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Une infirmière témoigne. « Des soutiens-gorge sont recyclés pour faire des masques »

Nous relayons le témoignage d'une infirmière en clinique privée. Elle raconte la manière dont elle a vu l'épidémie arriver, la pénurie de masques, les conséquences sur la vie familiale des soignants...

vendredi 27 mars

 Photo : Illustration. Des infirmières portant des masques FFP2 à l’hôpital pédiatrique de Nice, en France le 5 mars 2020. Reuters/Eric Gaillard 

Infirmière en réanimation depuis 20 ans, j’exerce en clinique privée. J’ai vu passer de loin le SRAS, d’un peu plus près la grippe H1N1, d’autres épidémies. Et toutes les grippes chaque année, et leur lot de décès dans mon unité, parfois des jeunes, souvent des plus âgés. Depuis décembre, j’ai entendu parler du Coronavirus – en fait le SARS-Cov2, puisque le SRAS était déjà un Coronavirus. En décembre déjà, je m’étonnais que nous n’ayons pas de circulaire, comme cela avait été le cas à chaque fois qu’une nouvelle épidémie menaçait. Ces circulaires sont apparues en février. Rappel des procédures d’isolement, conduite à tenir si suspicion de contamination. Le stock de masques paraissait limité, mais l’épidémie semblait loin. En mars, les premiers signes de panique. Certains membres du personnel étaient touchés indirectement, on commençait à prévoir une vague d’hospitalisation en réanimation.

Je suis retournée travailler hier sans savoir à quoi m’attendre. Les masques promis ne sont toujours pas là. Les consignes sont toujours d’un masque chirurgical par jour et par infirmière... Les masques sont comptés tous les jours, sinon ils disparaissent... Nous avons 27 masques FFP2 pour 8 lits de réanimation (extensibles à 19). Un chirurgien contaminé a pu voir tous ses patients sans protection en attendant le résultat de ses tests. Il s’est révélé positif au Covid-19. Un sage-femme a demandé un arrêt de travail parce que ses 3 enfants sont malades après avoir été en contact avec quelqu’un de positif... Il lui a été refusé, elle ne sera pas dépistée. La France a fait le choix discutable de ne tester que les patients graves... Le personnel médical est donc susceptible d’être contaminé et de contaminer les patients. Les infos circulent dans le personnel d’après les réseaux sociaux, les Fake news circulent comme partout. Ce qui est sûr, c’est que les infirmières du CHU lavent leurs masques FFP2. Un médecin de chez nous a demandé à une de ses patientes, membre d’un club de couture de nous fabriquer des masques... D’anciens soutien gorges sont recyclés pour faire des masques.

J’entends partout qu’il ne sert à rien de porter un masque pour sortir, aller faire ses courses. C’est faux, bien sûr mais dans la mesure où nous n’en avons pas assez pour des personnels de santé qui prennent en charge des patients contaminés, comment conseiller aux gens de se protéger correctement ? On nous a dit la semaine dernière en CSE que les masques en tissu ne servaient à rien. Aujourd’hui le directeur a annoncé qu’il avait commandé des masques en tissu pour tout le personnel, à porter dès le parking jusqu’à l’arrivée dans le service et la mise du masque chirurgical. A un membre du CSE qui s’ettonait de ce revirement, il a été répondu que ça ne protégeait qu’à 30% mais que c’était mieux que rien.

Certaines infirmières ont fait le choix de s’isoler et de ne plus voir leurs familles, d’autres craignent pour leur entourage et leurs enfants. Une de mes collègues a décidé de ne plus vivre auprès de son mari handicapé de peur de le contaminer. D’autres n’embrassent plus leurs enfants. Des mères séparées ont fait le choix de les confier à leur père, pour les protéger. Moi qui ai fait le choix de garder un principe de garde alternée me le voit reprocher. Pourtant, j’ai l’impression de prendre infiniment plus de risques en allant faire mes courses qu’en allant travailler alors que pour l’instant je n’ai reçu aucun patient Covid-19, le CHU les prennant en priorité et la vague ne nous ayant pas encore atteint.

Comme partout, les enfants handicapés ont la double peine. Ils ne sont plus pris en charge dans leurs structures. Ceux qui ne sont pas en structure en permanence sont confinés chez eux sans kiné, sans ergothérapeute, sans orthophoniste, sans psychomotricien... Avec le risque de régression de leur pathologie. C’est une charge supplémentaire énorme pour des parents infirmier(e)s qui sont déjà très sollicités. Et qui ont peur de les contaminer sans pouvoir s’en éloigner même temporairement.




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