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Politique

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Un ouvrier n’a pas à fermer sa gueule en période électorale

Il n’y a pas besoin de regarder les principales chaînes d’information à la télé, écouter la radio ou lire la presse écrite, pour se rendre compte que nous sommes en pleine période de campagne électorale. Les candidats défilent, ainsi que leurs promesses de campagne : Marine Le Pen, candidate depuis longtemps avec son discours chauvin et xénophobe, Macron « en marche », un coup les primaires à droite, un coup les primaires à « gauche »… A leur gauche, Mélenchon a refait surface avec le mouvement la « France insoumise » et essaye de capitaliser sur un terrain purement électoral la colère des salariés et de la jeunesse qui s'est notamment exprimée au printemps. Pour ce dernier, il s'agirait ainsi de ne pas "abandonnez" nos "bulletins de vote" pour réellement changer les choses. Mais où est donc passée la France des mobilisations contre la loi Travail avec les milliers de jeunes et de travailleurs dans les rues et en grève ? Pendant la période électorale, sommes-nous, les travailleurs et la jeunesse, obligés de fermer notre gueule ? Laure Varlet

lundi 9 janvier 2017

Malgré le climat électoral, notre classe continue de lutter et ces luttes doivent pouvoir s’exprimer

Selon ce qu’on nous martèle jour et nuit dans les médias, il n’y aurait que les élections comme seul sujet politique intéressant par les temps qui courent. Les différents candidats et leurs promesses, qu’on sait déjà qu’ils ne tiendront pas, sont l’objet des commentaires des analystes politiques divers et variés.

Quelques mois plus tôt, à la télé, on entendait surtout parler de la loi Travail et des luttes et mobilisations en cours. Des dockers du Havre aux raffineurs de quatre coins du pays ; de la jeunesse impertinente qui remettait en cause non seulement la loi Travail mais aussi son monde, aux cheminots et routiers qui menaçaient de paralyser la France entière… À croire par ce qu’on entend aujourd’hui, ces images de mobilisations, grèves et blocages, n’auraient été qu’un rêve.

Mais si on regarde un peu plus loin que notre écran de télé, encore aujourd’hui les travailleurs continuent de lutter : la plus longue grève des travailleurs de la FNAC des Champs-Elysées a lieu en ce moment même, une forte mobilisation des travailleurs de Vivarte ainsi que d’Amazon, des grèves et des luttes de cheminots dans différents coins du pays qui se battent contre l’application concrète de la réforme ferroviaire et ses conséquences, comme à Béziers ou à Périgueux, ou encore l’emblématique grève des ouvriers de MC Syncro où les travailleurs en CDI ont décidé de se mettre en grève contre la précarité, pour l’embauche des intérimaires et une augmentation des salaires. Tout cela, en même temps que la lutte contre la répression continue, en soutien à tous les militants et manifestants qui passent en procès suite aux mobilisations contre la loi Travail, ou encore les salariés de Goodyear qui attendent leur jugement ce mercredi 11 janvier à Amiens.

La candidature ouvrière de Philippe Poutou doit servir à porter ces luttes au grand jour, et doit aider à ce que ces luttes fassent irruption sur la scène politique nationale.

Pourquoi les travailleurs doivent avoir leur candidat ?

En période électorale, où tout passe par les promesses de campagne et les grands discours des politiciens professionnels, il est d’autant plus important que les travailleurs aient leur propre candidat. Comme disait Philippe Poutou dans son livre publié en 2012, Un ouvrier c’est là pour fermer sa gueule : « En période électorale, cette classe politique se montre toujours très soucieuse des intérêts des couches populaires ou de leur misère. Elle consent même à se déplacer aux portes de nos usines, ou jusque dans nos quartiers (généralement mal considérés), pour dire à quel point elle est sensible à notre souffrance sociale, à nos problèmes. À la veille des élections, elle fait semblant de s’intéresser aux sans-abris et aux mal-logés, aux conditions de travail des infirmières et des enseignants (…), ou fait croire qu’elle va sauver l’emploi. L’élection passée, les cadors retournent à leurs petits intérêts de boutique et nous oublient ».

Il est donc fondamental que nous ayons un candidat ouvrier qui représente véritablement nos intérêts, qui connait réellement la situation des millions de travailleurs tout simplement car c’est sa réalité de tous les jours à lui. Il n’y a qu’un seul candidat qui sait ce que cela veut dire que de travailler en 3x8. Il n’y a qu’un seul candidat qui sait ce que cela veut dire que d’avoir la peur au ventre parce que son emploi est menacé et qu’il risque de se retrouver à la rue, lui et sa famille. Il n’y a qu’un seul candidat qui connaît la précarité de l’emploi et la difficulté à boucler les fins de mois avec un maigre salaire.

Dans la brochure de 2012, Philippe affirmait qu’en « tant que salarié ordinaire, je suis en quelque sorte le porte-parole des sans-voix, de ceux qui sont perpétuellement méprisés, des ‘’invisibles’’ qui n’existent quasiment pas dans l’espace public. Je ne veux pas parler à la place des autres, mais ma candidature peut et doit servir à dire que nous sommes là, nous les exploités, qui produisons les richesses ».

Les ouvriers doivent faire de la politique, ils doivent lutter pour le pouvoir

Contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, nous les travailleurs, nous ne sommes pas obligés de fermer notre gueule pendant ces périodes électorales. Bien au contraire. Nous ne sommes pas obligés d’attendre le prochain gouvernement la tête et les yeux baissés, comme s’il ne nous restait qu’à attendre les prochaines attaques, les prochaines « loi Travail » ou les prochaines réformes de la sécurité sociale ou d’autres acquis sociaux. La période de campagne ne doit pas nous mettre sur la défensive, au contraire, nous devons profiter de ce moment pour faire de la politique. Les travailleurs ne sont pas condamnés à seulement lutter contre telle ou telle réforme, ou à demander des primes de départ quand les patrons nous annoncent des licenciements.

Nous devons passer à l’offensive, réfléchir et discuter de la société qu’on voudrait construire, du gouvernement des travailleurs qu’il nous faudrait mettre en place, de comment les transports, les usines, les écoles, les universités, les hôpitaux seraient gérés si au lieu d’un gouvernement des patrons, c’étaient les travailleurs au pouvoir. Mais il faut encore qu’il puisse y avoir un candidat de notre classe, un candidat ouvrier, pour porter ce message. Malheureusement, en raison du régime politique particulièrement anti-démocratique de la Ve République, cela n’est pas encore acquis. En 2017, Poutou doit pouvoir y être !




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