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Notre classe

26 septembre à Pantin : Marche en hommage à Christine Renon

Un an après le suicide de Christine Renon, la souffrance s’enfonce dans la jeunesse et l’éducation

Le 21 septembre 2019, Christine Renon, une directrice d’école dévouée se donnait la mort dans son établissement de Pantin. Un an après, dans l’Education Nationale rien a changé des conditions de travail qu’elle dénonçait. A l’épuisement face au manque de moyens et à la démobilisation de l’Etat, s’ajoute la crise sanitaire qui doit se gérer à moyen constant par les équipes enseignantes et éducatives.

samedi 26 septembre

Crédit Photo : D.Bancaud/20minutes

Un électrochoc au sein de la communauté éducative

Loin d’être un cas isolé dans la profession, le suicide de Christine Renon a pourtant fait l’effet d’un choc parmi la communauté enseignante à l’automne 2019. Des milliers d’enseignants s’étaient alors donné rassemblés au pied de la DSDEN de Bobigny, comme ailleurs en France où les rassemblements d’hommage se sont multipliés.

Son suicide a eu l’effet d’un choc. Parce qu’elle était une directrice d’école dévouée pour ses élèves, d’un engagement reconnu par ses pairs, mais aussi pour ses mots, poignants, adressés à sa hiérarchie pour expliquer son geste : « son épuisement » face au manque de moyens, son sentiment d’abandon de sa hiérarchie devenue un simple outil de pression, la « perte de sens de son métier » ont fait largement écho au sein de la communauté éducative.

Depuis plusieurs années, et accélérées par les réformes de Jean-Michel Blanquer, les conditions d’accueil des élèves et d’enseignement se dégradent à grande vitesse : fermeture de classe, disparition progressive des REP, augmentation des effectifs au lycée, fermeture des classes d’allophones au lycée… La politique éducative de Blanquer signe clairement la mort de l’éducation prioritaire. La prise en charge éducative à hauteur des besoins des élèves est rendue de plus en plus difficile, en particulier dans les quartiers populaires. Et si elle se fait, c’est au prix d’un épuisement des personnels.
A demi-mot, c’est ce qu’a reconnu la direction Académique de la Seine- Saint-Denis (Dasen) en reconnaissant « l’imputabilité au service » de la mort de Christine Renon.

Pourtant, et encore plus avec la crise sanitaire qui s’est mise en place, les pressions se multiplient sur les directeurs d’école qui se retrouvent bien souvent seuls pour pallier aux insuffisances de leur hiérarchie et accueillir du mieux possible les élèves sans moyens supplémentaires.

Marche contre l’oubli, pour la jeunesse et l’éducation

L’abandon de l’éducation prioritaire et ses personnels laissés à eux-mêmes signent en réalité un véritable désintérêt politique et gouvernemental pour cette jeunesse des quartiers populaires.
« Ici, on peut mourir dans l’indifférence » signe le tract d’appel à la marche de samedi 26 septembre à Pantin. Une phrase qui dit la mort de Christine, mais aussi celles de Djadje, lycéen d’Aubervilliers, et de Kewi 15 ans, tous les deux poignardés à mort en 2019, pris dans les rixes et la violence qui s’emparent d’une jeunesse qu’on abandonne.

Suivis d’annonces, ces morts ont été systématiquement instrumentalisées pour renforcer des mesures sécuritaires et répressives sur la jeunesse. Renforcement des effectifs de police, multiplication des contrôles, mise en place des équipes mobiles de sécurité au sein de l’Education nationale : toujours plus de répression, toujours moins d’éducation…

Or, la crise sanitaire est passée par là. Le 93, département le plus pauvre de France, a été en première ligne : surmortalité, confinement répressif, augmentation du chômage et files d’attente pour les aides alimentaires. La carence des moyens d’accompagnement social a été criante, notamment dans les écoles qui, on le sait, ont fait le relais de situation de détresse sociale. Pourtant, à la rentrée, les fonds sociaux se réduisent comme neige au soleil, le nombre de personnels est toujours aussi réduit, la gratuité des masques pour les élèves n’est pas mise en place…

Marcher contre l’oubli de la mort de Christine, Kewi et Djadje, c’est marcher pour une véritable politique en faveur de la jeunesse. Pour des conditions d’enseignement favorables pour les personnels qui donnent à cette jeunesse des moyens d’étudier et de s’émanciper.