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Monde

Une fausse victoire pour les opprimées

Une flic à la Maison Blanche : Kamala Harris, l’illusion progressiste

La semaine dernière, les votes pour l'élection présidentielle états-unienne ont placé Kamala Harris comme vice-présidente du pays, au côté du démocrate Joe Biden. Alors qu'elle est présentée par les médias et les responsables politiques comme un espoir pour la cause des femmes et des minorités raciales, son bilan dans ses professions précédentes a de quoi noircir le tableau.

mardi 10 novembre

Crédits photo : Photo : Lucas Jackson

Depuis le résultat des élections états-uniennes et la victoire des démocrates, les médias ne semblent pas hésiter à décrire l’élection de la nouvelle vice-présidente, Kamala Harris, comme une victoire pour les femmes ainsi que les communautés afro-descendantes et hispaniques. Même du côté de l’hexagone, l’heure semble être aux réjouissances. Elisabeth Moreno, la ministre chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, n’a pas hésité à tweeter au moment des résultats ses félicitations à la nouvelle présidente, déclarant que la démocratie serait « vectrice d’émancipation ».

Lorsque nous dépassons le discours de surface présentant Harris, décrite comme la « Obama au féminin », comme une avancée progressiste de par ses origines et son genre, le tableau se noircit et montre les continuités entre la présidence Trump et celle des démocrates. Si aux premiers abords, Kamala Harris paraît être une politicienne « progressiste » avec son soutien au Medicare pour tous (loi prônant une ouverture du système de santé), une petite plongée dans sa carrière montre qu’elle n’est ni une alliée des travailleurs et des populations pauvres ni même un « vecteur d’émancipation » pour les femmes, les racisés ou encore les LGBTI+ du pays.

La « meilleure flic » de Californie au pouvoir après la mort de Georges Floyd

Après avoir été élue procureur du district de Californie pendant sept ans (de 2003 à 2010), elle devient la première femme noire à occuper le poste de procureur générale de Californie. En 2014, elle refuse de lancer une enquête sur la mort de deux afro-descendants abattus par la police. L’année suivante, elle n’apporte pas son soutien à un projet de loi visant à l’obliger à nommer un procureur spécialiste dans la « poursuite judiciaire des violences policières ».

Connue comme la « meilleure flic » de San Francisco et de Californie, elle a persécuté les sans-logements et a participé aux incarcérations de masse avec, par exemple, l’emprisonnement des parents dont les enfants n’allaient pas à l’école ou encore le renforcement de la législation sur la répression contre l’usage de substances illicites.

Concernant la prostitution et plus largement le travail du sexe, Harris a participé à la précarisation des personnes dans ces situations en mettant en place un programme de délation de la part des camionneurs et des gérants d’hôtels. Elle a aussi lancé des traquenards où des policières jouent le rôle de prostituées pour piéger les clients. Ces politiques qui devaient « protéger les travailleuses du sexe » n’a eu pour effet que d’augmenter le danger dans lequel elles exercent.

En parallèle, elle est critiquée, à raison, pour avoir empêché les journalistes d’avoir accès aux dossiers relatant 80 ans de gestion ecclésiastique des prêtres pédophiles qu’elle possède. Ce dossier concerne aussi le Cardinal William Levada, haut membre de l’Eglise Catholique et ancien archevêque de Californie, et aussi responsable de la mise sous secret des affaires d’agressions sur des enfants.

Briser le plafond de verre, une victoire pour le féminisme ?

Kamala Harris a évolué et s’est forgée dans le monde raciste et sexiste des institutions policières et judiciaires américaines, des milieux où l’on doit jouer des coudes pour se faire une place au soleil, très souvent aux dépens des secteurs les plus exploités et opprimés de la société. Après les nombreux meurtres racistes et sexistes commis par la police comme ceux de Georges Floyd, Breonna Taylor ou encore Tony McDade – pour ne citer qu’eux –, nous ne pouvons pas être d’accord lorsque les médias et autres organisations féministes comme #NousToutes présentent l’élection de Harris comme une bonne chose pour les immigrés, les minorités raciales ou encore les femmes pauvres et travailleuses, seulement en raison de ses origines indiennes et jamaïcaines ou du fait qu’elle soit une femme.

Pour finir, dans un de ses discours de campagne, elle a déclaré « Je reconnais un prédateur quand j’en vois un », en parlant de son opposant politique Donald Trump. Si ce dernier n’a pas particulièrement brillé par son progressisme, particulièrement lorsqu’il prenait des positions antiféministes au moment de la vague MeToo, appelant à saisir les femmes « par la chatte », la position de Kamala Harris a des teintes d’hypocrisie. Elle a été colistière de Joe Biden - et maintenant vice-présidente à ses côtés - alors que le nouveau président des Etats-Unis est actuellement sous le coup de plusieurs accusations d’abus et de harcèlements sexuels, mis sous silence par les médias ces derniers mois. De quoi nous rappeler une situation semblable en France où Gérald Darmanin, accusé d’agressions sexuelles, et Marlène Schiappa, ex-chargée à l’égalité femmes-hommes, forment un duo de choc pour réprimer les populations précaires avec leur loi sur le séparatisme.




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