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Trois semaines de mobilisation historique au Panama contre l’inflation, les inégalités et la corruption

Depuis trois semaines, le Panama est secoué par un important mouvement. Manifestations, barrages routiers, blocage et d’importantes grèves dans plusieurs secteurs paralysent le pays tout entier. A la source du conflit l’augmentation des prix, la corruption, mais aussi un accroissement des inégalités depuis le début de la crise sanitaire.

lundi 25 juillet

Mobilisation historique au Panama

Voilà trois semaines que progressivement la protestation s’étend dans tout le pays. L’augmentation des prix combinée à un accroissement des inégalités depuis plusieurs années a déclenché l’une des plus importantes mobilisations qu’a connu le Panama depuis plusieurs décennies. Le mouvement a débuté par une grève importante dans l’éducation, secteur fer de lance de la mobilisation. Il a rapidement été rejoint par le puissant syndicat de la construction, des organisations sociales, des groupes indigènes et d’autres secteurs populaires, mais aussi des secteurs de la classe moyenne.

Cette mobilisation d’ampleur s’oppose au gouvernement du président Laurentino Cortizo qui, depuis 2019, tente d’appliquer une politique libérale favorable au FMI et la bourgeoisie. Le mouvement a été marqué par des actions radicales. De nombreuses routes ont été bloqués, et notamment uns des plus importants axes routiers : l’autoroute panaméricaine, une infrastructure cruciale du continent centraméricain au vu du nombre de marchandises qui y transitent chaque jour. Les blocages ont aussi entrainé des pénuries importantes, notamment dans la capitale Panama City.

Face à cette situation le gouvernement a déployer de nombreuses forces de répression dans le pays.

Un pays dollarisé frappé par la crise du covid et l’inflation

Pays néolibéral de longue date après l’invasion par les Etats-Unis en 1989, le Panama est marqué par une économie dollarisé et a connu une croissance importante grâce aux recettes provenant du canal interocéanique et des secteurs des services. L’économie a cependant connu un ralentissement depuis 2020 dû au Covid. Si la croissance a redémarré depuis, celle-ci n’a profité qu’à un petit secteur de la population, les plus riches, tandis que les secteurs ouvriers, indigènes et paysan se sont appauvris.

Main dans la main avec le FMI le gouvernement a mené d’importantes attaques contre les travailleurs avec d’importantes augmentations des licenciements et une réduction drastique du niveau de vie. En 2015, un rapport officiel produit par la commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC) a révélé que 10% des familles les plus riches du Panama disposaient de 37,3 fois plus de revenus que les 10% les plus pauvres. Des inégalités profondes qui, combinées avec une augmentation des prix, a déclenché le mouvement en cours.

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Non au dialogue social, construire le rapport de forces

La crise politique importante qui s’est ouverte dans le pays a contraint le gouvernement à négocier avec de nombreuses organisations comme l’Alliance nationale des personnes organisées (ANADEPO), l’Alliance populaire unie pour la vie, des dirigeants politiques des régions indigènes et de la communauté paysanne. Leurs principales revendications des coordinations sont la baisse et le gel du prix du carburant, la baisse et le gel du prix de l’énergie, la baisse du prix du panier alimentaire de base jusqu’à 30 % sans affecter les producteurs, la baisse du prix des médicaments, l’allocation de 6 % du PIB à l’éducation, résolution des problèmes de corruption avec la création d’un comité de suivi intersectoriel…

Des négociations se sont ouvertes jeudi 21 juillet avec le gouvernement, mais n’ont pour le moment pas calmé les grèves et mobilisations toujours en cours. Si le gouvernement a accepté d’entreprendre quelques mesures, comme la baisse du prix du carburant et la baisse de 15 % sur les produits alimentaires de bases, ces mesures ne répondent pas du tout aux revendications du mouvement en cours.

Surtout, il est certain que le gouvernement joue la carte du dialogue social afin d’apaiser la situation. Or, alors que les travailleurs et classes populaires du Panama ont prouvé une fois de plus que le rapport de forces permet de stopper les mesures du gouvernement et de remporter quelques victoires, les directions politiques et syndicales du mouvement ont fait le choix de baisser l’intensité des mobilisations et des grèves pendant les négociations. A l’inverse, c’est bien la généralisation de la grève qui permettrait d’obtenir satisfaction, afin que les travailleurs et classes populaires du Panama ne paient pas la crise, et c’est cette perspective qu’il faut défendre !

Le mouvement en cours au sein du pays vient en tout cas s’ajouter aux nombreuses mobilisations qui semblent s’amplifier sur les cinq continents. Face à une inflation généralisée, le continent américain est particulièrement touché, avec des mouvements récents en Equateur et une grève importante dans l’une des plus grosses entreprises du Mexique, TELMEX.



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