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Crise sanitaire et sociale

Un mois et demi de grève au Foyer de l’Enfance de la Loire

Depuis le 11 mai, des salariés du Foyer de l'Enfance de la Loire sont en grève. Alors que la crise sanitaire a accentué les conditions de travail déplorables dans le secteur social et médico-social, les salariés dénoncent une situation inhumaine.

mardi 30 juin

Crédits photo : AFP / FRED TANNEAU

C’est l’annonce de mesures disciplinaires contre 5 salariés en pleine crise du coronavirus qui a mis le feu aux poudres. En effet, de nombreux salariés s’opposent à cette procédure et dénoncent une manipulation de la direction, qui qualifie de « mise en danger » ce qui est en réalité un oubli de transmission d’informations.

Cette attaque de la direction intervient dans un contexte déjà tendu. En effet, en décembre 2019, le Foyer de l’Enfance et de la Famille de la Loire (FDEF 42) était déjà secoué d’un mouvement de grève des salariés qui réclamaient de meilleures conditions de travail, de meilleures conditions d’accueil pour les mineurs hébergés, un fonctionnement qui soit basé sur les besoins des enfants accueillis et des professionnels.

Ce précédent mouvement avait conduit à ce que la direction promette de ne plus engager de personnel non-diplômé. Promesse qui a duré 1 mois, jusqu’à l’embauche de 3 nouveaux salariés, tous non-diplômés.

Aujourd’hui, le dialogue est complètement rompu avec une direction qui n’en fait qu’à sa tête. De grands changements sont impulsés par la directrice, contre l’avis des représentants du personnel. De nouveaux protocoles et des réorganisations de service sont décidés sans aucun souci des enfants accueillis. La CGT FDEF 42 dénonce des conditions d’accueil qui se dégradent, et s’inquiète de la gestion catastrophique de la direction. Face à une logique d’entreprise, elle rappelle que « ce ne sont pas des dossiers, ce sont des enfants » dont les travailleurs sociaux s’occupent.

Depuis plusieurs mois, les salariés sont minés par la perte de sens de leur travail, alors que les conditions d’accueil se dégradent. Dans un communiqué de presse du 11 mai, la CGT pointe le lien entre les conditions de travail et les conditions d’accueil :

« Le management actuel et le climat de tension qu’il engendre, entraînent des départs volontaires ou des arrêts maladie, d’agents aux qualités professionnelles reconnues depuis de longues années. Cela provoque un turn-over important, un turn-over amplifié par les modalités de recrutement de la direction (jusqu’à 42 agents intervenants en 2 ans sur une unité de jeunes enfants). Ce turn-over porte atteinte au besoin de stabilité et de continuité pourtant essentiels au bien-être tant des équipes que des usagers »

Dans ce contexte de maltraitance institutionnelle, aggravé par la crise sanitaire, l’annonce de mesures disciplinaires sonne comme une attaque particulièrement vicieuse de la direction.

Pour les équipes du FDEF 42, la gestion du Covid-19 a été particulièrement compliquée. Des cas ont été avérés au sein de la structure, ce qui a entraîné un fonctionnement en service minimum. Les travailleurs sociaux ont dû assurer de multiples missions, comme par exemple le ménage et la désinfection des locaux, alors même que les équipes ont été réduites et qu’il se retrouvaient à 2 professionnels pour 12 enfants.

Malgré ces conditions de travail épouvantables, une situation très anxiogène et une souffrance au travail terrible, les salariés ont pris sur eux, et sont restés mobilisés, soucieux d’apporter un accompagnement de qualité aux mineurs hébergés. Lorsqu’en guise de remerciements, la direction s’attaque à 5 salariés, la réaction ne se fait pas attendre et plusieurs employés se mettent en grève.

Aujourd’hui, la grève dure depuis près d’un mois et demi. Si les grévistes sont déterminés à ne rien lâcher, la direction joue elle la carte du pourrissement, en refusant le dialogue et en restant sourde aux revendications des grévistes.

Dans une institution qui emploie beaucoup de contractuels, et où la direction fait régner un climat de terreur à coups de pressions, de sanctions, de mutations, toute la difficulté réside dans le fait de constituer un rapport de force suffisant pour imposer ses revendications. Alors que le mouvement de grève est largement soutenu par les salariés, les taux de grévistes restent assez bas à cause de ce climat de terreur et la précarité des contrats courts ou de remplacement.

Dans les jours qui viennent, la Direction Départementale de la Cohésion Sociale (DDCS) va intervenir afin de procéder à une inspection du fonctionnement du service. Du côté de la CGT, on espère que cette démarche permettra de mettre à plat toutes les difficultés rencontrées par le service – dont le manque d’écoute et les sanctions arbitraires sont les points principaux – mais également qu’elle pointe les richesses de l’établissement, notamment l’investissement du personnel. Un regard extérieur bienvenu qui pourrait aider à résoudre le conflit.

Toutefois, si cette intervention extérieure ne suffit pas, le conflit semble parti pour durer et la question du durcissement de la grève se posera sûrement. Si enchaîner des journées entières de grève provoque souvent chez les salariés un sentiment de culpabilité, la responsabilité de la grève et de ses conséquences possibles sur les mineurs accueillis repose entièrement sur la direction, qui met en danger professionnels et usagers en appliquant une logique comptable d’entreprise à un secteur qui ne devrait pas souffrir de restrictions budgétaires.




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