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Trump et son mur : la campagne du président-sortant sous l’étendard de la xénophobie

C'était sa promesse de campagne et elle va se concrétiser : Trump veut construire un mur entre les États-Unis et le Mexique. Une entreprise aussi coûteuse qu'inutile, mais qui flatte le racisme le plus extrême, c'est-à-dire le meilleur allié de Trump.

mercredi 4 septembre

Crédit photo : Jose Luis Gonzalez

« Un mur, il faut un mur, je construirai un mur, les murs, ça me connaît, je construis super bien tous les murs » - voilà, en condensé, l’essentiel du programme de Trump destiné très clairement à l’électorat blanc américain en voie de paupérisation. Sur le plan idéologique, ce "mur" est en effet bien utile pour diviser la classe des travailleurs et remporter l’élection.

Le "mur" cependant divise désormais aussi la bourgeoisie : Trump a eu le malheur d’annoncer que le budget de son mur serait pris sur le budget de la Défense, à une hauteur de 3,6 milliards de dollars. Pour 280 km de murs à créer ou à consolider. Ce qui, au passage, nous fait un mur à 12,8 millions de dollars le km. 

Pour construire son « mur et croyez-moi je m’y connais », Trump est donc conduit à reporter les travaux que prévoyait le budget de l’armée, en tout 127 chantiers de création ou de modernisation de locaux militaires aux États-Unis et sur des terrains d’opération extérieurs. Ce que l’opposition démocrate juge intolérable, évidemment, quand on sait à quel point la question militaire est sensible pour la bourgeoisie américaine. De manière générale, le budget de l’armée aux Etats-Unis représente 4% du PIB, ce qui en fait le premier budget militaire au monde : à eux seuls, les Etats-Unis comptent pour 40% du budget mondial consacré à l’armée. Avec en plus la recherche dans les différents laboratoires scientifiques où s’élaborent les nouveaux moyens technologiques en vue des guerres futures. 

Mais pourquoi Trump, dont on connaît assez les lubies belliqueuses et les tweets compulsifs et rageurs vide-t-il le budget de l’armée pour construire son "mur" alors même qu’il n’arrête pas de menacer les concurrents de l’économie américaine des pires représailles ? On peut soupçonner deux choses, au moins : d’abord, que l’armée américaine est assez nantie pour survivre et continuer ses opérations, même en ponctionnant son budget de 3,6 milliards - ce qui donne une idée du budget 2019, tout de même. Ensuite, cela informe aussi sur le rôle de l’idéologie et du racisme aux Etats-Unis : l’administration américaine a dû juger qu’il fallait leur donner un peu de consistance, pour qu’ils continuent à fonctionner. 

A cela s’ajoute un argument-massue : le mur ainsi construit libérera des militaires assignés à la surveillance de la frontière. Non seulement les sud-américains ne pourront pas passer, mais en plus il n’y aura quasiment plus aucun témoin. Seulement un "mur". 

A l’époque de la guerre froide, il était de bon ton d’avoir pas loin de chez soi un bunker, en cas d’attaque nucléaire. Avec Trump, c’est d’un mur dont les Etats-Unis ont besoin, mais cette fois c’est pour se protéger des pauvres qui fuient massivement des conditions invivables - créées par les Etats-Unis eux-mêmes. Avec ce "mur" quelque chose est en train de se construire pour la bourgeoisie, qui va au-delà du "territoire national" tout juste bon à l’électorat blanc américain : ce "mur" est la revendication d’une exclusion systématique des pauvres, au prétexte de leur origine ou de leur couleur de peau. Mais le mur fait aussi la démonstration de la linéarité assumée de l’histoire du capitalisme : ça ne va que dans un sens, donc il n’y a ni causalité systémique ni causalité circulaire et la pauvreté qui existe ailleurs n’a rien à voir avec la richesse d’ici. Une puissante construction idéologique, en réalité, puisque ce "mur", c’est la conscience bourgeoise réifiée et offerte en pâture aux travailleurs blancs américains. 

C’est le même dispositif qui se dessine partout ailleurs, lorsque l’extrême droite essaie d’attirer un électorat qui n’a, en réalité, rien de bon à attendre d’elle : en recourant à l’idéologie et au racisme, l’extrême droite sait "qu’il en restera toujours quelque chose". De Trump, on aura un mur. 




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