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Un Noir qui écrit sur l’Afrique est en quelque sorte « à sa place »

Comme si la seule façon d’espérer que notre parole soit prise plus ou moins au sérieux était d'écrire sur « nos » sujets, « nos » régions.

vendredi 29 octobre

Pendant plusieurs années je me suis « spécialisé » et j’ai beaucoup écrit sur ce que l’on appelle communément l’Europe de l’Est. Et beaucoup de gens me demandaient « pourquoi ? ». Et c’est vrai que cela pourrait paraître « curieux » que quelqu’un comme moi, qui n’a aucun lien familial avec cette partie de l’Europe se dédie à étudier l’histoire et suivre l’actualité de la région. J’ai souvent été embêté devant ce « pourquoi ». Moi-même je ne pouvais pas l’expliquer de façon compréhensible. Et souvent mes réponses étaient accueillies par une moue peu convaincue.

Cependant, depuis quelques années j’ai commencé à plus suivre le Moyen-Orient, notamment autour du conflit syrien ; et depuis quelque temps j’ai commencé à suivre plus systématiquement également l’Afrique. Or, jamais personne ne me demande « pourquoi ? », comme si c’était naturel. « Evidemment », un Noir qui écrit sur l’Afrique est en quelque sorte « à sa place ». Pourtant je n’ai aucun lien personnel avec l’Afrique, je n’y ai jamais été, à la différence de l’Europe de l’Est dont j’ai visité beaucoup de pays (attention, je ne pense pas que connaître un pays ou région – y vivre même – soit une garantie de justesse de l’analyse).

Je peux expliquer tranquillement pourquoi j’adore suivre et écrire sur l’Europe de l’Est et pourquoi c’est passionnant. Je peux en dire autant sur pourquoi suivre l’Afrique me semble très important et pourquoi j’en prend un énorme plaisir. Pareil pour le Moyen-Orient. Cependant, j’ai toujours détesté « les places assignées ». J’ai toujours trouvé désagréable aussi que l’on me demande, en tant que latino-américain, « pourquoi tu ne te spécialises pas sur l’Amérique latine ? ». Comme si la seule façon d’espérer que notre parole soit prise plus ou moins au sérieux c’est si on écrit sur « nos » sujets, « nos » régions.

Quoi qu’il en soit, je constate comment le colonialisme, l’eurocentrisme et le racisme façonnent d’une façon ou d’une autre nos représentations, y compris chez ceux et celles qui n’ont pas du tout cette intention. Et c’est encore pire pour ceux et celles qui sont des racistes assumés ou dissimulés. Mais l’internationalisme prolétarien et révolutionnaire c’est l’un des meilleurs moyens pour les opprimés et exploités de se libérer justement de ce carcan imposé par une société profondément raciste.




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