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USA. Une élève noire brutalisée par un policier blanc en pleine classe

Ivan Matewan {} Les États-Unis sont de nouveau secoués par un acte de violence commis par un policier blanc, cette fois-ci contre une lycéenne noire. Une vidéo de l'épisode -enregistrée vraisemblablement par un camarade de classe avec son téléphone portable- a fait surface lundi et montre un officier blanc debout devant une lycéenne noire assise tranquillement à sa table ; quelques secondes plus tard, il attrape l'élève par le cou, l'arrache très violemment de sa chaise, la jette à travers la pièce et la traîne par terre. Un acte d'une extrême brutalité qui s'inscrit dans une série inquiétante d’agressions violentes impliquant des policiers placés dans les lycées.

mardi 27 octobre 2015

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Un nouveau cas de violence policière à l’encontre d’une lycéenne noire

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L’agression a eu lieu lundi dans un lycée du comté de Richland en Caroline du Sud. Selon le shérif du comté, Leon Lott, le policier Ben Fields, attaché au lycée, a été appelé par le professeur car l’élève refusait de ranger son téléphone. D’emblée, Fields lui a signifié son état d’arrestation pour avoir dérangé le lycée, ce que l’élève a catégoriquement refusé. Fields a ensuite pris soin d’enlever l’ordinateur portable posé devant elle, indiquant clairement par ce geste la valeur qu’il attache à la sécurité de la propriété privée au détriment de celle de l’élève noire en question, avant de l’empoigner, de la renverser violemment, de l’arracher de sa chaise et de la tirer par terre. Avec une brutalité extrême, il lui passe les menottes et l’amène au poste.

Le lycée de Spring Valley, où l’agression a eu lieu, compte environ 2 000 élèves. Parmi eux, environ 52 % sont noirs et 30 % blancs. Les vidéos, partagées sur YouTube et immédiatement reprises par la plupart des grands médias nord-américains ont de nouveau suscité une vague de colère et un retour du débat douloureux sur le traitement violent des Noirs aux mains de la police aux États-Unis.

Depuis l’assassinat de Mike Brown en août 2014, pas une semaine ne passe sans que des vidéos ne montrent des policiers brutaliser, voire assassiner des personnes non blanches dans les rues et les quartiers à travers le pays. Mais la violence policière n’est pas extérieure aux établissements primaires et secondaires nord-américains. Au contraire, elle s’y exerce régulièrement et parfois de manière fatale.

Une violence commune contre les élèves non blancs

Selon les données collectées par diverses organisations et un article publié cet été parMother Jones, au moins 28 élèves ont été grièvement blessés par des policiers placés dans les écoles (communément appelés school resource officers, ou SRO) dans les derniers cinq ans. L’article souligne que tout comme il manque sérieusement des données concernant les meurtres aux mains de la police et les violences policières en général, il manque également des données sur l’usage de la force par des policiers assermentés dans les écoles du pays. Néanmoins le peu de données qui existent nous montre que cette violence s’exerce de manière disproportionnée à l’encontre des élèves non blancs ou handicapés.

En mars 2015, le Département de l’Éducation a publié un document dans lequel il révèle que 92 000 élèves ont été arrêtés à l’école entre 2011 et 2012. Parmi les détenus, les élèves noirs n’étaient que 16 % du nombre total des élèves inscrits, mais comptaient pour plus de 31 % des arrestations. Un quart des détenus étaient des élèves handicapés alors qu’ils ne comptaient que pour 12 % du nombre total des élèves.

Depuis 2010, de nombreux cas emblématiques illustrent cette violence qui ne cesse d’augmenter. En mars 2015, un policier placé dans un lycée de Louisville (Kentucky) a frappé un élève de 13 ans et étranglé un autre élève, lui causant un traumatisme crânien. En 2014, un policier a frappé un élève de 16 ans au moins 18 fois avec son bâton, lui provoquant des blessures graves au niveau du crâne et du cou. Le policier s’est défendu en qualifiant son usage de la force de « raisonnable et nécessaire » : l’élève n’avait fait que se faire confisquer son téléphone. En 2013, un autre officier a utilisé son taser contre un élève qui cherchait à mettre fin à une bagarre. L’élève a souffert d’une hémorragie cérébrale et est resté dans un coma pendant 52 jours. Enfin, en 2010, Derek Lopez, un élève de 14 ans, descendant du bus, en a frappé un autre. Le policier, témoin de la scène, a ordonné à Lopez de rester en place. Quand ce dernier a pris la fuite, le policier l’a abattu avec son arme à feu. Dans tous ces cas, comme dans celui de Mike Brown, les grands jurys ont refusé d’inculper ces policiers.

La militarisation des écoles nord-américaines

Cette violence est le reflet de l’oppression raciste qui structure la société états-unienne. Mais elle est également le produit d’une militarisation progressive des écoles du pays qui vise à discipliner la jeunesse quand les courroies de transmission habituelles sont en panne.

Depuis le lancement de la guerre contre les drogues, des policiers sont placés dans les écoles primaires et secondaires nord-américaines. Mais c’est surtout depuis la fusillade de Columbine en 1999 que leur présence a augmenté. On estime qu’en 2006, le nombre de policiers placés dans les écoles, collèges et lycées avait presque doublé, pour atteindre le chiffre de 20 000. Dans le sillage de Columbine, le Département de la Justice a investi près de 900 millions de dollars pour embaucher environ 7 000 policiers en plus dans les établissements de l’éducation nationale. Depuis la tuerie de l’école primaire Sandy Hook en 2012, le gouvernement états-unien a dépensé 64 millions de dollars pour financer l’embauche de 540 policiers dans les écoles. Des États, des commues et parfois même des commissariats locaux financent eux-mêmes le placement des policiers dans les écoles.

Ces derniers sont aussi souvent armés. Dans les collèges et lycées des quartiers pauvres et où la population est à majorité non-blanche, ils portent des fusils d’assaut avec lesquels ils n’hésitent pas à menacer les élèves. Et cela dans un contexte où le gouvernement états-unien a transféré et continue à transférer aux polices locales des milliards de dollars en équipement militaire ou en financements pour que celles-ci puissent s’en procurer, comme on l’a vu à Ferguson et dans d’autres villes pendant les révoltes à la suite de l’assassinat de Mike Brown.

Par cette militarisation des écoles, collèges et lycées nord-américains, les classes dominantes espèrent imposer une discipline aux élèves non blancs ou issus des classes populaires alors que les mécanismes de cooptation et de contrôle traditionnels sont tombés en panne, entraînant un effrondrement de l’illusion « post-raciale » aux Etats-Unis. Ce nouveau cas de violence exercée à l’encontre d’une jeune femme noire au lycée montre bien que l’école, pour ceux qui n’ont pas la chance d’être nés avec la bonne couleur de peau ou dans la bonne classe sociale, n’est rien d’autre qu’une prison où se perpétuent, de manière brutale, les oppressions structurantes de l’ensemble de la société.



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