roses

Droit des femmes

Tribune. Notre grève est essentielle ! Ensemble avec les femmes polonaises pour le droit à l’IVG

Nous relayons cette Tribune de soutien à la grève des femmes polonaises contre l'interdiction de l'avortement, impulsée par le réseau Luttes Autonomes Essentielles Transnationales et signée par des organisations et réseaux féministes et d'extrême gauche principalement d'Europe de l'Est mais aussi européens plus largement.

mercredi 28 octobre

Crédit photo : EPA-EFE/MACIEJ KULCZYNSKI

Le 22 octobre, le Tribunal constitutionnel polonais a déclaré inconstitutionnel l’avortement pour malformation fœtale, l’un des rares motifs d’avortement légal qui subsistait. Ce faisant, le Tribunal ouvre la voie à une interdiction presque totale de l’avortement en Pologne. Pendant la pandémie mondiale, cela signifie que l’avortement à l’étranger sera la seule option, encore plus dangereuse et coûteuse pour les femmes vivant en Pologne. Cette sentence a réactivé la colère de la protestation noire, déclenchant une énorme vague de révolte et de blocus dans tout le pays, défiant les restrictions sur les rassemblements publics, ainsi que le déclenchement de plusieurs manifestations de soutien dans différentes villes européennes.

Les manifestations, les graffitis sur les murs des églises et les actions de soutien qui ont eu lieu depuis la décision de justice prouvent que les femmes polonaises, et celles qui se battent à leurs côtés, ne se laisseront pas réduire au silence face à cette attaque contre la liberté d’avortement, refusant d’être soumises aux revendications patriarcales de la société capitaliste. Les mobilisations en cours en Pologne font écho au mot d’ordre qui, à partir d’octobre 2016, a déclenché le soulèvement mondial des femmes contre la violence patriarcale : la grève. Ainsi, aujourd’hui, mercredi 28 octobre, les femmes polonaises appellent à une grève générale pour interrompre la production et la reproduction sociale.

Nous, Luttes Autonomes Essentielles Transnationales, sommes solidaires des grévistes. Lors de notre première assemblée publique, rejointe par des dizaines de personnes et suivie par des milliers de personnes d’Europe centrale et orientale et bien au-delà (voir l’enregistrement de la réunion ici), nous avons décidé de soutenir les actions de grève en Pologne parce que dans cette grève, nous reconnaissons une réponse puissante à une nouvelle atteinte à notre liberté.

L’interdiction de l’avortement en Pologne est le signe d’une réaction contre la liberté des femmes qui a lieu partout en Europe et dans le monde et qui s’est intensifiée au cours de la pandémie de COVID-19. Dans plusieurs pays, l’avortement est attaqué et les gouvernements profitent de la crise pandémique pour imposer les restrictions dans l’espoir d’éviter les contestations.

Nous voyons un lien évident entre l’intention de condamner les femmes au destin de mère et leur identification au rôle de soignante "naturelle" qui leur fait payer le prix le plus élevé de la pandémie. Les femmes sont surchargées de travail, exploitées et sous-payées dans les secteurs dits essentiels comme les infirmières, les soignants, le personnel médical, le secteur du nettoyage, de la logistique et de l’agriculture. En tant que telles, elles courent constamment le risque d’être infectées en raison des années de restrictions budgétaires qui ont entraîné l’effondrement désastreux des soins de santé, entraînant un manque massif de protections personnelles. Les femmes migrantes se retrouvent sans subventions, sans permis de séjour, et souvent sans maison, forcées de se déplacer dans des conditions dangereuses à travers les frontières, à la recherche d’un salaire et d’une vie meilleure, ou de continuer à vivre dans des endroits surpeuplés et dangereux.

Ces atteintes à la liberté des femmes et à la liberté de reproduction sont au cœur de la reproduction et de la cristallisation des inégalités dans la société en temps de pandémie. Nous sommes une fois de plus aux côtés des femmes polonaises aujourd’hui dans leur lutte pour un avortement sûr, légal et libre. Leur lutte est stratégique dans notre projet de construire des liens internationaux et de sortir de l’isolement : nous y reconnaissons la revendication de ne pas être subalternes et la possibilité de renverser les hiérarchies qui nous oppriment tous.

Nos vies sont essentielles, notre liberté est essentielle, notre grève est essentielle !
La Tribune originale en anglais à lire sur LeftEast




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