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Du Pain et des Roses

Misogynie

Une sur le foot féminin : Charlie Hebdo verse dans le sexisme le plus abject

La Une du journal Charlie Hebdo de ce mercredi 12 juin représente une vulve avec un ballon de foot en guise de clitoris, accompagnée de la phrase “Coupe du monde féminine, on va en bouffer pendant un mois.” Plus que de la provocation, Charlie Hebdo verse dans la misogynie et le sexisme, et n’en est pas à son coup d’essai.

jeudi 13 juin

La Une de Charlie Hebdo de cette semaine est consacrée à la Coupe du monde de football féminine, qui a débuté le 7 juin. Sur quel aspect le dessinateur Biche a-t-il décidé de se concentrer pour son illustration ? Le sexe des joueuses, bien entendu, avec la mention “on va en bouffer pendant un mois”. Comme à son habitude, le journal ne fait pas dans la finesse, et confond transgression et misogynie pure et simple.

Passons sur le lubrique et stigmatisant “on va en bouffer pendant un mois”, insultant pour les footballeuses en tant que femmes et en tant que sportives de haut niveau… On parlerait apparement trop du foot féminin en ce moment selon le journal, alors que l’intérêt porté au sport féminin en France est à des années-lumière de celui accordé au sport masculin.

De plus, le foot féminin est sans cesse dévalorisé, soit-disant moins rapide, moins physique, sans parler des commentaires incessants sur le physique des joueuses… Charlie Hebdo est donc loin d’être à contre-courant sur cette question, bien qu’il pense sans doute l’être.

Que l’on soit clair : réduire des femmes à leurs sexes, ce n’est ni subversif, ni original. Les femmes, notamment dans le milieu du sport, sont constamment ramenées à leur genre, sexualisées, rabaissée, etc.

Les partisans de Charlie Hebdo le défendront au nom de la sacro-sainte liberté d’expression, souligneront la référence à Courbet, ou que Charlie Hebdo s’en est toujours pris au football, et que cette une n’est donc pas dirigée contre les joueuses en tant que femmes. Pourquoi alors ce choix de l’hypersexualisation ? Pourquoi cette focalisation sur le sexe des joueuses, accentuée par le commentaire lubrique, si ce n’est par pur sexisme ?

En réalité, cette Une est symptomatique : le foot féminin dérange dans notre société, qui ne peut s’empêcher de dévaloriser ces joueuses “hors normes”, à les ramener coûte que coûte à leur “place” d’objets sexuels. Le foot n’est pas découpé des autres sphères de la vie sociale, de son organisation patriarcale et des inégalités qu’elle produit, en témoignent notamment les écarts de salaires abyssaux entre le foot féminin et le foot masculin… Croire que cette Une est neutre et qu’elle ne dénonce que le football en tant que sport médiatisé, c’est donc, au mieux, faire preuve de naïveté, et au pire d’une totale malhonnêteté.

Bref, pour reprendre les mots d’un pseudo-philosophe tout aussi rétrograde et misogyne que cette Une, les caricatures réactionnaires et sexistes, « ce n’est pas comme ça que j’ai envie de voir des femmes ».




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