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Politique

Pour 2017 ... et la suite

Une primaire pour sauver le PS ?

2017, année de tous les dangers pour le Parti Socialiste. Alors que la Belle Alliance Populaire est lancée depuis mi-décembre, le parti semble aujourd'hui sérieusement menacé d'implosion. Dès lors, la question mérite d'être posée : La primaire de la gauche, en plus de désigner un candidat, a-t-elle pour objectif premier de sauver le PS ? Julian Vadis

vendredi 23 décembre 2016

Un enjeu majeur : Reconquérir un embryon de base sociale

Mi-décembre, les listes étaient closes, lançant officiellement la primaire de la gauche. Une Belle Alliance Populaire, qui a divisé à gauche bien avant la date butoir : écologistes et (surtout) Jean-Luc Mélenchon décidant de passer outre, tout comme les militants du PCF, ayant voté pour se joindre à la campagne du candidat de la France Insoumise. Ils prenaient ainsi en porte à faux la direction du parti. Pour un événement politique se présentant comme un temps fort du rassemblement de toute la gauche, la mécanique était d’emblée grippée. In fine, cette primaire ne regroupe que le Parti Socialiste et ses satellites. Mais est-ce véritablement un revers pour le pilier "gauche" de la V° République ? Rien n’est moins sûr.

Usé par un quinquennat marqué par les polémiques - déchéances de nationalité et loi travail en tête - et les scandales, comme l’embarrassante affaire Cahuzac, le Parti Socialiste sort extrêmement affaibli des 5 années de présidences Hollande. A tel point que le président crédité alors de 4% d’opinion favorable, se trouvait dans l’incapacité de briguer un second mandat, fait rarissime sous le régime de la V° république. Le constat est sans appel.Le gouvernement a progressivement perdu sa base sociale : l’épisode Loi Travail (mais aussi la déchéance de nationalité) a été un accélérateur radical de la rupture du "peuple de gauche" avec le parti. Même dans des secteurs où il semblait jusqu’alors intouchable, à savoir, les quartiers populaires et surtout la fonction publique, le PS semble s’être grillé les ailes. Une situation dramatique pour le parti, qui ne lui permet pas de présenter un candidat un tantinet crédible au moyen de négociations internes. Un fait qui est révélateur de la crise organique que traverse la démocratie bourgeoise. Mais le PS est encore plus mal en point que Les Républicains qui, même s’ils avaient grandement perdu en légitimité, avaient lancé la primaire à droite pour consolider une base sociale encore un minimum existante. Au contraire, la primaire à gauche a pour objectif de reconstruire une base au PS, qui a complètement disparu.

En effet, la crise du Parti Socialiste semble plus profonde que celle de son alter ego de droite. Le mouvement loi travail a révélé une brèche extrêmement profonde que les pontes socialistes ont (auront ?) bien du mal à résorber. Une désaffection sur laquelle un ensemble de personnalités politiques tentent de capitaliser. A sa gauche, le PS voit Jean-Luc Mélenchon et sa France Insoumise rafler une partie de son électorat, et sa progression dans les sondages, à elle seule, suffit à mesurer l’effet de pression exercé. A droite, Emmanuel Macron n’est pas en reste. Parti au culot et sans appareil vers la présidentielle, l’ex ministre de l’économie voit ses chances de second tour prendre corps au fil des semaines. De plus, le succès de la primaire à droite, qui a ratissé très large, met la barre haute pour la primaire à gauche. Tiraillé électoralement par ces pressions, le Parti Socialiste voit sa marge de manœuvre grandement réduite en comparaison de celle des Républicains lors de la primaire de la droite.

2017 : L’année de tous les dangers pour le Parti Socialiste. Objectif : éviter la « pasokisation »

Pour le Parti Socialiste, l’année 2017 est effectivement celle de tous les dangers. A tel point qu’on peut se demander si l’objectif est de parvenir à conserver le pouvoir. Dans le pire des scénarios, le "pilier gauche" de la V° République pourrait se retrouver au 5ème rang de la présidentielle, derrière Marine Le Pen, François Fillon, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Une hypothèse qui n’est en aucun cas impossible, au vu des sondages, et qui aurait une conséquence forte : la pasokisation du Parti Socialiste, un affaiblissement important de la démocratie bourgeoise.

Ce danger, tous les candidats l’ont en tête, tout comme l’objectif de l’élection présidentielle : limiter les dégâts (c’est à dire, finir au minimum 3ème) pour reconstruire le parti. En ce sens, il est intéressant d’analyser l’éviction de la primaire de Gérard Filoche. Montebourg et Hamon apportent une caution de gauche à la primaire, mais le profil de l’ex inspecteur du travail, jugé trop à gauche, constitue là aussi un danger pour la période post 2017. Car l’enjeu de la primaire de la gauche est là : Désigner l’homme fort du Parti Socialiste en vue de la reconstruction du parti.

Bien entendu, les socialistes ne vont pas galvauder la présidentielle. Même si les chances de 2ème tour - et a fortiori de victoire - sont maigres, nul doute que le candidat qui sortira de la Belle Alliance Populaire fera tout ce qui est possible pour aller le plus loin possible lors de l’élection. En ce sens, les déclarations de Myriam El Khomri et surtout de Manuel Valls, au sujet du 49.3 ont autant pour ambition de réconcilier des fragments du « peuple de gauche » avec le PS qu’une attaque de front envers François Fillon et sa fameuse « guerre éclair » contre les droits des travailleurs. En soi, les deux objectifs (sauver le PS de la pasokisation / gagner la présidentielle) ne nécessitent aucunement des stratégies différentes, bien au contraire. C’est en allant le plus loin possible dans la campagne que Valls, Hamon, Montebourg, ou un autre, pourra consolider la base nécessaire à la reconstruction du Parti Socialiste.



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