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Société

Conseil Européen du 25 juin

UE-migrants. Une solidarité qui n’en est pas une, une politique de plus en plus criminelle

Enea Rossi Lors du sommet du Conseil Européen du jeudi 25 juin réunissant les chefs d’État et de gouvernements européens, outre le dossier grec figurait également la « question de la gestion des migrants », à savoir comment apporter des « solutions » à l’« urgence » générée par les arrivées de migrants et réfugiés. L’Union européenne a ainsi décidé que les différentes Etats membres auraient à se « partager » 60000 personnes sur deux ans. Tel est l’effort que les décideurs européens sont prêts à faire, face à la catastrophe humanitaire et économique imposées à de vastes zones d’Afrique, du Moyen Orient et du Sud-Est Asiatique.

vendredi 26 juin 2015

Un cynisme décomplexé

La discussion était centrée autour de la proposition que la Commission européenne de Jean-Claude Juncker avait soumise au Conseil, essentiellement deux mesures « phares » : premièrement, la répartition, sur deux ans (2015/2016) de 40000 demandeurs d’asile se trouvant actuellement en Grèce et en Italie, en direction d’autres pays de l’Union. Cette mesure serait censée « alléger » les systèmes d’accueil grec et italien et mieux répartir la « solidarité » à échelle continentale ; deuxièmement, la réinstallation, dans des pays de l’UE, de 20000 réfugiés se trouvant actuellement dans des pays hors Union. Ces deux mesures, corrélée à une politique visant à expulser encore plus efficacement les migrants qui ne relèveraient pas du droit d’asile, révèlent tout le cynisme des gouvernements européens. Ces derniers sont en effet beaucoup plus préoccupés de faire payer aux travailleurs grecs, et européens, le poids de la crise économique plutôt que de respecter les conventions sur le droit des migrants et les droits humains qu’ils ont pourtant eux-mêmes signées.

Une solidarité de façade pour cacher une politique d’exclusion et d’expulsion

Vis-à-vis de la question « immigration », les discussions les plus animées ont eu lieu autour de la proposition de la Commission d’effectuer la répartition des 40000 demandeurs d’asile à travers un système contraignant de quotas basé sur différents paramètres (PIB, nombre d’habitants, taux de chômage, efforts déjà accomplis dans le domaine de l’asile…). La validation par le Conseil Européen de ces paramètres de répartition contraignantes aurait créé un précèdent juridique, ce que certains pays voulaient à tout prix éviter. Ainsi, Manuel Valls suivi de François Hollande ont fait savoir de manière formelle qu’ils étaient en faveur d’un accueil volontaire, mais absolument contraires à une répartition contraignante. Fortement opposés à une répartition autre que volontaire, plusieurs pays ont également position, dont l’Etat espagnol, la Hongrie, la Pologne, la République tchèque ou encore la Slovaquie.

Finalement, un accord de compromis, byzantin, a été trouvé le soir, tard. Il consiste à accepter la répartition de 40000 demandeurs d’asile arrivés en Italie et Grèce et la réinstallation de 20000 réfugiés actuellement dans des pays hors UE, mais en renvoyant la répartition concrète par pays, sur des bases volontaires, à un Sommet informel des ministres de l’Intérieur de juillet.

En tenant compte du fait que, d’une part, la répartition de 40000 personnes s’étale sur deux ans et que, d’autre part, depuis janvier 2015, plus de 100000 personnes sont déjà arrivées en Europe en traversant la Méditerranée, il est clair que cet « effort de solidarité » ne concernera qu’une minorité de migrants, aucune espèce de solution n’étant offerte pour les autres, ni même pour les futurs arrivants.

En revanche, les discussions à propos des « critères de tri » des migrants entre candidats au statut de réfugié et migrants économiques irréguliers, expulsables, par conséquent, ont été beaucoup plus consensuelles.

Une tâche à assumer : la lutte pour les droits démocratiques

Le 15 juin le Prince Zeid Ra’ad Zeid Al Hussein, actuel Haut-Commissaire des Nations Unis pour les droits de l’homme, qui n’a rien d’un gauchiste, avait appelé l’Union Européenne à accueillir un million de réfugiés. Nous ne pouvons certainement pas nous attendre, de la part d’un représentant de l’ONU, à un appel à l’UE et aux pays du Premier Monde à arrêter leurs politiques d’assujettissement économique, militaire et politique à l’encontre du reste de la planète. Il n’en reste pas moins que, au moins sur le plan « technique », une telle mesure serait tout à fait à la portée de nos gouvernements. Un million de réfugiés représenteraient, en effet, seulement 0,2% de la population actuelle de l’UE (507 millions). Autrement dit, un réfugié tous les 500 habitants.

La fin de non-recevoir opposée par les gouvernements européens est ainsi éminemment « politique » pour des gouvernements de plus en plus « lepénisés ». L’instrumentalisation xénophobe est utilisée comme une arme apte à créer des boucs émissaires, afin de ne pas remettre en discussion les véritables responsables de la pauvreté et du chômage massif : les mécanismes de domination qui assurent l’exploitation du travail au profit du capital.

Les chiffres nous font saisir toute l’inconsistance de la propagande xénophobe surfant sur l’image de l’« invasion », et ce alors que nos gouvernants passent des semaines à se disputer au sujet de la répartition de 60000 personnes.

Tout cela démontre aussi que, dans le cadre actuel de dégénérescence démocratique et de bonapartisation du système politique à l’échelle européenne, le monde du travail et la jeunesse ne peuvent confier à personne d’autre qu’eux-mêmes la tâche de la défense des droits humains et démocratiques élémentaires.




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