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Un changement de ton pour diluer le fond. Au Sénat, Darmanin cherche à déminer l’affaire du Stade de France

Auditionné par les sénateurs, le ministre de l’intérieur a fait un timide mea culpa. Un changement sur la forme mais rien de bien neuf sur le fond. Une chose est sûre, près d’une semaine plus tard, le fiasco de la finale de la ligue des champions continue de mettre le gouvernement en difficulté.

vendredi 3 juin

Crédit photo : GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Une audition et un timide mea culpa. Mercredi 1er juin Gérald Darmanin et Amélie Oudéa-Castéra étaient invités à faire « toute la transparence » sur le fiasco du Stade de France. Les ministres de l’intérieur et du sport avaient été fortement incités à la faire à l’issue du conseil des ministres.

« Il est évident que les choses auraient pu être mieux organisées » a reconnu pour la première fois Gérald Darmanin. Et d’ajouter : « Il est évident que cette fête du sport a été gâchée ». Face aux critiques venues de France et de l’étranger, l’exécutif commence donc à reconnaître de premiers dysfonctionnements. Selon le Monde, d’après l’Elysée « le président a de suite compris que c’était important et il a donné les ordres pour que cela soit pris au sérieux. Et que les responsabilités soient établies, afin que cela ne se reproduise pas ». Une manière de mettre la pression sur son ministre de l’intérieur, en le forçant à changer d’attitude.

Un changement sur la forme donc. Jusqu’à reconnaître que l’utilisation massive de gaz lacrymogènes avait « causé de gros dégâts, notamment sur les enfants ». « Je voulais m’excuser très sincèrement de cette utilisation disproportionnée » a-t-il conclu. Un constat immédiatement nuancé par l’affirmation que le dispositif policier a permis de « sauver des vies ». Pas question pour le ministre de l’Intérieur de dénoncer la violence répression policière.

Une présentation par bien des égards antonyme à l’expérience vécue par un certain nombre de journalistes et fans de football samedi soir. A l’image de Paul Machin, journaliste sportif anglais, sur son Twitter qui raconte : « J’ai assisté à cinq finales en Europe. Je n’ai jamais vu une telle incompétence dans l’organisation. Mais le pire restera la brutalité horrible de la police française. Gaz lacrymogènes. Armes pointées sur les supporters. » Même son de cloche du côté de Jason Burt, chef de la rubrique football du Telegraph : « J’étais devant la porte Y quand j’ai été pris dans les gaz lacrymogènes utilisés sans discernement par la police antiémeute française au Stade de France ».

Pour le reste, le ministre de l’Intérieur est resté droit dans ses bottes et a maintenu ses accusations contre les supporters britanniques, qu’il tient pour responsables du fiasco et de la « fraude massive, industrielle de faux billets ». Une version mensongère pourtant très largement démentie par les journalistes et les fans de football présents le soir du match. De son côté, Mediapart révélait ce lundi soir les déclarations de sources internes au Ministère de l’Intérieur qui pointent à leur tour les mensonges de Darmanin. L’une d’elle explique : « Il n’y a pas eu la moitié du stade, puisque c’est de cela qu’on parle, 40 000 personnes, amassées sans billets ou avec de faux billets aux abords du stade. Après l’organisation chaotique du préfet, il y a une deuxième humiliation qui est celle du mensonge. ». Des évidences faces auxquelles, le ministre de l’Intérieur reste aveugle. Jusqu’à oublier que samedi soir, seulement 2800 billets ont été scannés à l’entrée.

Sous le feu de l’opposition qui exige sa démission, Darmanin a cherché à donner le change, mais derrière un timide mea culpa, le ministre de l’intérieur, contre toutes les évidences a maintenu sa version. Pas sûr que les quelques amendements de forme suffisent à convaincre ceux qui ont été choqués par la répression policière et la gestion catastrophique. Le Sénat a d’ores et déjà annoncé sa volonté de poursuivre les auditions. Le gouvernement britannique a demandé le lancement d’une enquête officielle à l’UEFA.

Pour la macronie, en difficulté en ce début de quinquennat 2, l’affaire ligue des champions vient s’ajouter à celle de Damien Abad. Une aubaine pour les oppositions à moins de deux semaines du premier tour des législatives, trop contentes d’avoir trouvé un nouvel angle d’attaque contre Macron.

Dans le contexte de tendance à l’inflation et d’explosion du coût de la vie, de nouvelles crises d’ampleur pourraient venir frapper le gouvernement. Déjà à l’éducation nationale et à l’éducation la crise couve. Au vu de l’instabilité économique et sociale, il n’est pas exclu que cette colère finisse par se généraliser et s’exprimer de façon convulsive tant l’inflation et la crise économique, vouées à s’intensifier, sont porteuses d’explosions sociales d’ampleur. L’affaire ligue des champions aura sur ce terrain au moins eu le mérite de nous rappeler les méthodes du gouvernement pour y faire face. Une gestion défaillante et pour y répondre : la répression policière. Une pure tradition macronienne en somme.



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