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Hôpital public

« Une nuit en enfer » : récit de l’angoisse d’un patient atteint du Covid-19 aux Urgences

Nous publions ce témoignage d’un travailleur de 34ans, infecté au Coronavirus et passé par les Urgences de la Pitié-Salpêtrière, qui rappelle la situation terrible de l’hôpital public et la responsabilité écrasante des gouvernements successifs.

mercredi 8 avril

Crédit photo : AFP

Je m’appelle Khaled, j’ai 34 ans je travaille dans le domaine du bâtiment, je souhaitais faire part de mon expérience face au Coronavirus. Le samedi 21 mars 2020 j’ai commencé à tousser et à avoir de la fièvre, durant ce week-end je suis resté cloué au lit en prenant des dolipranes et du sirop pour la toux sans savoir réellement ce qui m’arrivait.

Le lundi 23 mars j’ai été réveillé vers 4h du matin par une grosse difficulté à respirer suivi d’une grosse toux avec sifflement lorsque j’expirai, paniqué j’ai contacté le 15 qui m’a demandé d’aller voir mon médecin traitant car en l’état aucune ambulance, ni équipe médicale ne pouvait venir me voir - débordés par d’autres demandes.

Au réveil j’ai contacté le médecin qui m’a donné un rendez-vous en urgence dans la journée et son diagnostic était clair, j’avais tous les symptômes du coronavirus (grosse toux sèche, perte de goût et d’odorat ainsi que des courbatures dans tout le corps). Mon médecin m’a demandé de rester confiné chez moi avec une prise de médicament, notamment de la ventoline car je suis asthmatique. J’ai donc suivi ces recommandations mais mon état se dégradait de jour en jour.

La Pitié-Salpêtrière, une ambiance de guerre

Dans la nuit du 27 mars 2020 j’ai été pris d’une grande toux qui ne s’arrêtait pas, même avec la ventoline, si bien que j’avais des difficultés à respirer, comme un étau autour des poumons et je sentais mon cœur battre de plus en plus fort. Mes mains s’engourdissaient, ma bouche était sèche.

Encore une fois j’ai contacté difficilement le 15 qui m’a demandé de patienter, qu’ils étaient débordés, qu’un médecin allait me contacter dans la soirée sans me dire à quelle heure. J’ai insisté en disant que je vivais seul que c’était la deuxième fois que j’appelais en une semaine et que si je faisais un malaise Il n’y aurait personne avec moi car je vis seul, l’opérateur a insisté en disant me comprendre mais qu’ils n’avaient pas assez de monde et qu’ils étaient débordés avec toute les demandes. Sans plus attendre je suis parti avec ma voiture, seul, à l’hôpital la Salpêtrière me sentant de plus en plus mal.

Une fois sur les lieux j’ai été stupéfait par l’ambiance des Urgences : tente militaire improvisée à l’extérieur en guise de salle d’attente pour prise de tension artérielle avec un personnel masqué, ganté qui courait dans tous les sens. Je me disais : « on est où là ? » et j’avais la sensation d’être dans un film de science-fiction à l’américaine.

Une infirmière m’appelle, me prend mon rythme cardiaque et m’annonce 117 pulsations par minutes au repos, je lui demande « c’est beaucoup ? », elle me répond « oui » et me (rassure) en me disant que le patient avant moi avait 160.

On me demande de patienter dans une autre salle d’attente, qu’un médecin va venir me voir, je m’exécute et là je tombe des nues, la salle d’attente n’est rien d’autre qu’un espèce de cagibi où sont entreposés des vêtements, des chaises roulantes, des étagères en pagaille, un évier crade et des patients se regardant les uns avec les autres, hébétés.

J’entame la conversation avec une femme qui ne fait que de pleurer, elle m’explique être là depuis plus de deux heures, qu’elle est asthmatique et qu’elle a tous les symptômes du coronavirus. Elle me dit que ses deux enfants lui manque qu’elle a peur de mourir seule, loin de ses proches, j’essaye tant bien que mal de la rassurer même si j’avoue moi aussi être inquiet. Elle m’explique être enseignante et pense avoir eu le coronavirus dans sa classe par un de ses élèves, je lui demande : « mais le gouvernement n’a rien mis en place pour vous préserver lorsque vous étiez entrain d’enseigner ? » A ma remarque elle pousse un grand soupir et me demande si je suis sérieux, je lui réponds oui car d’après Jean-Michel Blanquer les gestes barrières ont été transmis à tous les enseignants… A l’énoncé du nom du ministre de l’éducation nationale je sens comme un énorme dégoût et une indignation de la part de cette enseignante. « Blanquer est un irresponsable, un menteur et un salaud qui en plus de m’avoir envoyé enseigner sans protection à mis tous mes élèves en danger, j’espère qu’aucun de mes élèves n’a été atteint par ma faute je me le pardonnerai jamais » me dit-elle les yeux remplis de larme.

On ne se connaissait pas mais sa colère ne m’était pas du tout étrangère, au contraire, je la partageai et elle était amplifiée par cette salle crasseuse et cette ambiance de film catastrophe. Nous fûmes séparés, le médecin vint récupérer cette dame et nous nous souhaitâmes bonne chance derrière nos masques chirurgicaux, j’étais soulagé qu’elle soit enfin prise et me demandait combien de temps j’allais devoir attendre.

Une heure après le médecin arriva, je la suivis, horrifié de ce que je voyais : des patients vieux, jeunes, entassés dans des lits dans les couloirs, d’autre assis sur des chaises, le bruit particulier des machines pour les patients et du personnel exécutant des gestes médicaux rapidement. Tout ça me rappelait ce que j’avais vu aux informations dans un hôpital italien en Lombardie, sauf que j’étais en France, à la Salpêtrière.

Des tests pour les riches, l’angoisse pour les autres

« Qu’est-ce qui vous amène ? » me demande le médecin, je lui expose ma situation, elle me répond, comme mon médecin traitant : « vous avez tous les symptômes du Coronavirus ». Je lui dis que je pense aussi l’avoir et que je voudrais donc être testé. Elle me répond que les tests sont destinés aux personnes dans un état grave, je lui réponds que le Ministre de la Santé, Olivier Véran, a dit que toute personne présentant des symptômes devrait être testée, alors pourquoi ne pas me tester ?

« Monsieur vous savez, entre ce que dit le ministre et la réalité du terrain il y a un monde, nous n’avons pas assez de test » me dit-elle. Je lui réponds : « Il n’y en a surtout pas du tout pour un citoyen lambda. Des peoples ont été testés, des politiques ont été testés, en gros des bourgeois, et moi j’ai droit à des mots mais ce ne sont pas vos mots ni les annonces du gouvernement qui vont me guérir. »

A ma question et ma colère grandissante elle se tût et me demande de lever mon pull, inspirer, expirer, tousser : « c’est bon vous poumons ne sont pas obstrués. » Inquiet, je lui demande tout de même le traitement de Mr Raoult à base de chloroquine, sa réponse tomba comme un coup de massue : « Monsieur nous donnons le traitement uniquement aux personnes dans un état grave, en détresse respiratoire, ce qui n’est pas votre cas. ».

Là ma colère explose :

« Madame écoutez Mr Raoult à bien dit qu’on devait donner le traitement avant d’être sous respirateur et vous là vous me dites l’inverse ». Elle m’explique que ce sont les consignes de son administration, qu’elle ne peut aller à l’encontre du protocole et que le professeur Raoult à un autre protocole. je lui demande si l’objectif de donner le traitement à l’inverse des recommandations de Mr Raoult est fait pour dire ensuite dire que son traitement est inefficace, qu’il est plus dangereux qu’utile alors qu’en Chine, aux Etats-Unis, en Italie en Corée du Sud et au Maroc, le protocole de Mr Raoult est plébiscité alors qu’en France on s’acharne à faire l’inverse ? Dois-je me déplacer à Marseille pour avoir une chance d’être soigné ,être membre du gouvernement ou être footballeur ? Nous payons des impôts, des taxes pour avoir un service public, mais celui-ci ne joue finalement pas son rôle : soigner tout le monde quelque soit ses revenus. »

« Je suis d’accord avec vous » me dit-elle « mais on est dépassés. Nous faisons au mieux, pendant des années nous avons demandés des moyens au gouvernement de Hollande, de Sarkozy et aujourd’hui de Macron mais nous n’avons pas été entendu. »

Je lui fais comprendre que je sais et que ma colère ce n’est pas contre elle, ni le personnel qui se bat avec les moyens et les ordres qu’on leur donne, mais bien contre ce gouvernement criminel qui ose vous appeler les héros alors qu’il y a même pas de ça deux mois, il envoyait sa police matraquer et gazer le personnel hospitalier.

Elle acquiesça à ma remarque et me conseilla, si cela me rassurait, de rester en salle d’attente pour la nuit tout en m’expliquant qu’en l’état elle ne pouvait rien faire de plus pour moi ! C’est la boule au ventre que je la quittai, plein de colère contre un gouvernement qui nous condamne à l’angoisse et met la santé de millions de français en danger en toute connaissance de cause.

Aujourd’hui je tousse encore un peu, j’ai retrouvé l’odorat et le goût, je me lève tous les matins en me disant que j’ai eu beaucoup de chance, sans doute en raison de mon âge, à un certain caractère combatif et au soutien psychologique d’amis… Surtout pas grâce à la politique menée par le gouvernement !

Je pense actuellement au personnel qui se bat chaque jour sans armes à la hauteur de cette épidémie, aux malades en détresse respiratoires, aux ouvriers obligés d’aller travailler sans sécurité sanitaire, aux patrons qui se moquent du sort des employés qui bossent sans masque ni gant comme j’ai pu le voir en faisant mes courses à Leclerc, et enfin je pense au gouvernement, responsable de ce crime qui a négligé cette pandémie et qui aujourd’hui ne fait rien pour nous sauver à part mettre des amendes de 135 euros et faire de l’agitation médiatique en nous disant que tout se passe merveilleusement bien alors que ce n’est pas le cas dans les faits.

Une chose est sure, il y aura un avant et un après coronavirus, et les responsables devront en rendre des comptes.




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