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Notre classe

Un an après la Bataille du Rail – Partie I

Un an après : tirer des leçons de la bataille du rail pour préparer les combats à venir !

Un an après l’énorme Bataille du Rail contre la réforme ferroviaire du gouvernement Macron, Révolution Permanente partage avec l’ensemble de ses lecteurs un ensemble d’articles qui reviennent sur les principaux événements et leçons de cette lutte acharnée que fut la Bataille du Rail, où pendant plus de trois mois cheminots et cheminotes de tout le pays ont tenu tête à Jupiter. Les attaques pleuvent à la SNCF et aujourd’hui, à la lumière du mouvement des Gilets Jaunes, la défense du service public apparaît plus que nécessaire. Dans cette première partie, nous revenons dans cet édito sur les enjeux de la réforme ferroviaire et de la lutte cheminote, en lien aussi avec la situation actuelle et le mouvement des Gilets Jaunes.

Trois mois de lutte acharnée face à un gouvernement qui se voulait tout-puissant. Le gouvernement a certes réussi à faire passer en force sa réforme ferroviaire, mais il n’a pas réussi à écraser et humilier les cheminots, comme il le souhaitait. D’autres attaques se préparent, à commencer par la réforme des retraites déjà annoncée. Tirer les bilans de cette bataille du rail est la meilleure manière de se préparer pour ne pas refaire les mêmes erreurs et passer à l’offensive.

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis la fin de la bataille du rail

L’encre de la réforme ferroviaire n’a même pas encore séché que la direction de la SNCF est déjà en train de l’appliquer et de passer à l’offensive sur de nombreux sujets. En plus de la répression qui s’est abattue sur un certain nombre de collègues, avec une cinquantaine de cas de répression pour faits de grève, dont une dizaine de menaces de radiation, la direction de la SNCF a très rapidement attaqué les conditions de travail des cheminots. Des réorganisations, des suppressions de postes, des fermetures de guichets et bulles d’information, ont été annoncées un peu partout en France. En toute hypocrisie, Guillaume Pepy, dirigeant de la SNCF, dit aux usagers que ce n’est pas grave, qu’ils n’ont qu’à composer le 3635. Dans d’autres secteurs, comme chez les conducteurs ou dans les technicentres, c’est la modification d’accords locaux qui est en cours, et ce de manière unilatérale de la part de la direction, avec suppression de jours de repos, modification d’horaires et des conditions de travail à la clé.

Ces derniers mois, nous avons également vu de nombreuses petites lignes fermer ou être menacées de fermeture, malgré les fausses promesses des dirigeants de la SNCF et du gouvernement pendant le conflit, où ils affirmaient qu’aucune ligne ne serait supprimée. La réalité est toute autre aujourd’hui. C’est donc la question du service public, que nous avons défendu pendant plus de trois mois, qui est de nouveau sur le tapis. Il suffit de voir l’hypocrisie du président Macron, lorsqu’il justifie l’augmentation du prix du carburant en prétextant être soucieux de l’écologie… Mais alors, M. Macron, pourquoi avoir fait voter la réforme la plus meurtrière du transport le plus écologique qui puisse exister, le transport ferroviaire ? Pourquoi les dirigeants et gouvernements successifs ont-ils mené, pendant tant d’années, la casse du Fret ferroviaire ? La question du service public reste d’une actualité brûlante.

Un macronisme aux abois… mais pourquoi peinons-nous à construire la riposte ?

Il n’y a pas besoin d’avoir un BAC+7 pour comprendre que Macron est aujourd’hui aux abois. La colère et la grogne montent, le mécontentement est bien réel chez un certain nombre de secteurs. Le président des riches, le « Jupiter » qui se croyait tout-puissant, est en crise après l’affaire Benalla de l’été dernier et l’ensemble des politiques qu’il mène, visant les différents secteurs des travailleurs et de la jeunesse. Aujourd’hui, c’est le soi-disant président « de la fiche de paie » et « du pouvoir d’achat » qui est remis en question par un secteur large de la population.

Mais si aujourd’hui cette colère s’exprime plutôt par des phénomènes contradictoires comme celui qu’on a appelé le « mouvement du 17 novembre », c’est aussi parce que du côté des organisations syndicales et du mouvement ouvrier, aucune perspective de lutte sérieuse et offensive n’est proposée. C’est plutôt du côté des négociations et du « dialogue social » que les organisations syndicales regardent, en même temps que leur crédibilité est de plus en plus atteinte au sein même de la classe ouvrière qu’elles disent représenter. Aller négocier la régression sociale, plutôt que d’organiser la riposte et mettre en ordre de bataille la force sociale, à savoir les travailleurs et la jeunesse, qui serait en capacité de mettre un coup d’arrêt au massacre social en cours. C’est d’autant plus urgent avec la bataille des retraites déjà prévue à l’horizon ou encore la question du pouvoir d’achat et du coût de la vie, qui préoccupe énormément les salariés.

Macron et Pepy ont peut-être remporté la bataille, mais ils n’ont pas encore gagné la guerre !

Si on regarde le résultat de la bataille du rail et le passage en force de la réforme ferroviaire, il s’agit certes d’une défaite revendicative par rapport à ce que voulaient les cheminots, mais ce n’est pas une défaite écrasante comme le voulait Macron. Il suffit de regarder la manifestation du 28 juin, la dernière du calendrier de grève perlée, pour comprendre que les cheminots ne voulaient pas rentrer chez eux. Slogans chantés pendant plusieurs heures en cortège, avec une fierté et une combativité rarement vues. Les cheminots étaient fiers d’avoir tenu tête à « Jupiter » et surtout fiers d’être toujours debout après plus de trois mois de conflit.

Mais la question est de savoir si cette défaite revendicative peut permettre aux cheminots de rebondir. Pour cela, il est indispensable que les cheminots les plus combatifs et conscients arrivent à tirer des leçons politiques pour la suite. Savoir et comprendre ce qui n’a pas fonctionné pour ne pas refaire les mêmes erreurs, tout en mettant cette expérience au service de l’ensemble des travailleurs, cheminots ou non, qui vont se battre dans les mois et années à venir. Ainsi, l’objectif de ce dossier dans lequel nous revenons sur la bataille du rail et ses moments clés, est d’en faire un bilan et tirer des leçons, à la lumière d’une réflexion sur le rôle des militants combatifs et révolutionnaires aux différents moments de la grève. Avec notamment l’initiative de la rencontre intergare, à travers laquelle nous avons été plusieurs à tenter, à une certaine échelle, de bâtir des outils d’auto-organisation pour que les cheminots décident de leur propre grève et se donnent les moyens de dépasser la politique des directions syndicales qui, il faut le reconnaître, ne nous a pas permis de gagner. Pour nous, il s’agit donc de tirer les bilans pour pouvoir recommencer !


NOTE : Cet article fait partie d’une brochure contenant un ensemble d’articles qui abordent différents aspects de la Bataille du Rail et de la politique qui a été menée et proposée par les cheminots militant à Révolution Permanente. Si vous souhaitez recevoir cette brochure, n’hésitez pas à nous solliciter : siterevolutionpermanente@gmail.com

Format A4, 42 pages




Mots-clés

Bataille du rail   /    SUD-Rail   /    Cheminot-e-s   /    Grève   /    CGT   /    SNCF   /    Notre classe