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Politique

Contre la propagande « Laïcité et Valeurs de la République » à l’école

Un enseignant convoqué par le rectorat pour avoir lu un poème en CA : tous en grève le 7 janvier !

Absence de protocole contre Omicron, et pour les enseignants, la répression. En cette rentrée chaotique, c’est clairement le message qu’envoie le Rectorat de Créteil qui convoque, ce vendredi 7 janvier, un enseignant, représentant syndical Sud-Education des personnels, du lycée Marcelin Berthelot de Pantin (93). Ce qu’on lui reproche : avoir lu une motion en Conseil d’Administration, sous forme d’un poème en alexandrins, en réaction à la formation « Laïcité et valeurs de la République » qui s’était déroulée dans leur établissement.

mercredi 5 janvier

« Présents parce qu’obligés un matin de novembre,
Les collègues d’un lycée venus la messe entendre,
Furent surpris pour le moins du discours entendu.
De dialogue, il n’y eut point, les questions pourfendues. »

Le poème, aux allures d’une fable de La Fontaine, a été lu durant un conseil d’administration en décembre en guise de motion, une des dernières modalités d’expression qu’il reste aux personnels d’Éducation pour s’exprimer au sein des instances administratives.

La motion-poème réagissait non seulement à la forme qu’a pris ce qui devait passer pour une formation sur la « Laïcité et les Valeurs de la République » – où toutes questions, débats, étaient exclus – mais aussi à son contenu, le Rectorat menaçant de descendre dans les établissements, pour prendre des photos des jeunes filles dont la tenue serait jugée non conforme aux « valeurs de la laïcité ».

Loin d’être une formation, l’intervention du rectorat sur la « Laïcité et les valeurs de la République » qui a été réalisée dans de nombreux établissements depuis plusieurs mois, n’est ni plus ni moins qu’une séance de propagande de la pensée réactionnaire du ministère de l’Education Nationale : une fois de plus, la laïcité est instrumentalisée de manière fallacieuse et islamophobe pour stigmatiser la jeunesse de croyance et/ou de tradition musulmane.

Alors que l’Alsace-Lorraine est toujours soumis au Concordat, et que les deniers publics abondent dans les écoles privées sous contrat de l’enseignement religieux – en particulier catholiques -, la laïcité est une fois de plus un objectif à géométrie très variable. En réalité, via cette formation qui vise uniquement à focaliser un peu plus sur la question du voile, le Ministère organise à large échelle un climat de suspicion et de délation généralisé, un climat profondément islamophobe, au sein des établissements scolaires publics.

Tandis que le variant Omicron met les enseignants en grève face à des conditions d’enseignements non seulement déplorables mais dangereuse, le déplacement du ministère Jean-Michel Blanquer à une conférence contre le « wokisme » en dit long sur les priorités déplorables qui sont actuellement fixées. La lutte contre un « islamo-gauchisme » imaginaire est sans doute préférable à la santé de millions d’élèves et de personnels…

Une première fois convoqué en décembre, sans motif indiqué, l’enseignant ayant lu la motion, est de nouveau convoqué, ce vendredi 7 janvier au Rectorat de Créteil. Cette répression syndicale est inadmissible : elle est non seulement une atteinte à la liberté d’expression syndicale des personnels au sein des instances administratives, mais également la preuve de l’offensive réactionnaire et islamophobe du ministère qui souhaite liquider toute opposition à sa politique haineuse et stigmatisante.

En défense de l’enseignant, l’intersyndicale 93 (Snes, Sud, CGT, CNT, Snep) appellent à faire grève et à se rassembler devant le rectorat de Créteil ce vendredi 7 janvier 2022 à 15h !

En soutien, nous publions ci-dessous le poème-motion des enseignants de Marcelin Berthelot (Pantin, 93)

Motion – Le serpent et le roquet – Récit d’une formation Valeur de la république et Laïcité

Laissez-nous vous conter la bien étrange fable,

Dont nous devons chercher, depuis lors la morale,



D’un serpent louvoyant, la langue mielleuse,

Qui n’est pas dominant et devient bête hargneuse ;



D’un roquet aboyant, la langue fielleuse,

Sans retour connivent donc d’humeur bilieuse.



Présents parce qu’obligés un matin de novembre,
Les collègues d’un lycée venus la messe entendre,


Furent surpris pour le moins du discours entendu.
De dialogue, il n’y eut point, les questions pourfendues.


Acquiescer sans rien dire, et l’échange banni,
A leurs propos souscrire mais répondre, nenni.


Non, infantilisés, soupçonnés sans détour,
On nous a menacés, main de fer sans velours,


D’être photographiés, convoqués tour à tour,
Par un recteur caché, preuve aussi de bravoure.


Sous le masque se cachant, après les points légaux,
D’exemples iniques en faits divers démagos,


De la laïcité, des affiches de campagne,
On a vite retrouvé les sombres amalgames.


Pour étonner ainsi, leurs propos quels furent-ils ?
Un seul thème choisi, le voile des jeunes filles.


Sans surprise, quel drame, nous nous y attendions.
L’habillement des femmes sous toutes ses variations,


Du pouvoir rétrograde déchaîne les passions,
Dès que vient une estrade, ils hurlent à l’unisson.


Quelle erreur feraient-elles, si en plus d’être femmes,
A l’époque actuelle, elles étaient musulmanes.


C’est de ça, sans erreur, dont on nous a parlé,
De fréquence, de longueur, toute la matinée.


De hijab, d’oripeaux, pas de laïcité.
D’abaya, de bandeaux, pas de fraternité.


De robe et de textile, pas de l’égalité.
De photos, de chevilles, pas de liberté.


Qu’elles nous semblent éloignées, dans ces nuages si lourds,
Ces valeurs qui toutes et tous nous animent tous les jours.



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