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Du Pain et des Roses

violences patriarcales

Un an après #SciencePorcs, les victimes de violences sexuelles toujours méprisées à l’IEP de Toulouse

Un an après le mouvement #SciencesPorcs, La Dépêche offre une tribune médiatique à une personne accusée de violences sexistes et sexuelles à Sciences Po Toulouse, dans le plus grand mépris de la mobilisation des étudiant.es. La vice-présidente du Groupe La Dépêche est membre du Conseil d'Administration de l'école.

jeudi 9 décembre 2021

Un an après #SciencesPorcs, la parole des victimes toujours décrédibilisée

Il y a près d’un an, en janvier 2021, naissait à Bordeaux et Toulouse une vague de dénonciation massive des violences sexistes et sexuelles au sein des IEP. Rassemblés derrière le hashtag #SciencesPorcs, des centaines de témoignages de femmes et personnes LGBTI révélaient alors le caractère systémique de ces violences, brisant ainsi l’omerta en place au sein de cette institution dont le rôle est de former le classe dirigeante du pays.

C’est dans ce contexte, marqué par une mobilisation féministe au cœur d’une institution d’élite prête à tout pour préserver son image, que le gouvernement est intervenu, et que le directeur de Sciences Po Paris Frédéric Mion, déjà mis à mal dans l’affaire Duhamel, a démissionné.

À Sciences Po Toulouse, la direction de l’IEP a été renouvelée à la rentrée. Sous la pression du mouvement, puissant dans la ville rose, elle a dissout les bureaux étudiants en charge de l’intégration et s’est annoncée déterminée à « lutter contre toute forme d’oppression ».

Mais sans surprise, un an plus tard, nous constatons que les violences sexistes et sexuelles n’ont pas diminué, ni à Sciences Po ni ailleurs. Au contraire, comme le montre actuellement l’affaire Nicolas Hulot qui entache un gouvernement dont le ministre de l’Intérieur est déjà accusé de viol, les violences continuent d’être couvertes et banalisées à tous les niveaux. La parole des victimes reste invisibilisée, pendant que le micro est systématiquement tendu aux personnes accusées de violences, invitées à se défendre dans le plus grand mépris de toutes les voix de #metoo. Des médias comme BFMTV jouent un rôle actif dans cette opération réactionnaire de décrédibilisation de la parole des victimes, et contribuent à maintenir l’omerta en cherchant à dissuader toutes celles et ceux qui voudraient relever la tête en témoignant.

Marie-France Marchand-Baylet, vice-présidente de La Dépêche qui traine dans la boue des victimes de violences, est au Conseil d’Administration de Sciences Po Toulouse

Dans cette logique, La Dépêche du Midi, quotidien régional détenu par Jean-Michel Baylet, a publié un article offrant une tribune à l’agresseur présumé de l’une des victimes de #SciencesPorcs, dont le témoignage avait contribué à lancer le mouvement de dénonciation. Dans ce torchon, La Dépêche contribue ni plus ni moins à "blanchir" l’accusé, au détriment de celle qui l’accuse. Cette dernière y est dépeinte comme une menteuse et une manipulatrice, selon le pire de la rhétorique patriarcale systématiquement mobilisée pour décrédibiliser les victimes dans ce genre d’affaire.

Or, la vice-présidente du groupe et présidente de la fondation Marie-France Marchand-Baylet fait partie des personnalités extérieures non élues au Conseil d’Administration de l’IEP de Toulouse.

Face au militant·es du collectif étudiant Le Poing Levé, récemment élu·es au CA de Sciences Po Toulouse, elle a invoqué la liberté de la presse pour justifier le fait que son journal prenne parti pour des personnes accusées de violences sexistes et sexuelles, en traînant dans la boue des victimes dans le plus grand mépris du mouvement qu’ont porté les étudiant·es. Philippe Bélaval, haut fonctionnaire qui préside le CA de Sciences Po Toulouse, s’est alors empressé de prendre la défense de la patronne de La Dépêche.

Une fois de plus, grand patronat et patriarcat ne font qu’un. La seule préoccupation de Marie-France Marchand-Baylet est de préserver l’image de marque de l’école qui forme les cadres dirigeants dont elle a besoin pour sa juteuse affaire qu’est La Dépêche. Comme le résumait Philippe Bélaval à propos du partenariat La Dépêche-Sciences Po Toulouse lors de sa nomination à la présidence du CA : "une seule et même ambition, que Toulouse et les Toulousains soient fiers d’une institution qui contribue au rayonnement intellectuel de la métropole et qui forme les cadres publics ou privés qui contribueront demain à la gestion des affaires du pays.".

La nécessité d’une organisation des étudiant·es en indépendance de la direction de l’IEP et du patronat

Cette réalité prouve une fois de plus la nécessité de l’auto-organisation des étudiant·es, en indépendance de la direction de l’IEP et du patronat qui n’ont aucun intérêt à briser l’omerta.

Alors que nous déplorons le 107è féminicide de l’année et une augmentation des violences sexistes, sexuelles, LBTIphobes et racistes dans un climat politique de plus en plus réactionnaire, nous souhaitons réaffirmer notre soutien à toutes les personnes victimes de violences. Nous voulons rappeler que nous les croyons, et que nous continuerons de nous battre pour faire entendre leur voix.

Nous exigeons l’exclusion des personnalités extérieures non élues du CA qui, comme le prouve le cas de Marie-France Marchand-Baylet, ne sont là que pour défendre des intérêts qui vont à l’encontre de ceux des étudiant.e.s. Nous revendiquons également la mise en place par les étudiantes qui le souhaiterons d’une commission indépendante de la direction, afin de garantir une prise en charge des cas de violences sexistes et sexuelles, LGBTQIphobes et racistes au sein de l’IEP.