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Réponse collective

Un ouvrier licencié à LU : trois sites en grève

Un « P’tit LU » a été licencié ce lundi, déclenchant une réaction immédiate dans trois des quatre plateformes de production qui se sont mises en grève pour exiger sa réintégration. Dans un contexte où la direction fait du chantage et menace de miser sur la main d’œuvre d’Europe de l’Est, son collègue de la CGT dénonce que la « direction a clairement voulu faire un exemple. »

vendredi 21 juin

La direction de l’usine LU à La Haye Fouassière, près de Nantes, vire un salarié sous couvert de « mise en danger » de sa personne et de ses collègues. Après un entretien pour « manquements aux règles de sécurité », une lettre de licenciement a été remise au salarié à sa reprise de poste lundi, à 13h. Mais dès 14h, les ouvriers de l’usine ont réagi en entrant en grève reconductible et comptent continuer les débrayages jusqu’à samedi. Ils ont été suivis le temps d’un jour par 2 autres plateformes sur les 4 que compte LU en France, ralentissant fortement la production.

 «  Au bout de 17 ans de loyaux services rendus à la société, il n’a même pas eu le droit de rentrer, en donnant sa pièce d’identité, pour me faire lire sa lettre de notification, au local (syndical) qui est à l’extérieur du site », Fabrice Defoort, délégué CGT

Agé de 41 ans, avec 17 ans d’ancienneté dans la boîte, le salarié n’avait jamais reçu de mise à pieds. Boulanger et pâtissier de formation, conscient de la qualité de son travail, il est accusé de « comportement déplacés » pour avoir « consulté son smartphone, oublié de porter des bouchons d’oreille et pointé trop en avance, ce qui donne un peu plus de travail au niveau de la gestion […] Vous voyez que ce sont des fautes très graves ». Des motifs surprenants pour une peine aussi brutale, ce qui masque pour la CGT un cas de répression syndicale. Celle-ci dénonce du « jamais vu » et ce alors que l’entreprise décroît sans cesse le nombre de ses salariés depuis les années 80.

Depuis novembre dernier l’arrivée d’un nouveau directeur d’usine a montré le ton. Dès janvier, la direction a voulu obliger les salariés à prendre une semaine de congés, et cherche actuellement à suspendre les 3x8 pendant trois mois et demi sur une des 4 lignes, ce qui représente une perte de 800 € sur la période pour les ouvriers. Et afin de réduire encore les coûts de production, des mutualisations de postes sont prévues, ce qui acte d’ores et déjà la suppression d’au moins 15 postes d’ici 2020.

« On nous dit : si vous n’êtes pas compétitifs, on a les mêmes lignes qui ne sont pas saturées en Europe de l’Est, et bien on va envoyer des volumes là-bas.  », déplore F. Defoort, délégué CGT. La direction veut ainsi à détourner les yeux sur les bénéfices exponentiels de la marque, qui appartient au géant américain Mondelez, en mettant en concurrence les travailleurs et en faisant du chantage sur les délocalisations en Pologne ou en République Tchèque. De quoi alimenter les discours xénophobes pour le plus grand plaisir du patronat, qui use allègrement de ces arguments pour faire pression sur les salaires.

Pourtant ce ne sont pas les travailleurs des autres pays qui sont responsables des licenciements, mais bien les choix des dirigeants. Alors que les usines LU comptaient en France 500 salariés en 2014 pour 45 000 tonnes de biscuits produits, aujourd’hui il n’y en a que 330 pour 31 000 tonnes. Les bénéfices, eux, sont pourtant à hauteur de 25,9 milliards de dollars pour le CA de Mondelez (avec un gain de 2,92 milliard en 2017), et vont bon train puisque le groupe s’est érigé en numéro 1 des biscuits en Europe. Profitant des exonérations d’impôts offertes par les gouvernements dans les pays dominants comme la France ou les États-Unis, et des délocalisations vers les pays les moins riches pour une main d’œuvre à moindre frais, cette compétition entre les travailleurs, les licenciements et la baisse de rendement dans la production française ont bien été planifiés pour engraisser les poches des patrons et des actionnaires.

Les syndicats dénoncent ainsi une politique axée sur la productivité au détriment des ouvriers et même de la qualité des produits. Inspiré des legs de Taiichi Ohno, à l’origine du système toyotiste, la multinationale Mondelez applique à ses fins une méthode qui exacerbe la dictature du chronomètre et axe la morale de l’entreprise uniquement sur la maximisation du profit.

Cette méthode de rendement, appelée « Iean management », a été appliquée par le nouveau directeur des usines LU dans la lignée du productivisme néo-libéral. Fortement dénoncée par la médecine du travail depuis des années, elle se traduit par « maigre management ». Elle vise à une politique de réduction des coûts et des délais de production en organisant méticuleusement le flux tendu, ce qui met les travailleurs en situation de stress permanent et augmente les troubles musculosquelettiques (TMS) et les risques psychosociaux (RPS).

Françoise Siegel, spécialiste en santé au travail et médecin, argumente sur le sujet : « 98 % des maladies professionnelles indemnisables relèvent des TMS en 2012 […] et lorsqu’un aléa se produit, le salarié se retrouve le plus souvent totalement seul à devoir assumer une décision qui n’est, par définition, pas prescrite (par le protocole) ». Alors que trois millions d’achats de paquets de gâteaux signés LU sont ainsi référencés chaque jour, produits par des petites mains invisibilisées et dénigrées pour leur travail, celles-ci sont licenciées car elles ne porteraient pas de bouchon d’oreilles et arriveraient en avance.

Mais cette politique, malgré les différents patronymes du management contemporain, ne date pas d’hier. Le passage de LU entre les mains de Danone, en 86, a induit un vaste plan de restructuration avec des usines nouvelles auxquelles les salariés ont eu du mal à s’adapter, avec la mise à l’écart des anciens ouvriers et leur remplacement par d’autres qui ont du s’adapter à la politique ultra concurrentielle. En 2001, ce sont 800 salariés qui sont licenciés de la biscuiterie avec la fermeture de deux usines. Depuis, la croissance des capitaux reste pourtant exponentielle en Europe où le groupe, également propriétaire de Mikado, Oreo, Belvita, Milka ou encore Toblerrone, tire 40 % de ses bénéfices.

De l’autre côté de la Méditerranée, en Algérie, les travailleurs doivent également faire face à une direction non moins autoritaire. Conscient que le groupe international ne subira pas de pertes irréversibles, tant les salariés sont sous-payés et sans protections sociales, le directeur de l’usine LU de Rouiba a licencié sans fard 130 salariés. Ils s’étaient rassemblés le dimanche 31 mai pour exiger primes, médecine de travail, et une section syndicale tout en prônant la réappropriation de l’Ugta. « Votre Etat ne vous a pas accordé vos droits et vous voulez que moi je le fasse !  » a-t-il donné comme explications. Il faut lui reconnaître une certaine vérité : ce sont les travailleurs et les précaires qui ont toujours arraché leurs droits, en se mobilisant par la grève, l’auto-organisation et les mobilisations, contre les patrons avides et corrompus par l’argent, qu’ils soient de France, d’Amérique, de Pologne ou d’Algérie.

Crédit photo : S.Salom-Gomis/Sipa




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