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Monde

Présidentielles aux Etats-Unis

Trump vs Biden : un débat entre deux piliers du système capitaliste

Le premier débat des présidentielles américaines, malgré son caractère théâtral et chaotique, a montré qu'il y a en fait très peu de différences politiques entre les deux candidats. S'il est certainement alarmant de voir Donald Trump poursuivre ses appels du pied à l'extrême-droite, il est essentiel de rappeler que Joe Biden ne constitue en rien une alternative progressiste. Seule la lutte des travailleurs et des opprimés peut dessiner des perspectives face à la crise.

mercredi 30 septembre

Le premier débat présidentiel des élections américaines a été mouvementé. Trump s’est montré implacablement hostile, attaquant Biden sur tous les sujets, de sa carrière politique à ses notes à l’université, en passant par les problèmes de drogue de son fils, et l’attaquant politiquement tant à gauche qu’à droite. Cependant, toutes leurs chamailleries dissimulaient le fait que, sur tous les sujets du débat, très peu de choses séparent les deux hommes. Tous deux s’opposent au désinvestissement dans la police, au Green New Deal et à l’assurance-maladie pour tous. Tous deux soutiennent l’impérialisme et sont dans une course pour savoir qui sera le plus dur avec la Chine. Certes, Trump se démarque en refusant de condamner les partisans d’extrême-droite de la suprématie blanche, mais Biden, pour sa part, défend fermement la police. Bien que leur rhétorique diffère, les deux candidats sont de fervents défenseurs de l’État raciste et de la violence nécessaire pour le maintenir.

Par ailleurs, quelques jours à peine après que les Etats-Unis aient atteint le million de morts du Covid-19, aucun des candidats n’a de politique pour lutter réellement contre la propagation du virus, si ce n’est de vagues déclarations sur le fait qu’il aurait fallu être plus anti-Chine, que les individus doivent porter des masques, ou qu’il faudrait renflouer davantage les grandes entreprises. La vérité est que Biden, Trump et tout le système antidémocratique de la « démocratie » américaine n’offrent rien à la classe ouvrière, si ce n’est l’austérité, la mort et la misère.

« Vous venez de perdre la gauche »

La stratégie de Trump pour le débat était de mettre Biden au pied du mur et d’utiliser cette position pour contrôler le débat. Le déploiement le plus efficace de cette stratégie s’est produit vers le début du débat lorsqu’il a accusé Biden d’avoir fait des concessions aux « socialistes radicaux » Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez. Biden a riposté en rejetant l’assurance maladie universelle, ce à quoi Trump a déclaré triomphalement : « Vous venez de perdre la gauche. »

Le fait de placer Biden dans cette position a permis à Trump, d’une part, d’avoir le contrôle sur le débat lui-même et, d’autre part, de montrer l’efficacité avec laquelle il est capable de mettre la pression sur Biden. Autre exemple, lorsque la question du racisme a été abordée, Trump a utilisé contre lui de manière experte le Crime Bill de 1994 que Biden a largement contribué à rédiger, ainsi que ses déclarations autour de ce projet loi. Il est bien sûr tout à fait hypocrite de la part de Donald Trump d’attaquer sur le thème du racisme. Quelques minutes plus tard seulement, il a lui-même refusé de condamner les groupes suprémacistes bancs et de les rappeler à l’ordre. Cependant, ce moment est quand même apparu comme une attaque très claire et directe contre Biden. Tandis que Biden se démenait pour trouver sa place, Trump a réussi à contrôler le débat et à mettre Biden mal à l’aise.

Cette capacité vient à la fois - comme les médias n’ont pas manqué de le souligner – de l’impertinence totale de Trump et de son manque de respect pour le protocole du débat, mais aussi de son absence totale de politique réelle. Il a interrompu Biden et le modérateur Chris Wallace toute la nuit pour tenter de s’afficher en homme fort. Il reste à voir si cela fonctionnera ou non, mais Trump, en tant qu’opportuniste total, est capable de virer à gauche ou à droite selon les besoins afin de plaire aux électeurs auxquels il s’adresse. Ainsi, dans une seule et même réponse à Biden sur le sujet du racisme, il l’a attaqué sur sa gauche (sur son soutien au projet de loi sur le crime) et sur sa droite (sur le fait qu’il ne soutient pas assez « la loi et l’ordre »).

L’un des points sur lesquels Trump a toutefois touché juste est la question de la « reprise » après la crise de 2008. Alors que Biden - comme Clinton en 2016 - a essayé d’insister sur le fait que tout était rose et ensoleillé sous Obama, Trump a critiqué à juste titre la lenteur de la reprise. La vérité est que de nombreuses personnes ne se sont jamais remises de la crise de 2008, car une génération entière a été contrainte d’accepter des emplois précaires et des millions de dollars de dettes pour poursuivre leurs études. L’insistance de Biden et des démocrates à prétendre que la crise a été résolue est totalement déconnectée des réalités de l’économie réelle sous Obama. La crise économique actuelle n’est pas un phénomène nouveau, mais au contraire un approfondissement de la crise non résolue de 2008. Bien évidemment Trump n’a lui-même rien d’autre à proposer que la défense du système capitaliste et l’enrichissement de ses acolytes et de lui-même. Or, comme nous l’avons vu depuis le début de la crise, la seule solution pour les capitalistes est de nous faire payer leur crise. Trump et les républicains ont ainsi donné des milliards de dollars pour renflouer les grandes entreprises tout en ne laissant que des miettes à la classe ouvrière, et quand ces miettes se sont épuisées, ils ont laissé traîner avant d’agir. Trump n’est rien d’autre qu’un ennemi absolu de la classe ouvrière.

« Le parti démocrate c’est moi »

Joe Biden a passé ce premier débat à essayer de jouer rôle de « l’adulte » dans la salle. Cela a pris la forme de tentatives d’appels pleins d’émotion à l’ « électeur moyen », au lieu de batailler contre Trump. Cela a principalement laissé Trump débattre avec le modérateur, l’interrompre et se donner en spectacle, avec Biden qui se tiens à l’écart. Si les frasques et l’hostilité de Trump ont fini par rendre impossible la tentative de Biden de se tenir à l’écart, la stratégie reste intéressante car elle montre que Biden a fait le calcul politique de chercher à plaire aux franges de l’électorat modéré, qui peuvent être d’accord avec certaines des politiques de Trump mais qui désapprouvent son comportement. L’objectif de plaire à l’électeur blanc modéré de banlieue pavillonnaire était déjà la stratégie des démocrates durant leur convention nationale et se poursuit lors de ce premier débat.

Cette stratégie a conduit Biden à s’orienter encore plus à droite qu’auparavant. Il a ainsi fait des compliments à Amy Coney-Barrett, la candidate d’extrême droite de Trump à la Cour suprême, et a déclaré qu’il soutiendrait Trump s’il gagnait les élections. En outre, Biden a déclaré explicitement être en faveur des assurances privées et ne pas soutenir le Green New Deal. Il s’est même vanté d’avoir dû vaincre l’aile progressiste du Parti Démocrate pour devenir candidat, allant même jusqu’à dire : « Le parti, c’est moi. Là, tout de suite, je suis le parti démocrate... Je suis le parti démocrate là, maintenant. Le programme du parti démocrate, c’est ce que moi, en fait, j’ai approuvé. »

Avec ces déclarations, Biden rend explicite sa stratégie du « moindre mal ». Il n’a aucun intérêt à se déplacer vers la gauche, à l’heure où de plus en plus de militants de gauche lui apportent un soutien tactique, et il ne se déplace finalement que toujours plus vers la droite. À mesure que la crise s’aggrave, il est clair que celui qui sera élu pour administrer cet État capitaliste mettra en place une politique d’austérité parmi les plus dévastatrices depuis des générations. Biden ne prétend même pas qu’il ne le fera pas. Il promet de maintenir les assurances privées, alors même que des centaines de milliers de personnes meurent du virus, et il ne soutiendra même pas les réformes du Green New Deal, qui ne sont pourtant que très symboliques. Une présidence de Biden ne signifierait donc aucun changement pour les travailleurs, si ce n’est qu’il n’y aurait certainement une moindre opposition dans la rue, étant donné que la plupart de ceux qui ont protesté contre Trump sont à présent amenés à soutenir Biden.

« Les Proud Boys... restez en retrait »

L’une des parties les plus inquiétantes du débat a été lorsque Trump a été appelé par le modérateur Chris Wallace et par Joe Biden à condamner les milices suprémacistes blanches. Trump a bafouillé quelques mots puis a dit : « Les Proud Boys [une milice d’extrême droite] restez en retrait et attendez ». Ce qui a immédiatement été compris par beaucoup de gens comme un message clair à l’extrême-droite pour qu’elle se prépare à déclencher la violence si les élections ne se déroulent pas dans un sens favorable à Trump. Il en a aussi rajouté plus loin dans le débat, lorsqu’il a appelé ses partisans à être « poll watchers ». Les poll watchers sont les observateurs des élections, censés surveiller ce qu’il se passe dans les bureaux de votes. Ils ne sont en aucun cas censés interférer avec le processus de vote mais dans certains états, ils peuvent contester le droit d’un électeur à voter.

L’histoire de ces observateurs des bureaux de votes est bien sûr, une histoire de racisme et de répression des électeurs. Dans les années 1920, le Ku Klux Klan a intimidé les électeurs noirs en passant dans les quartiers noirs et en déposant des cartes portant des cagoules blanches sur lesquelles on pouvait lire « n’essayez pas de voter » à Oklahoma City. Ils s’étaient ensuite rassemblés dans les bureaux de vote de tout le Texas pour « prendre bonne note de la procédure de vote ». Antérieurement, en 1871, le Congrès a adopté la « Second Enforcement Act », plus connu sous le nom de KKK Act, pour interdire explicitement de tenter d’empêcher quelqu’un de voter par « la force, l’intimidation ou la menace ». En 1964, l’opération Eagle Eye, menée par le Parti Républicain avait recruté des poll watchers pour interroger et intimider les électeurs appartenant à des minorités en Arizona. Plus récemment, des membres de divers groupes suprémacistes blancs ont comploté pour « surveiller » des milliers de bureaux de vote lors des élections de 2016, et il était prévu de distribuer de l’alcool et de la marijuana dans les quartiers à prédominance noire dans l’espoir d’inciter les gens à rester chez eux.

Trump a passé le débat - comme il a passé une grande partie de ces dernières semaines, à préparer la contestation de l’élection à tous les niveaux. Il a pratiquement promis de contester les résultats de l’élection et, hier soir, sur la scène du débat, il a refusé de promettre d’accepter les résultats. En outre, Trump veut passer par la Cour Suprême pour contester l’élection devant les tribunaux, il sème le doute sur la validité des bulletins de vote par correspondance pour la contester dans la presse, il intensifie la répression des électeurs pour la contester dans les bureaux de vote, et il demande à ses partisans de la contester dans la rue. Cela signifie une probable escalade de la violence de la part de l’extrême droite. Comme il l’a fait pendant toute sa carrière politique, Trump continue d’envoyer des signaux aux suprémacistes blancs.

Il est clair que tout le système de la "démocratie" américaine est une escroquerie. Le système a été conçu par des propriétaires d’esclaves pour défendre leur droit à posséder des êtres humains, et ce système a mis deux des trois derniers présidents à la Maison Blanche après avoir perdu le vote populaire. Du collège électoral aux lois sur l’identification des électeurs, en passant par la présidence elle-même, les États-Unis ne sont pas - et n’ont jamais été - démocratiques.

Traduction depuis l’anglais : Thaïs Cheynet




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