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Notre classe

Témoignage

Une aide soignante témoigne. “Je veux rendre hommage à toutes celles et ceux qui font tourner le pays.”

Aide-soignante en Île-de-France, Bouchera s’est portée volontaire pour travailler dans le secteur de soins intensifs pour les malades du COVID-19. Contaminée par le virus, elle accuse le gouvernement d’avoir cassé le système de santé public et rend hommage à tous ses collègues travailleurs, depuis les aides soignantes, jusqu’aux éboueurs, en passant par les caissières.

jeudi 14 mai

Crédit photos : Molly Crabapple

Je suis aide-soignante en Île-de-France. J’ai fait 6 ans en pneumologie où j’ai fait beaucoup de soins palliatifs. Depuis mon retour de mon congé maternité, je suis en unité sommeil, je fais du dépistage d’apnée du sommeil et troubles du sommeil. Depuis le COVID, je me suis portée volontaire en soins intensifs COVID. J’ai été moi même malade et je suis restée confinée chez moi 15 jours, c’était en mars.

J’ai été contaminée sur mon lieu de travail en branchant une patiente qui était malade, on ne l’a su qu’après. 10 à 15 jours après, je suis tombée malade et ça été très dur, très fatiguant. J’ai eu très peur. J’ai pu tenir, grâce au soutien de mes collègues, de ma cadre, des médecins. Ensuite j’ai repris mon travail et quand j’ai su qu’il allait y avoir une unité “COVID soins intensif”, avec des collègues, on s’est portés volontaires.

J’aimerais plus de solidarité, plus d’humanité, savoir où vont les richesses de notre pays. On dénonce la situation des femmes dans des pays moins développés, mais en France on ne fait guère mieux, on laisse les femmes mourir sous les coups de leurs compagnons en leur faisant des promesses sur leurs tombes que personnes ne tiendra.

On laisse des familles dormir dans la rue.
J’ai mal à mon système de santé.
J’ai mal de ne pas pouvoir faire plus.
J’ai mal de voir mes collègues crever au boulot.
J’ai mal à mon humanité.
Je suis fatiguée psychologiquement et physiquement.

J’adore mon métier et je le ferai toujours avec dévotion, prendre soin, protéger. Sourire quoi qu’il arrive. J’apprends à mes enfants à toujours tendre la main envers ceux qui en ont besoin.

Souvent mes patients me disent « votre joie de vivre c’est un médicament, vous êtes un ange. » Ça me fait du bien et me donne plus de courage. Aujourd’hui je veux rendre hommage à tous et toutes mes collègues : ASH, infirmières, aides-soignantes, médecins, brancardiers, coursiers… Mais aussi les pompiers, ambulanciers, caissiers, éboueurs, femmes de ménages, les transporteurs qui parcourent le pays, les professeurs… Tous ceux qui font tourner le pays.

Je ne remercie pas tout ceux qui ont cassé le système de santé, de solidarité et l’accès à l’éducation.

Ce qui est frustrant c’est qu’il n’y a aucun traitement, mais on essaye de soulager les patients comme on peut. Les médecins, infirmières et aides-soignantes faisons notre maximum

Concernant l’auto organisation : pour l’instant on n’en est pas encore là. On en parle brièvement entre nous. On ne veut pas d’une prime, mais d’une revalorisation au niveau de nos salaires et de meilleures conditions de travail. Au niveau du matériel, pour l’instant ça va. Nos cadres font en sorte qu’on n’en manque pas. Par contre les élèves infirmières me crèvent le cœur, elles travaillent en 12h comme nous et sont payées 1€30 de l’heure si je ne me trompe pas, c’est honteux.

La prime c’est pour essayer de nous faire taire, mais ça fait un moment qu’on a plus envie de se taire. Stop ! Il est temps que les choses changent. Ils arrivent à lâcher des milliards aux banques et aux entreprises. Un peuple mal soigné, c’est un peuple qui ne pourra pas travailler, à moins qu’ils veulent qu’on se tue à la tâche. Ce n’est plus possible de continuer comme ça. Tout les acquis sociaux sont en train de disparaître.

J’entends par ci et par là qu’ils va falloir rattraper l’activité perdue c’est incroyable ! Nos conditions de travail à venir seront pires que maintenant si on ne bouge pas.




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