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Monde

Répression "made in France"

Tunisie. 60 camions anti-émeute envoyés à la police tunisienne depuis Marseille

En Tunisie, depuis bientôt deux semaines les manifestations contre la situation de précarité extrême que vivent les classes populaires, en pleine crise sanitaire et économique, sont sévèrement réprimées par la police. Récemment, la police tunisienne a reçu 60 camions anti-émeute, envoyés depuis Marseille.

jeudi 28 janvier

Comme le révèle Nantes Révoltée l’opérateur portuaire Marseille Manutention, Terminal Roulier Sud a indiqué avoir « réalisé une opération pour les moins atypiques. Ce n’est pas moins de 26 camions de police (sur 60 prévus), en partance pour la Tunisie, qui ont été chargé cette semaine. », peut-on lire sur la page Linkedin de l’entreprise logistique.

En effet, alors que la Tunisie s’enfonce dans une crise sociale et économique, les classes populaires tunisiennes sont de plus en plus exposées à la précarité. Les denrées de première nécessité ont vu leur prix augmenter : semoule, farine, huile, légume et fruits ont parfois doublé, voire triplé de prix. Cette augmentation du coût de la vie qui s’est accéléré depuis le début de la crise sanitaire, combinée avec plusieurs vagues de licenciements dans les secteurs industriels a plongé les classes populaires tunisiennes dans une précarité extrême.

Face à une situation de crise économique et social dans le pays la jeunesse tunisienne des quartiers populaires est sortie dans la rue pour manifester sa colère. Si les émeutes nocturnes ont semblé se calmer ces derniers jours, elles ont repris de plus belle après l’annonce de la mort d’un jeune homme, Haykel Rachdi, habitant de Sbeïta. En effet il avait été atteint à la tête lors d’une manifestation du 19 janvier par une grenade lacrymogène. Peu de temps après avoir été hospitalisé, il est entré dans le coma, dans l’après midi du 25 janvier le directeur de cet hôpital de Sousse, Chawki Ben Hamouda, a annoncé son décès.

Selon plusieurs témoins et la sœur du jeune homme qui avait pu lui parler avant qu’il tombe dans le coma, la police lui aurait tiré intentionnellement dessus. Sur radio Sbeïta elle a pu exprimer sa colère : « Justice sera faite, s’il y a une loi on le fera par la loi, sinon on procédera par tous les moyens, même par la violence et nous savons qui est derrière ce drame ».

Face à cette tragédie, le gouvernement qui avait dans un premier temps démenti sa mort, a déployé l’armée dans la ville. A l’annonce du décès, des jeunes du quartier où habitait Haykel Rachdi ont commencé à bloquer les routes. Les forces de police ont dispersé les rassemblements à coup de gaz lacrymogène.

Depuis mi-janvier c’est une répression féroce qui s’acharne sur les manifestants. Avec plus de 600 arrestations en 4 jours, des arrestations violentes, et des tirs d’arme de balle en caoutchouc comme on a pu voir à Sfax sur des habitants, le gouvernement tente de tuer dans l’œuf une mobilisation inévitable au vu de la crise social que traverse le pays.

Ces 60 camions anti-émeute envoyés en Tunisie depuis une entreprise basée à Marseille, rappelle le fameux "savoir-faire français" lorsqu’il s’agit de réprimer les populations opprimées et exploitées qui se soulèvent. Un long "savoir-faire" policier et militaire hérité notamment de la colonisation et de la guerre d’Algérie et transmis aux régimes les plus autoritaires. Faisant planer l’ombre d’un vieux souvenir, celui de la ministre de l’intérieur Michelle Alliot Marie à la rescousse du dictateur Zine El-Abidine Ben Ali, à qui elle avait proposé le « savoir faire français » en matière de maintien de l’ordre.




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