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« Uber voleur » : près d’un millier de livreurs manifestent à Paris contre les déconnexions arbitraires

Ce lundi, près d’un millier de livreurs ont manifesté à Paris contre les fermetures arbitraires de compte par Uber Eats, leurs conditions de travail difficiles et la récente baisse de leurs rémunérations.

lundi 12 septembre

Alors que Uber a déconnecté brutalement 2.500 comptes de livreurs début septembre, jetant dehors nombre de travailleurs sans-papiers, près d’un millier de livreurs ont manifesté ce lundi à l’appel de la CNT-SO et du CLAP. La manifestation est partie de République, derrière les slogans « Uber voleur » et « Justice pour les livreurs ».

Aux cris de « non à l’esclavage », « non à l’exploitation », les livreurs ont convergé jusqu’au siège de Uber pour dénoncer la perte de travail brutale de leurs collègues suspendus du jour au lendemain alors qu’ils travaillent pour la plateforme depuis parfois plusieurs années, et que nombre d’entre eux ont continué à livrer pendant les confinements.

Condé, livreur depuis 2020, raconte la situation vécue par de nombreux travailleurs : « on a travaillé pendant le confinement, ça fait deux semaines que mon compte est désactivé, du jour au lendemain je me retrouve sans aucune possibilité de travailler, mon compte est désactivé, sans aucun motif ni explications. Je revendique le droit de pouvoir continuer à travailler, à pouvoir payer mon loyer ».

Les livreurs ont aussi exprimé leur colère face à des salaires très bas qui ne leur permettent pas de vivre dignement. Abdul, livreur présent à la manifestation interrogé par Révolution Permanente explique : « on est très mal payés par Uber, 5€ pour une course de 5 km, c’est du mépris quand on voit tout l’argent qu’ils se font sur notre dos. » Youssouf, un autre livreur mobilisé, dénonce : « la vie devient de plus en plus chère, et nos rémunérations qui étaient déjà faibles ne nous permettent pas de vivre correctement. »

La mobilisation survient alors que le 6 septembre dernier, la plateforme Uber annonçait fermer 2500 comptes sur les 60 000 comptes actifs en France. Officiellement, la mesure vise à déconnecter du réseau des travailleurs identifiés comme frauduleux, dans les faits ce sont plusieurs milliers de personnes, notamment des travailleurs sans-papiers, qui se retrouvent jetées dans une extrême précarité du jour au lendemain.

Ces attaques de la plateforme s’inscrivent dans la lignée d’une réunion des principaux acteurs de la livraison (Frichti, Deliveroo, Stuart et Uber) avec le gouvernement en septembre 2021, dans le but de lutter contre la sous-location irrégulière des comptes de livreurs, via des contrôles d’identités plus poussés et la signature d’une charte contre les sans-papiers.

Pourtant, comme le dénonce Jérome Pinot, président du Clap 75, interviewé par 20 Minutes ce sont entre « 50 et 75% des livreurs qui sont sans-papiers, ou pour être plus précis ne sont pas en situation régulière ». Une situation qui n’a jamais dérangé la plateforme, bien au contraire : « ça fait longtemps qu’Uber Eats sait que des sans-papiers travaillent pour eux et ils en ont bien profité pendant le confinement pour faire décoller l’entreprise ».

De fait, la décision hypocrite d’Uber plonge dans la précarité soudainement des milliers de travailleurs et s’ajoute à la politique anti-ouvrière de l’entreprise. Sous couvert du statut d’« auto-entrepreneur », l’enseigne a toujours octroyé des conditions de travail catastrophiques à ses livreurs. Une situation qui a été favorisée directement par Macron qui a facilité personnellement l’implantation de la plateforme en France.

Alors que 2.500 livreurs ont perdu leur travail, il faut exiger leur réintégration immédiate, des conditions de travail dignes pour toutes et tous et la fin des statuts d’emplois précaires, ainsi que la régularisation de l’ensemble des personnes sans-papiers !



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