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Politique

7 janvier 2015, 11h30

Un an après « Charlie », les responsables courent toujours

C’était il y a à peine un an, et cela semble une éternité. Nous devions tous être « Charlie », et nous avons fini Bataclan. Hollande et les siens ont d’ailleurs fourni un bon prétexte aux terroristes islamistes se revendiquant de l’Etat islamique en bombardant Iraq et Syrie. On nous avait promis plus de « fraternité » et « d’esprit du 11 janvier », nous n’avons eu droit qu’à Netanyahou et Sarkozy à la « marche républicaine ». On nous avait dit « union nationale », et c’est le Front National qui est arrivé en tête lors du premier tour des élections régionales. Aux paroles de « paix et de recueillement », prononcées par Hollande, après la tuerie de Charlie et de l’Hyper-cacher ont suivi une intensification des attaques françaises au Moyen-Orient. Islamophobie, racisme institutionnalisé, légalisation de l’état policier… voilà ce qui suit. Jean-Patrick Clech

mercredi 6 janvier 2016

Entre-temps, certains ont fait pas mal de fric. C’est Philippe Val, notamment, qui emporte la palme avec C’était Charlie, publié chez Grasset. L’ami du couple Sarkozy-Bruni, artisan du virage islamophobe du journal satirique sous-couvert d’antireligion et de défense de la laïcité, s’est fait une place au soleil, désormais, pour faire oublier les 300.000 euros touchés au moment de la cession du titre, comme le rappelle Denis Robert dans Mohicans, hommage à Cavanna et Choron. Sans vergogne, Val a réécrit l’involution politique de Charlie, après 2001 notamment, pour mieux la justifier.

« L’esprit-Charlie », quant à lui, a fait long feu. François Hollande en aurait bien fait un nouveau ciment idéologique et sociétal pour le « peuple de gauche » qu’il avait appelé à la mobilisation le 11 janvier, du type « je mène une politique économique de droite, certes, mais au niveau des valeurs, je suis votre président ». Las. « L’esprit bleu-CRS » est bien plus efficace pour faire régner l’ordre. Le masque, si il a un jour existé, est définitivement tombé. Désormais, c’est derrière son écran de télévision que l’on est appelé à rendre hommage aux victimes, en faisant pavoiser un torchon tricolore à sa fenêtre. Johnny Halliday, qui chante désormais Cabu, fait le reste.

Pour ce qui est des « musulmans », ou désignés comme tels, à savoir l’ensemble des personnes racisées, très largement issues des classes populaires et du monde du travail, on leur demande, encore et encore, de se désolidariser, avant même de se solidariser. Certains, qui parlent en leur nom, font le tour des plateaux télé, la mine grave. On aura reconnu Dalil Boubakeur, qui appelle ce weekend à des « opérations portes-ouvertes » dans les mosquées de France. Sa spécialité ? Dire combien « les musulmans sont avec la république ». Son complément est l’anthropologue Dounia Bouzar, « spécialiste » de la « radicalisation islamiste » et qui ressasse en boucle combien le « djihadisme est un péril pour la jeunesse ». Tous deux contribuent, à leur façon, aux amalgames faciles qui font le lit de l’extrême droite.

Après les attentats de janvier, dans un moment de franchise, Valls avait mis en question la ghettoïsation et la ségrégation dont souffrent les quartiers comme étant l’une des sources des tensions et des cassures. Quelques mois après, cette ghettoïsation se trouve renforcée par la mise en place de l’état d’urgence et son corollaire de mesures d’exception. Le bras-armé de Valls, Emmanuel Macron, entend, lui, lutter contre le djihadisme en libéralisant un peu plus l’économie, notamment en direction des « jeunes de banlieues ». Dans les « Zones Urbaines Sensibles » (ZUS), le taux de chômage est passé, en dix ans, de 17,1% à 24,2% et les jeunes sont les plus durement touchés, avec des pics, dans certains quartiers, à 50% contre 25%, à l’échelon national, pour les moins de 25 ans. Macron, qui reconnaît dans une interview au Monde du 7 janvier que « ce n’est pas parce qu’on n’a pas de diplôme qu’on devient djihadiste », insiste sur le fait que le meilleur moyen de lutter contre le chômage dans les quartiers, c’est en reliant les jeunes à l’auto-entrepreneuriat ou au mini job. Tout un programme pour celui qui veut finir de casser le Code du Travail.

Avec Charlie, donc, tout le monde y trouve son compte. L’hypocrisie et la veulerie surtout.Une fois passé le temps de l’émotion et de la compassion, « à la guerre comme à la guerre » : que ce soit sur le terrain économique, politique, ou directement militaire, d’ailleurs. Pour ce qui est des responsables, en dernière instance, des attentats de janvier comme de ceux de novembre, à savoir ceux qui empoisonnent et alimentent le climat et la spirale de guerres-interventions-bombardements-ripostes-asymétriques, courent toujours, et pour cause.Ce sont eux qui sont au pouvoir.

Rompre avec l’unité nationale, systématiquement ; dénoncer sans relâche l’état policier, dans sa déclinaison actuelle mais également quotidienne, à savoir dans les quartiers, où il règne depuis des décennies ; attaquer de front le racisme et l’islamophobie institutionnels, relayés par leur république aux relents coloniaux ; militer activement contre la guerre et pour le retrait de toutes les troupes impérialistes ; travailler à la reprise de l’initiative, de la conflictualité et de la radicalité ouvrières, les seules capables de battre en brèche, réellement, cette société de fric et d’injustice : voilà les tâches urgentes que nous nous proposons de défendre, aujourd’hui, depuis RévolutionPermanente.fr, aux côtés de la jeunesse et du monde du travail, pour stopper la dérive autoritaire et réactionnaire, un an après les attentats de Charlie et de l’Hyper cacher.




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