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Politique

Quand leurs profits valent plus que nos vies

Italie. Malgré l’urgence, une entreprise refuse de partager ses brevets pour produire du matériel respiratoire

En Italie, une entreprise médicale a refusé de partager avec des bénévoles les plans qui permettent de produire, à l’aide d’une imprimante 3D, des valves respiratoires, nécessaire à la prise en charge des malades. Dans une situation d'urgence sanitaire, l'entreprise a évoqué le respect des brevets.

mercredi 18 mars

Crédit photo : Christian Fracassi

Face au virus, les hôpitaux sont souvent dépassés en Italie. Jeudi dernier, l’hôpital de Chiari, à Brescia, avait besoin de façon urgente de valves nécessaires à l’équipement respiratoire permettant de conserver les malades en vie. Le fournisseur habituel de l’hôpital a expliqué ne pas pouvoir les fournir dans les temps. L’hôpital est alors parti à la recherche d’une imprimante 3D, avec l’aide du journal local. Christian M. Fracassi et M. Allessandro Ramaioli, gérants d’une start-up et disposant d’une telle machine ont alors proposé leur aide bénévole.
 
Mais ; lorsque le duo a demandé au fabricant habituel des valves respiratoires ses plans pour pouvoir imprimer des répliques, la compagnie a refusé, invoquant les brevets. Ces derniers ont alors dû créer un fichier à partir de zéro, en mesurant et observant les valves en service. Ils ont réussi à produire un premier lot de 10, puis de 100. Pourtant, M. Fracassi note que ces versions ne sont ni durables, ni réutilisables et que face à la menace de poursuite judiciaire, il n’a pas osé partager son fichier avec d’autre hôpitaux, malgré le besoin important en valves respiratoires.
 
Une fois encore la course au profit montre son caractère totalement contradictoire avec la défense du bien commun. Alors que les deux imprimeurs 3D ont pu imprimer pour quelques dollars les valves, celles-ci valent bien plus chères sur le marché. l’octroi d’un monopole intellectuel sous la forme d’un brevet permet de facturer des prix arbitrairement élevés, et ce tout à fait légalement. Ce qui est déjà scandaleux ordinairement, se dévoile avec un cynisme affreux lorsque des vies sont en jeu, quand les hôpitaux peinent à acheter même les équipements de base tels que les masques, quand une pandémie est en cours. Un des acteurs de cette action désespérée pour contrer la pénurie en équipements de survie, Massimilio Temporelli explique dans Business Insider Italia que « la pièce n’est pas certifiée mais nous pourrions diffuser le fichier dans le réseau laboratoire à travers l’Italie et résoudre les problèmes d’équipement dans tous les hôpitaux. »
 
 Ce nouveau scandale est le dernier d’une liste déjà bien trop fournie. Die Welt révélait il y a peu la lutte inter-impérialistes entre les Etats-Unis et l’Allemagne dans la course à la recherche d’un vaccin contre le coronavirus pour le monopole que fournirait sa découverte. Face à la concurrence et à la recherche du profit dans le domaine médical les Etats doivent prendre le contrôle des grands laboratoires et des compagnies médicales privés pour garantir la distribution gratuite de tout ce qui est nécessaire à la prévention, à la détection et au soin : des masques et gels hydroalcoolique à l’équipement respiratoire. Cela impliquera la réquisition des entreprises qui produisent ces éléments. Dans le même sens l’ensemble du système de santé devrait être centralisé, y compris la santé privée, des laboratoires aux cliniques et hôpitaux en passant par les organes de production du matériel médical.

De plus les brevets, monopole intellectuel, assurent un capital économique pour ceux qui l’ont découvert. Il convient donc d’exiger la socialisation des brevets, pour endiguer la course à la découverte et aux profits, la concurrence entre les différents laboratoires, pour que la découverte médicale ou technologique ne soit plus le moyen d’une marchandisation des savoirs, mais enfin libre d’accès à tous.




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