×

Police partout, justice nulle part !

« Ultra-gauche », « terrorisme » : Darmanin prépare le terrain à une nouvelle offensive autoritaire

La ficelle est aussi grosse qu’usée. Alors que le gouvernement espère voir le mouvement des retraites s’arrêter le 14 avril, Darmanin prépare le terrain à une offensive autoritaire d’ampleur dont les dissolutions des Soulèvements de la Terre et de la Défense collective rennaise sont les prémisses.

Paul Morao

3 avril 2023

Facebook Twitter

« Cellule anti-ZAD », volonté de dissoudre la Défense collective rennaise, assimilation de la dénonciation des violences policières à du « terrorisme intellectuel » et violentes charges contre la France Insoumise : dimanche, Gérald Darmanin s’en est donné à cœur joie dans le JDD. Alors que la répression policière se déchaîne depuis le déclenchement du 49-3, le ministre de l’Intérieur a réaffirmé la ligne répressive du gouvernement.

Un discours martial en forme de réponse à la crise suscité par le déchaînement de violences des dernières semaines, dans les manifestations spontanées, dans les cortèges intersyndicaux ou encore à Sainte-Soline. Pour Darmanin, les critiques qui fleurissent contre la police, et dont se fait l’écho le Conseil de l’Europe, la LDH ou Amnesty International, sont ainsi le fait de « l’extrême-gauche », étroitement liée aux « casseurs ». De son côté, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon prendrait la pente de « cette ultragauche des années 1970 »… c’est-à-dire celle de la lutte armée.

Mélenchon en héritier des Brigades rouges, l’absurdité de l’image est à la hauteur des délires auquel est obligé de recourir le gouvernement pour tenter de repasser à l’offensive. Une rhétorique en phase avec la ligne fixée par Emmanuel Macron, sur les « factieux » ou encore sur la France Insoumise qui tenterait de « délégitimer l’ordre raisonnable, nos institutions, ses outils », et réaffirmée à ce titre hier par le secrétaire général de Renaissance Stéphane Séjourné, évoquant un projet de « déstabilisation de notre régime » par LFI.

La ligne est ainsi claire : polariser les débats sur le terrain des prétendues « violences » en cherchant à incarner le parti de l’ordre, s’en prendre violemment à l’opposition, et préparer ainsi le terrain à une nouvelle offensive autoritaire dont l’ampleur dépendra du rapport de forces à l’issue du mouvement. De ce point de vue, la volonté de dissoudre les Soulèvements de la Terre, coalition composée d’organisations ayant pignon sur rue comme Attac, la Confédération Paysanne, les Amis de la Terre, Youth for Climate mais aussi des sections syndicales, pourrait constituer un précédent pour attaquer potentiellement n’importe quelle organisation du mouvement social.

Alors que le gouvernement espère que la bataille des retraites sera enterrée dès le 14 avril, à l’issue de la décision du Conseil constitutionnel, lui laissant le champ libre, cette perspective se heurte cependant à une mobilisation toujours en cours et à la faiblesse d’un exécutif isolé et très impopulaire. C’est pour cette raison que le durcissement du ton de Darmanin, aux conséquences très concrètes avec la dissolution de deux organisations déjà annoncée, s’accompagne d’une tentative de reprise du « dialogue social ».

Le gouvernement voudrait en effet trouver une porte de sortie et renouer rapidement avec la CFDT, notamment dans le cadre de la préparation d’une future « loi travail » qui pourrait faire la part belle à certaines revendications historiques de la centrale réformiste comme la création d’un « compte épargne-temps universel », tout en continuant les attaques sur le Code travail débutées avec la loi travail puis les ordonnances dites « loi travail XXL ». Dialogue social de la main gauche, matraquage et dissolutions de la main droite : voilà comment Macron espère accompagner les jours qui viennent jusqu’à la validation de sa loi par le Conseil constitutionnel.

Des éléments qui ne font que renforcer l’enjeu de refuser toute perspective d’arrêt du combat, mais aussi tout « dialogue » avec l’exécutif. Une attitude qui est loin d’être celle de l’intersyndicale, qui a accepté à l’unisson la rencontre proposée par Elisabeth Borne malgré l’insistance de cette dernière sur sa fermeté quant au maintien de la réforme. Une attitude scandaleuse, et ce encore plus après l’annonce de nouvelles réquisitions de raffineurs pour empêcher les pénuries ce lundi.

Dans un tel contexte de répression et d’offensive autoritaire latente, l’urgence devrait être de prendre à bras le corps la question de la répression, en faisant bloc dès maintenant contre toute tentative de s’en prendre à des secteurs du mouvement, par les réquisitions ou les dissolutions, et de trouver la voie du durcissement du rapport de forces pour faire reculer Macron. Malgré l’ampleur de la répression policière et la mutilation de travailleurs et syndicalistes, malgré les saillies de Darmanin contre la gauche et sa volonté de criminaliser la mobilisation, le choix est pour le moment inverse.

Le risque est non seulement d’offrir une victoire à Macron, mais aussi d’ouvrir la voie à une violente contre-offensive contre celles et ceux qui luttent depuis deux mois de la part d’un régime en crise. Il y a urgence à imposer une autre stratégie !

Canal Telegram : @revolution_permanente

Facebook Twitter
Manifestation de néo-nazis à Paris : et la machine à intimider s'enraya un peu

Manifestation de néo-nazis à Paris : et la machine à intimider s’enraya un peu

France Inter : les salariés en grève contre la mise à pied de Guillaume Meurice ce dimanche

France Inter : les salariés en grève contre la mise à pied de Guillaume Meurice ce dimanche

Lidl : comment l'entreprise soutient la colonisation en Cisjordanie

Lidl : comment l’entreprise soutient la colonisation en Cisjordanie

Un journaliste de Révolution Permanente convoqué par la police anti-terroriste : stop à l'acharnement !

Un journaliste de Révolution Permanente convoqué par la police anti-terroriste : stop à l’acharnement !

Répression : un étudiant interpellé à la Sorbonne sous contrôle judiciaire pour son soutien à la Palestine

Répression : un étudiant interpellé à la Sorbonne sous contrôle judiciaire pour son soutien à la Palestine

Montpellier : la police intimide des soutiens de la Palestine et empêche une action de soutien

Montpellier : la police intimide des soutiens de la Palestine et empêche une action de soutien

« Nous ne les laisserons pas réprimer ! » Anasse Kazib en soutien aux 86 étudiants interpellés

« Nous ne les laisserons pas réprimer ! » Anasse Kazib en soutien aux 86 étudiants interpellés

Sorbonne : après les 86 interpellations, Retailleau menace de poursuivre les étudiants mobilisés

Sorbonne : après les 86 interpellations, Retailleau menace de poursuivre les étudiants mobilisés