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Un étalement de la dette jusqu’en 2042 ? Le gouvernement veut faire payer la crise aux travailleurs

Alors que le déficit du PIB devrait atteindre 11,4% du PIB à la fin de l'année, et une dette s'établissant à 120%, la cour des comptes somme Bercy de « muscler » sa stratégie. De son côté, le gouvernement voudrait étaler le coût de la crise Covid jusqu'en 2042.

mardi 30 juin

 Crédits photo : ANNEGRET HILSE / POOL / AFP 

On le sait, la crise sanitaire a entraîné un creusement important de la dette publique, avec une répercussion importante sur la croissance et ce partout dans le monde. En France, le gouvernement a annoncé que le déficit allait atteindre 11,4% du PIB d’ici à la fin de l’année. Le taux d’endettement sera même supérieur aux prévisions les plus pessimistes, et atteindre 120% du PIB. Ainsi, le déficit public devrait s’établir à 250 milliards d’euros fin 2020.

La croissance pour combler le déficit ? Un scénario peu probable

Face à cette dette importante, le retour de la croissance, leitmotiv du gouvernement depuis le début de la crise sanitaire, ne suffira pas pour endiguer la montée en flèche de la dette. Comme [l’explique Renaud Honoré dans Les Echos, « A de tels niveaux, il ne faut donc pas attendre de la croissance qu’elle fasse des miracles. La Cour [des Comptes, NDLR] a ainsi considéré trois scénarios pour les années à venir : celui de “rattrapage”, qui verrait le PIB revenir au bout de quelques années à la trajectoire d’avant crise ; celui de “perte limitée” où le terrain perdu n’est pas regagné complètement malgré une croissance de retour à sa tendance d’avant crise ; et enfin celui de “faiblesse persistante” avec un PIB et un taux de croissance durablement en dessous du niveau d’avant Covid. La conclusion ? Dans le meilleur des cas le déficit peut espérer retrouver en 2023 le niveau prévu cette année avant le coronavirus mais avec une dette publique “encore supérieure à son niveau d’avant crise”. Dans le second cas, le déficit stagnerait à 4 % du PIB d’ici à trois ans avec une dette un peu supérieure à 115 %. Enfin le pire scénario ouvrirait la voie à un déficit durablement supérieur à 6 % et à une dette qui s’envolerait à 140 % de PIB ».

En d’autres termes, même dans le meilleur des scénarios, la dette restera à un haut niveau à moyen terme. Une situation qui reste relativement sous contrôle aujourd’hui, du fait du faible taux d’intérêt sur le marché des dettes publiques. Pourtant, ces faibles taux sont définis comme « anormalement bas », et toute hausse, même relativement faible, pourrait entraîner des situations catastrophiques sur le plan économique.

Le gouvernement envisage d’étaler la dette jusqu’en 2042 : un mécanisme visant à faire payer la crise aux travailleurs

La Cour des Comptes défend auprès du gouvernement une politique plus dure. Des recommandations qui ont de quoi inquiéter, tant la politique actuelle de l’exécutif va dans le sens de nombreux cadeaux au grand patronat, par le biais de divers plans à grands coups de milliards, tandis que 500 000 emplois ont déjà été supprimés en France au 1er trimestre.

En ce sens, la piste d’un étalement du remboursement de la « dette Covid », via le mécanisme de la Caisse d’amortissement de la dette sociale, étalé jusqu’en 2042 est sérieusement envisagé par le gouvernement, comme l’explique un article publié dans Les Echos. L’objectif de Bercy est simple : cantonner 150 milliards de la dette, en prolongeant la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS) sur cette longue période. Comme l’explique l’article des Echos, « la France va connaître une situation qu’elle n’a connue durant le dernier siècle que lors des deux conflits mondiaux, durant lesquels le taux d’endettement avait franchi le seuil des 250 %. La situation est donc exceptionnelle, et le gouvernement est résolu à prendre des mesures qui le sont également ».

L’objectif sous-jacent du maintien de ce mécanisme est avant tout de pouvoir poursuivre la mécanique de soutien public aux entreprises pour la période qui s’ouvre, et ce alors que la plupart des économistes et analystes politiques estiment que la crise économique, qui n’en est encore qu’à ses balbutiements, devrait vraisemblablement s’ouvrir réellement en septembre/octobre, avec son lot de licenciements massifs et autres attaques sociales.

Ainsi, le gouvernement devrait, via ce mécanisme, répondre à l’une des exigeances de la Cour des comptes, soulignée par Le Point : « pour la Cour, “il ne faut pas tout attendre” de la croissance et “un effort de redressement structurel des finances publiques doit être engagé” dès que les conditions économiques le permettront. “Il ne doit pas être trop brutal pour ne pas casser la reprise, mais il doit être poursuivi avec constance pour obtenir des résultats tangibles”, ajoute-t-elle, appelant à la définition d’une trajectoire dans une loi de programmation des finances publiques “au plus tard” au printemps prochain [...] Le plan de relance que prévoit de déployer le gouvernement à la rentrée devra contenir des actions de soutien “temporaires” et ciblées, sans financement par un surcroît d’endettement public ».

Autrement dit, la question n’est pas de remettre en cause les « cadeaux » fait aux grandes entreprises, mais de retrouver une forme de contrôle de l’endettement, en profitant de la conjoncture sur les marchés, pour ensuite s’atteler au sacro-saint remboursement et tout ce qu’il implique en terme de sacrifices et d’attaques sur les acquis sociaux.

La situation est donc très claire : le mécanisme d’étalement de la dette publique jusqu’en 2042 est une forme de promesse d’austérité sur le long terme de la part du gouvernement. Il s’agit à la fois de rassurer le patronat sur la continuité des aides publiques pour la période qui s’ouvre, tout en planifiant un remboursement dont le coût reviendra intégralement aux travailleurs. Une politique qui ne peut qu’amplifier la dynamique des suppressions d’emplois, des baisses de salaires et autres attaques contre les exploités et les plus précaires.




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