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Ukraine : le comique Volodymyr Zelensky remporte le premier tour des présidentielles

Cinq ans après les mobilisations de l’EuroMaidan, dans un contexte de guerre larvée, de forte inflation économique et de crise profonde de la représentation politique à cause de la corruption et des reformes néolibérales, la star de la télé ukrainien Volodymyr Zelensky a remporté le premier tour aux présidentielles. Derrière un programme flou et fourre-tout, sans opposition de gauche, cet outsider de la vie politique, admirateur de personnages comme Macron ou Bolsonaro, semble réussir à canaliser le ras-le-bol généralisé au profit de la vielle oligarchie.

samedi 6 avril

Ce dimanche 31 mars, lors du premier tour des élections présidentielles en Ukraine, concourrait la star de la télé ukrainienne Volodymyr Zelensky et le président actuel du pays, Petro Poroshenko. Ce dernier, faisant partie de l’oligarchie national, est arrivé au pouvoir en 2014 suite aux révoltes de l’EuroMaidan qui a mis un terme au gouvernement pro-russe de Victor Yanukovich. Malgré son discours revendiquant la transparence, le lien avec l’Europe et l’autonomie vis-à-vis de la Russie, Poroshenco n’a cessé d’être au centre de plusieurs affaires de corruption et n’a apporté aucune solution à la crise avec la Russie – qui continue à s’exprimer en forme de guerre larvée –, ni la crise économique qui traverse le pays.

Le manque d’opposition politique et le profond discrédit du gouvernement – qui s’ajoute à la crise de représentation déjà présent lors des mobilisations de l’EuroMaidan –, expliquent que le comique Volodymyr Zelensky, cet outsider de la vie politique, ait pu emporter le premier tour des élections présidentielles avec 30% de voix. Manquant d’un programme clair, cette star de la télé ukrainienne doit notamment son succès à la popularité qu’il a et à l’image de politique honnête qu’il a gagné en jouant le rôle de président dans un feuilleton télévisé.

En effet, Volodymyr Zelensky, est le protagoniste d’une série très célèbre en Ukraine où le comique joue le rôle d’un professeur d’histoire qui devient président du pays en se faisant le porteur d’un discours virulent contre la corruption politique. L’avantage de cette image est poussé jusqu’au point où le comique fait ses meetings avec le même décor que dans la série et jusqu’au point où le parti de Zelensky s’appelle comme la série, « Le Serviteur du Peuple ».

C’est autour de cette image et d’un discours contre l’oligarchie, la corruption et la défense d’une entente autant avec la Russie qu’avec l’Europe que Volodymyr Zelensky a réussi à dépasser le clivage culturel Est/Ouest et agréger de larges secteurs de la population souhaitant une refonte du système tout entier. Cependant, malgré l’image d’outsider de la politique, le comique est aussi rattaché à l’oligarchie. Notamment à Ihor Kolomoïsky, un personnage sympathique du Kremlin, ennemi du président Petro Poroshenko et propriétaire de la chaine où se diffuse la série de Zelensky. Même le parti du comique a été lancé la nuit du réveillon du 31 décembre sur la chaine de Kolomoïsky alors que le reste des chaines diffusaient le traditionnel discours de vœux de Poroshenco.

Ce lien entre l’oligarchie qui dirige l’Ukraine et le parti de Zelensky, c’est ce qui explique le caractère volontairement flou du programme du comique notamment en matière économique. Dans un contexte de crise profonde de la représentation – Poroshenko n’a que l’approbation du 9% de la population – et les fortes dégradations des conditions de vie et de travail, les classes dominantes délégitimés ne peuvent pas défendre ouvertement un programme de réformes néolibérales, mais doivent se ranger derrière des formules creuses telles que la volonté d’avoir « une économie forte » comme le défend Zelensky.

Ce manque de clarté dans le programme a été cependant rapidement résolu par l’entrée récente au parti de libéraux comme Aivaras Abromavicius, ex-ministre de l’Economie ou Oleksandr Danylyuk, ex-ministre des Finances.

La montée de Volodymyr Zalensky au pouvoir pourrait être perçu comme un détail amusant, cependant, celui-ci n’est que le symptôme de la crise profonde qui traverse le régime politique du pays. Incapables de se doter d’une base sociale majoritaire autour d’un programme résolvant la situation économique, la guerre et les demandes démocratiques des ukrainiens, les classes dominantes doivent se ranger autour d’une figure charismatique qui, sous prétexte d’une rénovation de la vielle politique, dépasse les divisions partisanes et renforce les traits autoritaires pour continuer à appliquer les veilles recettes économiques. Rien d’étonnant que Zelensky revendique des figures politiques tels que Bolsonaro ou Macron, des figures autoritaires au service des mesures néolibérales.




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