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Débats

Débats dans le Nouveau Parti Anticapitaliste

Un tournant dans la situation mondiale et les tâches des révolutionnaires

Nous relayons la contribution soumise au débat par les camarades du NPA-Révolution Permanente lors du dernier Conseil Politique National du Nouveau Parti Anticapitaliste du 4 et 5 juillet. Cette contribution a pour but de présenter quelques analyses et propositions non exhaustives sur la nouvelle situation ouverte par la crise sanitaire et économique, sur notre stratégie et notre programme, ainsi que sur la question du parti, de façon à commencer à nourrir les débats du prochain Congrès, qui devrait avoir lieu dans les prochains mois.

lundi 20 juillet

 Crédits photo : O Phil des Contrastes 

Un tournant dans la situation mondiale

La pandémie du Covid-19 et la crise sanitaire mondiale qui s’en est suivie marquent un tournant de la situation internationale, en agissant comme un catalyseur surpuissant de contradictions économiques, sociales et politiques accumulées durant des années. Sur le plan économique, la mise à l’arrêt inédite dans l’histoire du capitalisme de branches entières de la production aura transformé les tendances croissantes à une nouvelle crise financière en dépression ouverte, comme on ne l’avait pas vu au moins depuis les années 1930.

La crise en cours, dont les effets commencent à peine à se faire ressentir, a de plus la particularité d’avoir son origine directement dans l’économie réelle, à la différence de celle de 2007-2009 qui s’est manifestée au départ sous la forme d’une crise dans le système financier, avant d’avoir des conséquences sur la sphère productive. Son épicentre se trouve dans les principales puissances capitalistes, qui ont été les premières à être frappées par la pandémie et cela a des conséquences sociales et politiques, comme nous sommes d’ores et déjà en train de le voir avec l’évolution de la situation aux Etats-Unis.

En Europe, la crise sanitaire a accentué le clivage entre les pays du Sud et du Nord du continent, tout en faisant de certains pays membres, comme l’Italie en crise, un véritable champ de bataille entre les Etats-Unis, la Chine et la Russie, mettant en péril la survie même de l’Union Européenne, ce à quoi tente de répondre l’axe franco-allemand via l’accord Macron-Merkel conclu au mois de mai.

Sur le terrain social, c’est à une véritable catastrophe qu’il faut s’attendre, avec de très nombreuses fermetures d’entreprises et une explosion du taux de chômage, comme c’est déjà le cas aux Etats-Unis, alors qu’en France la dynamique est encore partiellement contenue par l’amortisseur considérable qu’a été le dispositif massif du chômage partiel.

Même si les rythmes sont encore à déterminer et qu’il n’y a pas d’automatisme entre crise économique et lutte de classes (au contraire, parfois la crise peut engendrer des reflexes conservateurs dans des secteurs du mouvement ouvrier, au moins dans un premier temps), il ne faut pas oublier que la crise actuelle n’intervient pas dans un scénario préalable de paix sociale et de stabilité, mais au contraire à un moment où une nouvelle vague de la lutte de classes s’amorçait à l’échelle internationale, du Chili à Hong Kong, en passant par l’Algérie et le Liban.

En France en particulier, elle arrive après une séquence presque ininterrompue de mouvements d’une ampleur considérable, depuis 2016 avec la lutte contre la Loi Travail jusqu’à la bataille des retraites, en passant par des luttes sectorielles importantes comme la grève des cheminots en 2018 et l’émergence inattendue du mouvement des gilets jaunes. D’une certaine façon nous avons vu descendre dans la rue, tour à tour, toutes les composantes des classes populaires : une partie importante des grands bastions du privé en 2016, la France périurbaine et paupérisée avec les gilets jaunes en 2018, la fonction publique et en particulier les services à caractère stratégique comme celui des transports fin 2019, puis la jeunesse des quartiers populaires et issue de l’immigration en 2020.

Même si aucun de ces mouvements n’a suffi à lui-seul pour faire reculer le gouvernement malgré son énorme impopularité, cette “gymnastique” du mouvement de masses laisse présager que la chute brutale de l’économie en France et la véritable catastrophe sociale qui s’ensuivra trouveront, tôt ou tard, des réponses sur le terrain d’une radicalisation de la lutte de classes. C’est donc à cela que nous devons nous préparer en tant que parti.

Premiers symptômes de réaction du mouvement ouvrier

La réponse rapide et massive aux annonces de fermetures de sites de Renault avait constitué un premier symptôme positif sur l’état d’esprit et les possibilités dans le mouvement ouvrier face aux importantes attaques qui commencent à être enclenchés, et nous pouvons aujourd’hui constater une tendance au développement de deux types de conflits :

- Des luttes défensives contre les fermetures d’usine, les licenciements et le chantage à l’emploi au prix d’une forte régression sociale, dans les grands bastions de l’industrie que sont le secteur automobile et l’aéronautique mais aussi dans toute une série de petites et moyennes usines.

- Des luttes “offensives” de secteurs qui ont été en première ligne durant la crise sanitaire et qui entendent réclamer ce qui leur est dû, comme dans une série de luttes pour des primes dans la grande distribution (Auchan, Monoprix, entre autres) ou dans des secteurs de l’industrie dite « essentielle » (Neuhauser), et surtout dans la santé et chez le personnel hospitalier, avec la journée réussie du 16 juin et ses suites annoncées.

Il est intéressant de noter que la période du confinement n’a pas du tout effacé les conséquences du processus de transformation enclenché au sein des entreprises sous l’impact du mouvement des gilets jaunes. Dans le conflit de Derichebourg, par exemple, dans le secteur aéronautique de Toulouse, un des principaux acteurs de la lutte contre l’Accord de Performance et Compétitivité a été un collectif crée à ce moment sur internet et regroupant des centaines d’ouvriers non-syndiqués, sous l’impulsion d’anciens gilets jaunes travaillant dans l’usine, qui s’est confronté à la bureaucratie traître de FO dans le secteur aéronautique, qui sera certainement un obstacle à franchir pour les luttes contre les licenciements à Airbus (5000) et dans la sous-traitance.

Cela fait écho au rôle néfaste des confédérations (CGT comprise) qui n’hésitent pas à rétablir le dialogue social avec un gouvernement qui a recouru au 49.3 pour faire passer sa réforme des retraites il y a quelques mois, montrant ainsi que leur rôle restera globalement celui de désarmer la riposte de la classe ouvrière.

Une accélération venue des Etats-Unis

L’émergence du mouvement social le plus important des dernières décennies dans ce qui reste encore, malgré tout, la principale puissance impérialiste est une des principales données de la période qui s’ouvre. Par son ampleur, par le fait qu’il soit soutenu par une majorité de la population (ce qui, à la différence de la France n’est pas du tout courant aux Etats-Unis), par son caractère multiethnique et sa radicalité (dont témoigne le débat sur le définancement où le démantèlement de la police), il marque un impressionnant virage à gauche dans la scène politique américaine.

Mais ce mouvement a eu également de fortes répercussions sur l’ensemble du globe et en particulier en France, où il a trouvé une voie concrète d’expression dans le combat mené depuis bientôt quatre ans par la famille Traoré et le Comité Justice et Vérité pour Adama.

Ce mouvement mobilise de très jeunes personnes, dont beaucoup de jeunes racisés et issus des quartiers populaires, mais pas seulement, et à la différence par exemple du mouvement pour le climat qui avait lui aussi entrainé beaucoup de collégiens et lycéens, il a de fait un caractère plus radical, au sens propre du terme, dans la mesure où objectivement il remet en cause la violence légale sur laquelle repose l’Etat bourgeois.

C’est bel et bien cette remise en cause de la “liberté de réprimer” qui inquiète énormément les classes dominantes et les journalistes à leur service sur les plateaux de télé, et qui pousse le gouvernement à multiplier les gestes et promesses en ce qui concerne la fonction de répression des policiers ou bien vis-à-vis du cas Adama Traoré. Ce mouvement a la particularité d’avoir en France une direction qui, à la différence de ses prédécesseurs comme SOS Racisme est, quelles que soient ses limites politiques, nettement indépendante du régime en place.

Un peu comme pour le mouvement des gilets jaunes, le mouvement naissant contre le racisme et les violences policières constitue une sorte d’objet non identifié pour le pouvoir, qui exprime une crainte assez explicite des possibles développements, d’autant plus que le front social commence lui aussi à se réchauffer.

Une transformation dans les « modes de pensée »

Le révolutionnaire italien Antonio Gramsci a été maintes fois cité ces dernières années pour ses apports sur la question des périodes de crise organique et des phénomènes que celle-ci engendre. Parmi eux se trouve ce que Gramsci a appelé une transformation des « modes de pensée », c’est-à-dire du « sens commun » des groupes sociaux sous l’impact de la crise de la société.

Durant les dernières années, face à l’effondrement des partis politiques qui avaient structuré les régimes, le moins qu’on puisse dire est que ce qui a dominé a été les nouveaux « modes de pensée » à droite, avec notamment le développement d’arguments de type xénophobe, populiste de droite et souverainiste, ainsi que différentes variantes de complotisme. Ainsi, si les conditions de vie se dégradaient fortement, la faute était à rechercher du côté de l’immigration, de l’Europe ou d’un quelconque complot, jamais du côté des capitalistes avec leurs Etats.

Les seules exceptions partielles ont probablement été l’émergence d’une conscience « socialiste » aux Etats-Unis autour du phénomène Sanders, d’un certain sentiment anticapitaliste à une échelle d’avant-garde en France ou encore de l’émergence de la nouvelle vague féministe internationale.

De ce point de vue, le fait qu’émerge aujourd’hui à une échelle très large sur la planète une forme de conscience antiraciste allant bien au-delà des pays où elle se cristallise au travers de mouvements durables constitue une excellente nouvelle, d’autant plus à un moment où la crise capitaliste mondiale poussera inévitablement au développement d’issues nationalistes, sur le terrain aussi bien politique qu’économique.

Suivre de près ce qui va se passer du côté de la jeunesse

Au-delà même du mouvement actuel contre le racisme et les violences policières, le gouvernement semble inquiet de ce qui peut se passer plus généralement du côté de la jeunesse, ce qui explique les gestes faits vis-à-vis des étudiants les plus précaires.

L’absence de mouvement massif dans la jeunesse scolarisée depuis plus d’une dizaine d’années a été un atout pour le pouvoir, qui lui a facilité la tâche d’isoler les différentes couches de travailleurs et des classes populaires qui se sont mises en mouvement depuis 2016, surtout lorsqu’on connaît l’explosivité qu’a eu le mouvement étudiant historiquement en France, ainsi que ses tendances à se lier au mouvement ouvrier (68, CPE, etc.).

Une des explications de ce recul temporaire, en plus du poids des défaites des mouvements contre la Loi sur la Responsabilité des Universités (LRU) entre 2007 et 2009, est à chercher précisément dans la pression croissante à la réussite scolaire comme voie d’insertion professionnelle et de possibilité d’ascension sociale. Dans le contexte actuel, cette perspective va se trouver entravée par l’explosion du chômage qui comme souvent frappera tout particulièrement la jeunesse, qui, même dans ses couches ayant un niveau d’études élevé, aura beaucoup plus de mal à rentrer sur le marché du travail.

Il faudra donc suivre de près l’évolution de l’état d’esprit de la jeunesse dans toutes ses composantes, c’est-à-dire également cette jeunesse travailleuse ultra-précaire qui est d’ores et déjà la première victime de la crise économique et sanitaire.

Décalage entre les tendances à la radicalisation et leur incarnation politique

La crise sanitaire et la gestion criminelle de celle-ci par le gouvernement ont radicalisé la situation, en affaiblissant encore plus le gouvernement. Le macronisme, qui avait surfé sur le sentiment « dégagiste » pour s’installer au pouvoir presque par effraction, est désormais atteint massivement par le même phénomène, comme l’a mis en évidence sa Bérézina aux élections municipales, où les vecteurs du « dégagisme » ont cette fois été principalement les candidatures écologistes.

Mais la crise sanitaire a donné aussi une forme de force morale nouvelle aux travailleurs qui se sont retrouvés en première ligne et qui ont fait la démonstration pratique de la valeur sociale de leur travail. Plus que cela, la crise sanitaire a validé de fait toute une série de thèmes et idées de gauche, contre le libéralisme austéritaire y les contre-réformes antisociales et anti-écologiques incarnés par Macron et ses prédécesseurs.

C’est sur cet élan des idées de gauche qu’essaie de surfer la gauche institutionnelle pour tenter de recomposer, en prenant le train de l’écologie libérale, l’espace social-démocrate auparavant hégémonisé par le PS. Un bloc politique qui, sans s’identifier au macronisme, ne s’appuie sur aucune des forces sociales qui le contestent. Au contraire, l’alchimie électorale aura réussi dans ces municipales à réunir ce que la lutte contre la Loi El Khomri avait séparé, à savoir les différentes ailes de la gauche institutionnelle. Il est évident qu’il s’agit de l’exact opposé du bloc ouvrier et populaire nécessaire pour gagner contre Macron et son monde. Le niveau record d’abstention, spécialement dans les couches populaires, montre d’ailleurs que s’il est certain que la conflictualité sociale qui traverse la France depuis 2016 suscite une forte politisation, celle-ci ne s’exprime pas à ce stade sur le terrain électoral.

C’est pourquoi, dans la période qui s’ouvre, tout en portant une réelle démarche de front unique pour les luttes, nous devons aussi intervenir sur le terrain politique en ne laissant pas toute l’initiative à la gauche réformiste. Car si nous allons vers des explosions sociales majeures et des dynamiques de radicalisation, dont la situation actuelle des Etats-Unis est peut-être un signe avant-coureur, plus que jamais le clivage entre réforme et révolution sera d’actualité et le besoin d’une gauche révolutionnaire lutte de classes, qui tire des leçons des expériences de la lutte de classes des dernières années, se fera ressentir.

Actualiser un programme de transition et la perspective communiste

Dans cette nouvelle situation, nous avons en tant que révolutionnaires le devoir de travailler à un programme d’action face à la crise, qui concrétise au travers de mots d’ordre d’agitation précis le fait de faire payer la crise aux capitalistes, tout en reprenant et traduisant les aspirations de l’ensemble des secteurs opprimés de la société (en ayant par exemple en ce moment une politique active de solidarité avec le mouvement contre le racisme et les violences policières à partir de nos implantations ouvrières et syndicales). Voici quelques pistes de ce qui pourrait constituer le socle d’un tel programme d’action :

1. Interdiction des licenciements et de toute baisse des salaires ou augmentation du temps ou de la charge de travail. Partage du temps de travail pour en finir avec le chômage.

2. Occupation des entreprises qui ferment ou organisent des plans de licenciements, contrôle ouvrier pour assurer le maintien des conditions de travail et le respect des mesures de sécurité et hygiène.

3. 300€ d’augmentation des salaires pour toutes et tous, SMIC à 1800€ net et égalité salariale hommes-femmes.

4. Gel des prix des denrées de première nécessité et mise en place de commissions de contrôle sur les prix, indexation des salaires sur le coût de la vie, gratuité des transports et de l’accès à internet, suspension des loyers et des factures d’eau, gaz et électricité pour les plus précaires. Rééchelonnement des crédits (annulation pour les plus démunis) et suppression des frais bancaires.

5. Régularisation de tous les sans-papiers, fermeture des centres de rétention, retrait des troupes impérialistes françaises de l’ensemble de l’Afrique et du Moyen-Orient.

6. Réquisition des logements vides et des hôtels pour permettre à tous de se mettre à l’abri correctement face au virus, plan de travaux publics pour construire des logements sociaux et en finir avec le mal-logement.

7. Ouverture des livres de comptes des entreprises, rétablissement de l’impôt sur les grandes fortunes, récupération de tout l’argent donné via le CICE à des entreprises qui licencient, augmentation des amendes pour les grands fraudeurs du fisc et des moyens pour en finir avec l’évasion fiscale.

8. Nationalisation sous contrôle des travailleurs de toutes les branches stratégiques de l’économie (santé et pharmaceutique, énergie, transports, agro-alimentaire, etc.). Priorité pour les aides d’Etat aux petits producteurs, artisans et commerçants, pas aux grands capitalistes. Investissements massifs dans les services publics et en particulier dans les hôpitaux.

9. Comme mesures élémentaires de sauvegarde de la jeunesse et des classes populaires, et comme pas vers le nécessaire démantèlement d’une police qui réprime, mutile et tue dans les manifestations comme dans les quartiers populaires : suppression des corps spécialisés de répression (CRS, gendarmerie mobile, CSI, CDI et CI, BAC et BRAV).

10. Contre l’escalade autoritaire du régime et la méthode du gouvernement par décrets, en finir avec les institutions de la V° République, suppression de la figure présidentielle et du Sénat pour imposer un Assemblée Unique où siègeraient des élus révocables à tout moment et rémunérés à la hauteur du salaire médian.

En parallèle, et en réponse à la mise en évidence des contradictions du système capitaliste par la crise du Covid, il est indispensable dans cette période de chercher à renouer avec un projet de société alternatif en positif, notre propre « monde d’après », le communisme.

Reconstruire une extrême gauche à l’offensive

Une organisation révolutionnaire se mesure en grande partie par ce qu’elle fait et apporte concrètement dans la lutte de classes et de ce point de vue, force est de constater que l’extrême gauche, NPA compris, a été très en deçà de la vague de luttes ouverte en 2016. Surtout que bien plus que seulement lutter, le défi dans la période qui s’ouvre, où les luttes ne manqueront pas, sera d’arracher des victoires, ce qui impliquera, au fur et à mesure que des affrontements de classe d’une autre ampleur seront entraînés par la crise, la mise en œuvre d’une stratégie et le développement d’une organisation suffisamment implantée pour mettre en œuvre un programme à la hauteur de ces défis. Or il est évident qu’aucune des organisations d’extrême gauche ne peut aujourd’hui y répondre par ses propres forces.

Dans ce contexte, il est indispensable d’ouvrir un réel débat sur les voies de la construction d’un parti révolutionnaire capable de répondre aux enjeux posés par la situation, comme nous le proposons depuis bientôt un an. Sans sous-estimer les désaccords existants, le NPA devrait assumer ses responsabilités sur ce terrain et proposer l’ouverture d’un débat au sein de l’extrême gauche autour de ces questions, tout en cherchant à constituer dès maintenant un pôle pour avancer un programme d’action transitoire et intervenir dans les mobilisations de façon à aider au développement de l’auto-organisation.

Nous avons en ce sens proposé au CE une première rencontre à Lutte Ouvrière, qui a eu lieu le 24 juin et qui devrait selon nous être suivie de discussions plus régulières, de propositions de débats publics associant d’autres forces se réclamant de la perspective révolutionnaire, ce qui pour l’instant a été refusé par une majorité du CE.

Refonder le projet du NPA autour d’une nouvelle hypothèse stratégique de construction de parti

Le NPA a été fondé il y a bientôt douze ans autour d’une hypothèse stratégique de construction de parti qui s’appuyait sur une analyse de la période post-chute du mur de Berlin et a débouché sur le projet d’un parti aux délimitations stratégiques floues, se définissant principalement par son opposition au capitalisme et non par un projet alternatif de société (le communisme) et une stratégie en positif pour y parvenir (la révolution prolétarienne). Quel que soit l’avis que nous avons, les uns et les autres, porté sur ces définitions au moment du Congrès de fondation, il est évident qu’elles sont aujourd’hui dépassées.

Le refus depuis plusieurs années de tirer les conclusions de l’échec du projet de départ du NPA, au profit de la recherche systématique de boucs émissaires dans les tendances minoritaires du parti, a prolongé la crise du NPA jusqu’aux limites de l’insoutenable, en conduisant à une paralysie de l’organisation et à une grande inefficacité pour l’intervention dans la lutte de classes, et depuis quelques années même pour se donner les moyens de participer correctement aux échéances électorales et de faire vivre l’organisation.

Le prochain Congrès, qui aura lieu avec retard si on tient compte des statuts, sera l’occasion de tirer un bilan du travail accompli par la “majorité de travail” dont s’est dotée la PfU au sein du Comité Exécutif, mais surtout d’avancer dans le fait de résoudre la situation d’orphelinat stratégique dont souffre le NPA depuis ses débuts.

Inversement, toute tentative de limiter la démocratie interne, le droit de tendance et de fraction, de chercher des nouveaux boucs émissaires pour dédouaner la direction majoritaire de ses propres responsabilités, sans chercher à résoudre ce problème de fond, n’aura pour effet que d’aggraver les choses, avec le risque de signer l’acte de décès du NPA ou en tout de cas de le reléguer à une place totalement marginale par rapport aux explosions sociales qui s’annoncent.

Refonder le NPA comme organisation démocratique, ouvertement communiste et révolutionnaire, se revendiquant de la centralité de la classe ouvrière et de l’héritage marxiste révolutionnaire et se voyant comme un outil pour la construction d’un véritable parti révolutionnaire de combat intégrant des traditions diverses sur la base d’un bilan sérieux des expériences de la lutte de classes, tel est le défi que nous devons proposer au prochain congrès si nous voulons aspirer à jouer un rôle en tant que révolutionnaires dans la nouvelle situation.