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Pénurie

Une enquête révèle le manque persistant de matériel pour les soignants

Le syndicat SNPHAR-E a rendu public une enquête sur la protection des soignants. L'enquête révèle à la fois l'omerta qui règne sur le nombre de soignants touchés par l'épidémie mais également le manque criant de matériel de protection pour les soignants après plus d'un mois de confinement.

mercredi 22 avril

Crédit photo : REUTERS

Des soignants obligés d’affronter le covid-19 sans matériel, ni protection.

La crise du covid-19 a révélé au grand jour, le manque de matériel, de protections et de personnels. Les personnels hospitaliers, en première ligne pour endiguer l’épidémie, sont particulièrement touché par le virus, du fait du manque de matériel mis à leur disposition pour leur protection. Ce sont déjà plusieurs milliers de soignants qui ont été contaminés et plusieurs dizaines qui ont succombé à l’épidémie.

Le Syndicat National des Praticiens Hospitaliers Anesthésistes Réanimateur Elargi - SNPHAR-E- a révélé une enquête, réalisée auprès de plus de 1 300 soignants, -dont 97 % de médecins- qui fait une nouvelle fois lumière sur les manques de moyens, de protections et d’accompagnement des personnels soignants dans nos hôpitaux. Les chiffres sont édifiants, 47% des médecins ne disposent toujours pas d’un équipement de protection individuel (EPI), qui correspond au port d’un masque chirurgicaux et masque FFP2 et d’une blouse étanche ou sur-blouse plastique et de lunettes et de solution hydro-alcoolique (SHA) disponibles. Si l’enquête permet de voir une amélioration dans l’accès au SHA, où aux masques (chirurgicaux ou FFP2), elle met aussi en avant la pénurie de blouses étanches, qui s’élève à 50 %, et celle des surblouses en plastiques à 37 %. 68 % de pénurie gants couvrant les avant-bras est également à déplorer. Aujourd’hui seuls 56% des établissements ont rendu le port du masque obligatoire.

Dans un article précédent nous revenions sur des cas de contamination entière de services, des contaminations en chaîne de personnels et plus largement sur la situation catastrophique dans laquelle les soignants sont contraints de travailler. Face à la colère exprimée par l’ensemble du corps médical le gouvernement avait promis une réponse rapide, avec l’approvisionnement prioritaire de masques pour les hôpitaux et des services de réanimation. L’enquête livrée par le syndicat SNPHAR-E révèle qu’il en est rien et que derrière les discours du gouvernement, des milliers de soignants restent sans arme face à une épidémie qu’ils tentent tant bien que mal de combattre.

Une véritable omerta sur le nombre de contaminés parmi les soignants

Si l’enquête révèle le manque criant de matériel, elle met également en lumière l’omerta qui règne sur le nombre de soignants atteints par le virus. Le docteur Marty a déjà lancé il y a dix jours, une pétition qui a obtenu plus de 10 000 signatures, qui exige de connaître le nombre de soignants contaminés par le coronavirus . Pire encore, les soignants sont privés d’un accès à des tests de dépistage. Seuls 82% ont accès à des dépistages PCR et seuls 4% déclarent avoir accès à un dépistage systématique et régulier. Le SNPHAR-E explique que «  Concernant le taux de contamination des soignants dans l’établissement, 24 % des répondants ont une information sur le nombre de soignants COVID +, et 37 % observent une omerta sur ce taux local de contamination.  »

Les soignants sont laissés dans l’ignorance, face aux risques qu’ils prennent pour leur vie et pour celles de leurs proches. L’enquête révèle également le peu de suivi des personnels malades ; chez 16% des soignants testés positifs aucun arrêt de travail n’est indiqué, 29% sont arrêtés pour 7 jours mais le port du masque reste facultatif à la reprise pour 7% d’entre eux.
 
Face à ce constat terrifiant, il convient d’exiger des dépistages systématiques pour l’ensemble des soignants et de la population. Il convient aussi d’exiger plus de transparence sur le nombre de contaminés, mais aussi de morts parmi les soignants.

 

Alors que les hôpitaux manquent toujours de protections minimum, le gouvernement veut déconfiner le 11 mai

Macron a annoncé le déconfinement pour le 11 mai, et la réouverture progressive des écoles : tout pour une reprise totale de l’économie portée conjointement avec le patronat . Sur le plan sanitaire il a annoncé que toute personne présentant des symptômes sera testée, tout en refusant toujours une systématisation des tests et ce jusque dans les hôpitaux- alors que 40% des malades sont asymptômatiques. A ce refus de changer de stratégie , s’ajoute le manque de moyens de protections toujours importants chez les soignants, qui inquiète la SNPHAR-E qui note « La pénurie d’EPI reste importante, et inquiète pour l’arrivée d’une éventuelle « deuxième vague épidémique ». Une inquiétude partagée par de nombreux soignants à l’image d’un membre du personnel soignant de la Pitié Salpêtrière qui face à ce déconfinement aventureux redoute une deuxième vague de contaminations, et qui témoigne auprès de 20minutes « Il n’y a plus de matériel à l’hôpital et si on a une deuxième vague de patients, je ne sais pas comment on soignera les patients »

Dès lors la politique du gouvernement, plus intéressée par la volonté de sécuriser le patronat que de doter les hôpitaux des moyens nécessaires à la résolution de la crise, semble nous mener tout droit à la catastrophe. Et nous ne pouvons avoir confiance en ce gouvernement qui est celui qui a mis en danger les soignants depuis le début et continue de les laisser dans la détresse malgré ses déclarations d’intention.




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