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Politique

« Opération sentinelle » contre les manifestants

Un bond dans la répression : Macron va mobiliser l’armée contre les Gilets jaunes

« Quand on veut tuer son chien on dit qu’il a la rage. » C’est ce qu’a fait le gouvernement sans relâche depuis le 16 mars, avec les médias pour porte-voix, préparant ainsi les esprits pour un saut répressif sans précédent. Aujourd’hui, il décide d’envoyer l’armée dans les manifestations des Gilets Jaunes, pour l’acte 19.

mercredi 20 mars

Une armée « antiterroriste » contre des manifestants qualifiés « d’émeutiers »

La nouvelle est tombée comme un couperet : les militaires de Sentinelle seront mobilisés samedi face aux Gilets jaunes. Ils viendront renforcer les effectifs de la police et de la gendarmerie, afin de « sécuriser les lieux fixes, ce qui permet[tra] de libérer nos forces de sécurité pour aller faire du maintien de l’ordre » a déclaré Griveaux, après le Conseil des ministres. De la parole aux actes : depuis ce début de semaine, les membres et représentants du gouvernement ont défilé dans les médias pour diffuser leur rhétorique « anti-casseurs » afin de criminaliser les manifestants, et légitimer la répression. Des discours s’éclairent désormais à la lumière des déclarations appelant à l’armée pour faire taire la colère sociale.

Cette décision d’une extrême gravité est le couronnement d’une entreprise de démolition du mouvement des Gilets jaunes qui s’est accélérée depuis le 16 mars. Lors de cet acte 18, au lendemain de la clôture du Grand débat, manifestation des Gilets Jaunes et marche pour le climat se sont conjuguées, marquant un saut dans la mobilisation autant par le nombre que par la radicalité qui s’y est exprimée.

A l’issue de la journée, le gouvernement avait bien compris que gagner la bataille de l’opinion, surtout après un grand débat largement considéré comme voué à l’inefficacité, ne serait possible qu’en faisant monter la peur du risque, en agitant l’épouvantail des « violences » et en suscitant l’aspiration au retour dans les jupes de la mère république et de son « ordre ».

Pour mener une politique de répression tout azimut, il lui faut absolument trouver un niveau de dénigrement des Gilets Jaunes qualitativement supérieur. C’est ce que le gouvernement a cherché opiniâtrement à faire durant les derniers jours avec l’aide furieuse des grands médias aux ordres.

Première entreprise de préparation des esprits, le passage en boucle, le 16 mars, sur toutes les grandes chaînes TV, des incendies et des bris de vitrines des Champs-Elysées, éclipsant la manif pour le climat, qui était pourtant un évènement de taille, et les centaines de milliers de personnes présentes dans les rues ce jour-là.
Depuis, les interviews de tout ce que le monde des « commentateurs politiques » compte de bien-pensance républicaine se sont multipliées pour s’indigner de l’atteinte au commerce, au tourisme, aux banques… Les médias n’ont pas manqué de citer « le kiosque à journaux » qui échappant à la catégorie luxe, rend l’acte d’autant plus coupable.

Au lendemain du limogeage du préfet de Paris, signe patent de crise gouvernementale, c’est le très menaçant propos de Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement qui déclare sur RTL qu’il n’y a eu le 16, « aucune revendication sociale », « rien que la volonté de chasser le gouvernement et de détruire la République ». Tour de passe-passe rhétorique et surtout lourdement politique, qui lui permet de qualifier les manifestants « d’émeutiers ». Désormais on change de registre. On n’est plus dans l’obligation de respecter un droit, celui de manifester, mais de punir un « crime », comme le nomme Macron.

Un arsenal répressif à faire peur

Macron veut faire changer la peur de camp. Malgré toutes ses tentatives de découragement et ses entreprises de tri entre les « bons » et les « mauvais » Gilets Jaunes affublés de dangereux complices, il n’est pas parvenu à casser la détermination du mouvement et à empêcher que des liens se tissent avec d’autres secteurs, sur la base de revendications dont le caractère commun devient de plus en plus évident.

Déjà campé depuis plusieurs mois dans sa position de Bonaparte et jouant ouvertement la carte du tout-répression, notamment avec la récente aggravation de la loi anti-casseur, il recourt désormais à un arsenal répressif qui devient de plus en plus effrayant et inique.

Et d’abord, une menace à faire dresser les cheveux sur la tête : ainsi que l’ont affirmé les Inrockuptibles citant le Parisien « le nouvel enjeu du ministère de l’Intérieur serait « d’assumer que les forces de l’ordre fassent des blessés, voire pire » et de « renforcer le maintien de l’ordre, même si un black bloc finit tétraplégique ».

Encouragement à l’utilisation des LBD, interdiction de manifester, et volonté que les forces de répression utillisent jusqu’au bout les moyens d’exercice de la violence qui leur sont donnés… Cette semaine a été marquée par une multiplication des discours du gouvernement, et de ses chiens de garde qui non seulement légitiment les mutilations, mais encouragent à en commettre d’autres, « si ce n’est pire ».

La mobilisation de l’armée est la conclusion logique de cette escalade orchestrée avec soin depuis samedi.

Face à cette politique de la terreur menée par Macron et son gouvernement, la réponse ne peut être que populaire et ouvrière dans les rues. Si la préparation de l’acte 19 poursuit son cours, c’est aussi à toutes les organisations du mouvement ouvrier, syndical et politique de se positionner contre cette montée en autoritarisme du gouvernement qui, affectant aujourd’hui le mouvement des Gilets jaunes, ne peut signer qu’un saut liberticide pour toutes les formes de mobilisations sociales à venir.




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