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Politique

Scandale

Un ex-cadre dirigeant de Danone et de la SNCF à la tête de Sciences Po Paris

La prestigieuse école Sciences Po Paris vient de se choisir un nouveau président dans la personne de Mathias Vicherat. Une nomination qui interroge grandement dans la presse puisque le nouveau président n’a aucune expérience professionnelle dans l’enseignement supérieur. La nouvelle et son traitement médiatique révèlent toutefois la proximité de cette école avec la classe politique et médiatique, et donc avec la bourgeoisie.

vendredi 12 novembre

Crédits : Screenshot sur interview de Liberté Living-Lab

Le Conseil de l’Institut d’Études Politiques de Paris (IEP de Paris) vient de désigner Mathias Vicherat pour être le nouveau président de la grande école aussi appelée Sciences Po Paris. Il succède à Frédéric Mion, contraint de démissionner en février 2021 quand il s’est avéré qu’il couvrait les accusations d’inceste visant Olivier Duhamel ainsi que les cas d’agressions sexuelles au sein de son école.

Le choix du nouveau président de l’IEP de Paris fait l’objet de successions d’articles au sein de grands quotidiens nationaux tels que Libération, Le Figaro, Le Monde… Les nominations de présidents d’universités ne génèrent pas autant d’articles dans la presse nationale : cet engouement médiatique révèle l’importance prêtée à la grande école parisienne.

Et pour cause, Sciences Po Paris est une école participant à la reproduction d’une élite. Seuls 12 % des élèves qui la fréquentent sont des enfants d’ouvriers ou d’employés, des catégories socio-professionnelles qui représentent pourtant près de la moitié de la population active. À l’inverse, les étudiants issus des catégories socio-professionnelles supérieures (cadres, chefs d’entreprise, professions intellectuelles supérieures) y sont surreprésentés. La majorité des présidents de la cinquième république sont d’anciens élèves de Sciences Po Paris : Jacques Chirac, Georges Pompidou, François Mitterand ou encore Emmanuel Macron. De même des personnalités médiatiques telles qu’Anne Sinclair, Alain Duhamel ou Frédéric Beigbeder sont passés par la prestigieuse école.

L’IEP de Paris forme ainsi un point névralgique de la reproduction des élites bourgeoises au sein de la société française. L’intérêt de la presse bourgeoise pour les questions de direction de cette école s’explique par la proximité entre les rédactions des médias bourgeois et cette école en raison d’une appartenance de classe.

Mais un point d’interrogation pour la presse et pour les enseignants de l’IEP reste l’absence d’expérience professionnelle du nouveau président dans l’enseignement supérieur. Le nouveau nommé a en effet pu occuper des postes aussi divers que sous-préfet dans le 93, directeur adjoint au cabinet du maire de Paris, un poste de direction au sein de la SNCF ou encore au sein du groupe Danone ; mais il s’agit de sa première expérience dans l’enseignement supérieur, contrairement aux autres candidats au poste de président de l’IEP de Paris. Un journaliste de Marianne dit avoir recueilli la parole d’enseignants de l’IEP attribuant a nomination de Mathias Vicherat à sa proximité avec Emmanuel Macron.

Mathias Vicherat a en effet rencontré Emmanuel Macron à l’ENA où ils faisaient partie de la même promotion : une autre illustration de l’entre-soi régnant dans les grandes écoles et de leur rôle dans l’établissement de la solidarité au sein de la classe bourgeoise.

En revanche, la production scientifique à sciences po est négligeable comparée à la fonction de socialisation de l’école. La dépense publique annuelle par étudiant pour un étudiant de l’IEP de Paris est de 17000€, à comparer aux 8780€ dépensés par l’État pour un étudiant à l’université, alors même que les IEP sont des établissements publics. Il est temps de supprimer les grandes écoles dont la seule fonction est de reproduire les élites et d’investir massivement dans les universités pour offrir un enseignement de qualité à toutes les personnes qui le souhaitent.




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