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Un bon de 10€ plutôt qu’une hausse de salaire ? Les travailleurs de Cora répondent par la grève

A l’appel de la CGT et de la CFTC, une centaine de travailleurs de l’enseigne d’hypermarché Cora entraient en grève ce jeudi. Face au mépris de la direction qui refuse la moindre augmentation, une mobilisation qui vient s’ajouter aux récentes batailles du secteur de la grande distribution.

jeudi 30 décembre 2021

Crédit photo : DNA /Cedric JOUBERT

Chez Cora en 2021 « on a eu entre 0 et 0,5% d’augmentation »

Après Auchan et Carrefour c’est au tour des travailleurs de chez Cora de se mettre en grève. Le 2 décembre avait lieu la dernière réunion de NAO (Négociation Annuel Obligatoire). Lors de celle-ci, la direction de l’entreprise ne souhaitait pas négocier ni une augmentation des salaires ni même une prime. Les employés auraient seulement eu droit à « un bon lessive de 10€  » nous indique le délégué syndical central de la CFTC Cora, M.Lechevestrier. Une « proposition » tout simplement indécente et méprisante.

Suite à une nouvelle réunion le 15 décembre, alors que le syndicat demandait, a minima, qu’une prime soit accordée aux travailleurs. Cette demande essuie un refus catégorique du PDG qui n’a même pas daigné se rendre sur place, se contentant d’une visioconférence. A la suite de cette énième insulte aux travailleurs, ces derniers font savoir à M. Lechevestrier qu’ils souhaitent mener une action. Quelques jours à la suite de ce nouveau dialogue, un mouvement de grève national est décidé pour le 30 décembre.

Une grève partie pour durer

Avant même la journée de grève du 30 décembre, la direction avait repris contact avec M. Lechevestrier pour lui proposer de se revoir en janvier pour rediscuter. Ce dernier leur indique que ça sera trop tard en janvier, et qu’il ne souhaite pas discuter pour une augmentation de 0,5%. La réponse de la direction annonce la couleur : « Ça n’ira pas plus haut  ».

Une direction donc, qui a décidé d’affronter ouvertement les salariés en ne revalorisant pas leur salaire quand bien même les chiffres indiquent une augmentation de l’inflation de 2,8% en 2021 avec une prévision à 5% pour 2022. Une situation intenable pour les salariés alors que les actionnaires du groupe ont touché 63 millions d’euros en 2020. «  La direction générale n’appelle pas cela dividendes mais remboursement de la dette, car nous leur devons à nos actionnaires plus de 300 millions d’euros pour des investissements plus les intérêts […] Nous comprenons mieux aujourd’hui pourquoi nos directions ne veulent pas recruter davantage de personnel et bien entendu pas augmenter nos salaires  » souligne ironiquement M. Aquilinia (délégué syndical central de Cora pour la CGT en région Sud) dans son intervention aujourd’hui au Cora de Alès.

Pour Le Monde ce dernier témoigne : « en vingt ans, je n’ai jamais vu une augmentation décidée par le groupe. En 2021, en moyenne, on a eu entre 0 et 0,5% d’augmentation.  ». D’autant plus quand, dans son magasin de Alès «  nous étions, il n’y a pas si longtemps, 420 salariés pour effectuer le travail nécessaire à la bonne tenue du magasin, aujourd’hui nous ne sommes plus que 289 salariés. Comment 289 personnes peuvent faire le travail de 420 personnes ?  »

A la suite de cette journée de grève, la direction propose une date de dialogue établie au 6 janvier. Mais pour M. Lechvestrier si le groupe ne propose rien « nous continuerons ». C’est en tout cas un préavis de grève est reconductible qui est posé et aucun moyen d’actions n’ait laissé de côté, le blocage des plateforme Cora est évoqué, « étant donné qu’il n’a plus de dialogue ».

Des revendications négociées entre les deux syndicats

Pour les revendications : « on est en deçà des revendications habituelles de la CGT  » nous confie M. Aquilina. Pour cause, l’alliance avec la CFTC c’est aussi fait sur cette base-là. Les principales revendications étant donc : «  50€ d’augmentation pour tous minimum. 200€ de prime inflation pour tous. Prime Poly-activité pour tous. Ainsi que des embauches pour de meilleurs conditions de travail  ».

Les mobilisations à Cora ne sont pas les seuls en France. Depuis plusieurs semaines déjà de nombreuses enseignes voient leurs salariés se mobiliser pour une augmentation de la pouvoir d’achat. Ce n’est pas un hasard que ce secteur s’indigne. Ce sont eux qui, depuis le début de la crise sanitaire font partie de ceux tenant le pays à bout de bras, et qui hier étaient applaudis, aujourd’hui sont foulé au pied par des patrons qui sont resté les mêmes.

Mais le défaitisme ne doit pas être de mise, les salariés de Leroy-Merlin ont obtenu une belle victoire sur les salaires et ça, uniquement grâce à la grève et l’auto-organisation des travailleurs dans un secteur pourtant peu habitué au conflit. Ces mobilisations qui éclatent chez Cora, mais aussi chez Décathlon, Sephora, Labeyrie, Arrivé, etc. ont tout intérêt à se coordonner pour renforcer leur lutte. Pour l’instant aucune réflexion n’est clairement engagé en ce sens côté Cora, mais M.Aquilina n’exclut pas cela dans les temps à venir. La lutte des Leroy-Merlin pourrait donner l’exemple et avec un rapport de force suffisant permettre d’arracher quelques acquis supplémentaires chez Cora également.

Il est nécessaire pour les travailleurs de pouvoir exprimer des revendications radicales afin de refuser qu’ils payent les pots cassés de la crise et ce, en s’attaquant aux profits des grandes entreprises, en particulier celles de la grande distribution. Une coordination que pourrait appuyer des directions syndicales toujours trop silencieuse dans une situation qui ne cesses de se dégrader. C’est en tout cas ce que l’on exige aujourd’hui, tout en portant un programme de lutte qui vaille la peine de se battre. C’est ce que proposent de défendre Anasse Kazib et Révolution Permanente dans la campagne présidentielle en portant l’augmentation de 300 € de l’ensemble des salaires et minima sociaux, un SMIC à 1 800 euros net et une indexation sur les prix, tout cela financé par le profit accumulé du patronat depuis maintenant trop longtemps.




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