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Écologie

Stop Cop City !

USA. La police assassine un militant écologiste en lutte contre la construction d’une caserne

Depuis janvier, des militants écologistes et antiracistes luttent contre la construction d'un centre d'entraînement policier à Atlanta, surnommé « Cop City ». Face au combat contre un projet aux conséquences sociales et environnementales désastreuses, la police réprime brutalement et a déjà tué un militant.

mercredi 15 février

Depuis le 18 janvier, les protestations contre le projet « Cop City » (flic-ville en anglais) s’intensifient suite à l’assassinat par la police du militant écologiste Manuel Esteban Paez Terán, surnommé « Tortuguita ». Ce militant écologiste d’origine vénézuélienne a été tué par balles par les forces de répression lors de l’expulsion d’une occupation de la zone où devrait se construire le projet. « Tortuguita » était soignant sur cette ZAD et participait à l’occupation depuis 6 mois.

En effet, cet immense centre d’entraînement qui doit être construit dans la forêt de South River au Sud d’Atlanta et qui s’étendrait sur plus de 35 hectares pour un budget de 90 millions de dollars, a pour but d’installer un immense champ de tir, et surtout un village à taille réelle pour simuler des manœuvres policières de grande ampleur et des scénarios de répression. Pour protester contre celui-ci, des militants écologistes dont Tortuguita, ont décidé d’occuper la zone depuis novembre 2021. Une occupation qui s’inscrit dans une mobilisation plus large contre le projet par les riverains ainsi que des militants antiracistes et contre les violences policières.

Cette occupation ainsi que la mobilisation est constamment réprimée par la police. Comme le rapporte l’Independant, au moins 19 personnes sont accusées de « terrorisme intérieur » pour leur participation à la mobilisation. Auprès du même journal, le militant Marlon Kautz, membre du Atlanta Solidarité Fund qui soutient les victimes de la répression policière, explique : « Ce mouvement a fait face à un niveau incroyable de répression, sans précédent à nos yeux. Incluant récemment le meurtre d’un des manifestants, ce qui a choqué tout le monde ».

Récemment, les résultats d’une autopsie indépendante, demandée par la famille de la victime, ont révélé que la police avait tiré au moins 13 fois sur ce militant. De plus, la mère du militant a également remis en cause la version donnée par la police et le GBI (Georgia Bureau of Investigation, le service d’enquête de la police Géorgienne). Ces instances policières ont en effet tenté de diffuser une version des faits visant à criminaliser la victime, et en cachant les faits à la famille. Une manœuvre systématique lors des meurtres policiers.

Suite au communiqué et à l’ampleur prise par la mobilisation, la police a été contrainte de sortir une vidéo embarquée d’un policier lors de l’évacuation du camp. Cette dernière faisant voler à elle seule en éclat la version policière.

Répression policière et poursuites pour terrorisme intérieur

Parallèlement à l’enquête, une vague de manifestations contre les violences policières, auxquelles participent des militants du mouvement Black Lives Matter et du mouvement écologiste, s’est déclenchée dans de nombreuses villes américaines, notamment à Memphis, Atlanta, New York et Washington DC. Ces manifestations ont à la fois dénoncé les violences policières contre Tortuguita, exigé l’arrêt de Cop City, mais aussi dénoncé le cas d’autres violences policières, comme le meurtre par la police de Tyre Nichols, un homme noir, décédé des suites de ses blessures infligées par la police le 28 janvier dernier.

En Géorgie, six manifestants qui prenaient part à un rassemblement dénonçant le meurtre de Tortuguita ont été arrêtés et accusés de "terrorisme intérieur", marquant un tournant toujours plus autoritaire contre le mouvement écologiste et contre le mouvement anti-raciste. Pour mater les manifestations qui se sont poursuivies, l’état d’urgence a aussi été déclaré en Géorgie, jusqu’au 9 février, avec le déploiement de 1000 membres de la Garde Nationale.

Pour autant, la mobilisation contre le projet Cop City continue de s’étendre à de nouveaux secteurs d’Atlanta, et dans tous les Etats-Unis. Les rassemblements et manifestations se multiplient, liant la question du racisme d’Etat, de l’écologie et des violences policières. Par exemple, des étudiants de l’Atlanta University Consortium (un ensemble de plusieurs universités afro-américaines à Atlanta) ont interpellé leur direction pendant un « crown forum » (une assemblée) pour dénoncer le soutien financier du projet par le consortium : « Université de Morehouse, nous avons besoin de vous »

« Nous sommes des élèves, issues de plusieurs universités de l’AUC, qui ont décidé de venir ici pour protester contre un système qui oppresse et réprime constamment notre communauté à l’image des meurtres policiers de Tyre Nichols, de Tortuguita et du projet Cop City, financés par nos universités », a lancé un étudiant de Spellman pendant le « crown forum ».

Ces étudiants ont par la suite dénoncé les tentatives du maire d’Atlanta, André Dickens (Démocrate), de tenter de les convaincre de la nécessité du projet dans une réunion privée, tenue le 8 février dernier.

En plus de la jeunesse, des associations de quartier ainsi que des sections environnementales locales, [comme le Sierra Club de Géorgie]-> https://www.google.com/amp/s/www.sierraclub.org/sierra/movement-stop-cop-city-sparks-international-solidarity%3famp ] ont pris le parti des opposants au projet de « Cop City ». De nombreux membres du Conseil municipal ou de la fondation de la police d’Atlanta ont aussi démissionné de leurs postes respectifs selon The Guardian. De même, des cabinets d’avocats ont aussi pris en charge tous les accusés de terrorisme intérieur, pour faire sauter toutes les accusations qui pèsent contre eux.

Cop City : un projet symbole du racisme environnemental

D’autant plus, ce projet est véritable massacre environnementale et culturel avec la destruction 35 hectares de la forêt de South River.

En plus du soutien politique, le projet est aussi largement soutenu par de nombreuses grandes entreprises comme Amazon,Coca-Cola, UPS ou encore la franchise américaine de NBA des Atlanta Hawks, via des donations à la fondation de la police géorgienne, permettant de financer ce type de projet.

Par ailleurs, la forêt de South River, originellement appelée Welaunee Forest, a aussi une portée historique importante. En effet, la forêt était à l’origine le territoire de la tribu des Muscogee, expropriée dans le sang par les colons au 19e siècle, pour devenir une plantation où des esclaves étaient exploités, puis une ferme-prison des années 1820 aux années 1890, dont les conditions de détention et d’exploitation restent encore opaques à ce jour. « La forêt a une longue histoire, une histoire très raciste et militante » , explique ainsi à l’Indépendant Kwame Olufemi, du Community Movement Builders.

Situé au sud de la ville et à proximité des quartiers les plus pauvres de la ville, à majorité afro-américaine, ce projet va détériorer la vie des habitants, tant par la pollution sonore des coups de feu, mais aussi par la surabondance continue de policiers dans cette zone.

« Pour être clair, Cop City n’est pas qu’un centre d’entraînement policier. C’est une base militaire où la police apprend à contrôler et réprimer les communautés afro-américaines. [...] Ils s’entraînent à avoir la certitude que les pauvres et les travailleurs ne contestent plus rien », poursuit Kwame Olufemi.

Une semaine d’actions est d’ailleurs prévue la semaine du 4 mars près du site pour continuer la mobilisation.

La lutte contre Cop City démontre que le combat pour une planète vivable est également un combat contre le racisme d’Etat et la police qui l’exécute. Face à l’accélération et l’acharnement policier contre le mouvement écologiste, les mouvements écolos et les organisations politiques doivent se solidariser contre toute répression policière et tentative de criminalisation.



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