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Jeunesse

Précarité étudiante

Un étudiant étranger témoigne. « Le confinement, c’est l’isolement total »

Isolement, absence de mesures sanitaires, licenciements, incapacité de payer le loyer, de terminer l'année universitaire, un camarade étudiant étranger habitant une chambre de résidence universitaire témoigne de son quotidien en période de confinement.

mardi 31 mars

Je suis étudiant étranger en Génie Electrique, à l’Université de Cergy-Pontoise depuis septembre 2017. Résidant dans un logement Crous à Villetaneuse, j’ai écrit ce témoignage pour parler non seulement de moi, mais aussi des conditions de confinement des étudiants dans la résidence universitaire, et des conséquences des annonces du gouvernement sur la vie des étudiants étrangers en général, très souvent mis au chômage suite à la fermeture des restaurants et commerces, qui concentrent les petits boulots qui sont essentiellement des job étudiants et très précaires.

Les résidents, essentiellement étrangers, passent le confinement dans un isolement total, dans des chambres de 18 m², et les parties communes ont été fermées, à l’instar des salles de divertissement comme la salle de sport, de musique, pour ne pas avoir à les désinfecter. Même celle de « travail » est fermée, alors qu’on nous dis qu’il faut continuer à étudier de chez nous.

Apres l’annonce de la fermeture des fac par Emmanuel Macron, le Crous m’a envoyé un mail pour notifié qu’on « bénéficie » d’une suspension de loyer pendant le confinement et la fermeture de la fac si et seulement si on sort de l’appartement et qu’on le vide. Une condition que tous les étudiants étrangers ne peuvent satisfaire car tout simplement, c’est le seul logement dont ils disposent. Une donnée qui complique encore plus les choses, c’est que la date limite pour faire une demande de renouvellement est à mi-avril.
Or pour effectuer cette demande, il faut être à jour avec le paiement des loyers, ce qui fait que beaucoup d’étudiants devront se débrouiller pour trouver cet argent, pour ne pas risquer de perdre le logement en fin d’année, ce qui rendrait la situation beaucoup plus difficile. D’autant plus que beaucoup d’étudiants ont perdu leur travail, déclaré ou non, ce qui les mets dans une difficulté pour subvenir à leur besoin, et dans la quasi impossibilité de payer les loyers.

Du côté des mesures sanitaires mises en place, la situation n’est pas meilleure. Depuis la fermeture des fac, l’état d’hygiène de la résidence s’est détérioré, le ménage n’est plus effectué, et la buanderie, seul espace commun ouvert est non entretenu. Il n’y a ni gants, ni masques, ni gel hydroalcoolique pour éviter de contaminer les autres et de se faire contaminer, et vu qu’il n y’a pas de tests de dépistage, on ne peut pas savoir si on est infecté par le coronavirus ou pas. Et encore moins d’accès à un médecin pour se faire examiner si jamais on tombe malade.

S’agissant de la continuité pédagogique et des « cours à distance », comme je suis dans une formation technique, une formation qui contient beaucoup de TPs, cela requiert des logiciels qui nécessitent à leur tour des PC assez performant. Ce qui n’est pas à la portée financière de tout le monde, alors même que certains de ces logiciels ne sont même pas fourni par l’université.
Tout cela cause une perte de motivation et met dans une situation délicate pour terminer sereinement l’année universitaire et renouveler son titre de séjour. Un souci auquel s’ajoute la préoccupation envers notre pays d’origine (l’Algérie pour moi), lui aussi touché par l’épidémie à la différence que les infrastructures médicales sont bien souvent encore moins opérantes, sans parler de la crise économique.

La double-peine.




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