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Politique

Un vaccin efficace à 90% : espoir ou effet d’annonce ?

Les laboratoires Pfizer (Etatsunien) et BioNtech (Allemand) ont annoncé ce lundi que le vaccin, actuellement en phase III de son développement, était efficace à 90%. L’annonce a aussitôt fait bondir les places boursières mondiales. Quoiqu’une telle annonce puisse légitimement susciter de l’espoir, de nombreuses interrogations demeurent.

mardi 10 novembre

Crédits photo : © AFP / Dogukan Keskinkilic

Un développement à marche forcée sur fond de concurrence mondiale

Après les suspensions des phases de test des candidats-vaccins du laboratoire AstraZeneca en Europe et du laboratoire Johnson & Johnson aux Etats-Unis, toutes deux à la suite de l’apparition d’une maladie inexpliquée chez certains patients, l’annonce de Pfizer et BioNtech constitue à n’en pas douter une avancée.
Néanmoins, entre effet d’annonce et recherche accélérée, la prudence reste pour l’heure de mise. En effet, la phase III du processus, censée établir le degré d’efficacité et les bénéfices du vaccin, doit en principe durer entre trois et cinq ans. Les phases antérieures, (I, IIA et IIB) qui doivent permettre de vérifier l’innocuité du vaccin, son immunogénicité (c’est-à-dire sa capacité à produire une réponse immunitaire) et de fixer le dosage optimal, sont quant à elles censées s’étendre a minima sur une période totale de quatre ans.
L’urgence sanitaire mondiale et la course aux profits poussent les laboratoires à raccourcir de façon drastique les délais de développement, ce qui réduit mécaniquement les garanties sur son efficacité.

La bourse en hausse : une euphorie alimentée par des marchés financiers en quête de stabilité

La pandémie de Covid-19 a plongé le monde et tout particulièrement l’économie dans un cauchemar d’incertitude. La réplication des vagues épidémiques, leur intensité et leur durée sont pratiquement imprévisibles, ce qui rend les perspectives de reprise économique incertaines elles aussi. Cette spéculation sur la prévisibilité de l’épidémie est un des facteurs qui précipitent les recherches et la production des vaccins, comme en témoigne l’utilisation massive d’un vaccin, encore officiellement en phase de test, par le pouvoir Chinois, et ce alors même que l’épidémie semble pour l’heure sous contrôle en Chine.
Le boom ultra spéculatif des actions des grands laboratoires et des start-up de la Biotech interroge la pertinence du modèle capitaliste qui conditionne la recherche fondamentale à la réalisation d’un profit et la pousse à fonctionner dans l’urgence, au détriment de la santé des populations.

Des recherches à l’arrêt depuis 15 ans, des milliards pour les laboratoires en quelques mois

Comme l’affirme le chercheur Bruno Canard dans cet article, seule la recherche fondamentale patiemment validée et étayée peut constituer une garantie réelle et socialement viable contre les épidémies de masse. C’est ainsi qu’il dénonce les politiques du court-terme, indexées sur le modèle capitaliste du profit immédiat et de la rentabilité, qui sacrifient le socialement utile pour le rentable. « Dès 2006, l’intérêt des politiques pour le SARS-CoV avait disparu ; on ignorait s’il allait revenir. L’Europe s’est désengagée de ces grands projets d’anticipation au nom de la satisfaction du contribuable. Désormais, quand un virus émerge, on demande aux chercheur·ses de se mobiliser en urgence et de trouver une solution pour le lendemain »

Plutôt qu’aider la recherche, ce système impose dans l’urgence que les ressources publiques soient accordées sans garantie au grand capital afin de faire face à la catastrophe, alors même que la préservation de ces dernières constituait l’argument principal pour ne pas financer la recherche. Les avancées de ces derniers jours, quoique réjouissantes si elles devaient se confirmer et permettre la production d’un vaccin fonctionnel, démontrent surtout en creux le caractère dysfonctionnel d’un système capitaliste qui accorde des milliards aux actionnaires pendant que la recherche fait les fonds de tiroirs.




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