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Du Pain et des Roses

Une syndicaliste étudiante voilée attaquée à l’Assemblée Nationale : l’islamophobie made in LREM

Jeudi, des députés LR et LREM s'en sont pris à Maryam Pougetoux, vice-présidente de l'UNEF, en lui reprochant de porter le voile, pour quitter une réunion de la commission d'enquête sur la crise sanitaire et la jeunesse. Une manière pour les députés de détourner le débat initialement prévu sur la précarité étudiante et de continuer l’offensive islamophobe menée par le gouvernement.

vendredi 18 septembre

Alors que cette rentrée marque un rebond de l’épidémie, et que les universités se retrouvent dans l’incapacité d’appliquer rigoureusement les règles sanitaires faute du manque de moyens dans l’enseignement supérieur comme en témoignent les nombreux cours maintenus dans des amphithéâtres bondés, Maryam Pougetoux était invitée jeudi matin à l’Assemblée Nationale dans le cadre d’une commission d’enquête sur les effets du Covid-19 au sein de la jeunesse. Après que l’étudiante a pris la parole pour énoncer des éléments introductifs à la réunion, le député LR du Pas-de-Calais Pierre-Henri Dumont a annoncé qu’avec les autres parlementaires du groupe LR, décision avait été prise de quitter la réunion au nom du « principe de laïcité ». A sa suite, la députée LREM Anne Christine Lang a pris une intervention entière pour expliquer que « le port du hijab est incompatible à la fois avec les valeurs concernant les relations entre les hommes et les femmes et avec l’idée [qu’elle se fait] de notre institution, de la laïcité et des valeurs républicaines », avant de quitter la salle et de twitter la vidéo de son intervention quelques minutes après, dans l’intention de faire du buzz sur le dos de la syndicaliste étudiante.

D’autres politiciens ont sauté sur l’occasion pour surfer sur la vague islamophobe ambiante, à l’instar de Ségolène Royale, invitée sur BFM TV ce matin, qui a qualifié Maryam Pougetoux de « militante du voile », jugeant sa venue d’acte « provocateur », et a affirmé qu’elle aussi aurait quitté la salle.

Sur twitter, le hashtag #hijab est vite monté en tendance et beaucoup d’internautes ont dénoncé cette campagne islamophobe, certains pointant le fait que la députée macroniste tantôt épinglée pour avoir utilisé ses indemnités parlementaires à des fins personnelles, ait détourné à peu de frais la discussion censée initialement porter sur la précarité étudiante.

Maryam Pougetoux avait déjà subi une campagne islamophobe en 2018, lorsqu’elle s’était fait élire au bureau national du syndicat étudiant l’UNEF. À l’époque, toute la caste politicienne lui était tombée dessus, Gérard Collomb l’accusant notamment de marquer sa « différence avec la société française » et Marlène Schiappa de vouloir faire passer « un message politique ». Autant de manières de détourner le débat, qui à l’époque portait sur la loi ORE et Parcoursup.

Après Imane Boun, étudiante voilée qui avait subi des attaques islamophobes de la part d’une journaliste du Figaro puis par l’extrême-droite sur les réseaux, c’est au tour de Maryam Pougetoux de faire l’objet d’une campagne raciste venant du gouvernement dans le sillage de la droite et de l’extrême-droite. Une affaire qui s’inscrit dans une séquence plus large d’offensive islamophobe et sécuritaire, avec comme dernier acte le projet de loi contre « les séparatismes », nouveau cheval de bataille du duo Schiappa-Darmanin.

Le climat sécuritaire, islamophobe etraciste qui s’installe, avec l’agenda gouvernemental comme locomotive suivie d’une longue traînée de wagons de l’extrême droite (invitée sur tous les plateaux), de la droite, de LREM, et des débris du PS – bref tout ce que la scène médiatique compte de réactionnaire – doit être combattu sans relâche. Le meilleur moyen de le dissiper ne peut être qu’une riposte conséquente sur le terrain de la lutte des classes, face à la crise économique qui s’installe et qui verra, si on les laisse faire, les bourgeois redoubler leur offensive raciste pour trouver des boucs émissaires à la faillite de leur système.

En ce sens, les directions du mouvement ouvrier ont une responsabilité majeure quant à la mise en place d’un plan de bataille, certes sur des mesures économiques, mais aussi pour opposer un programme qui réponde aux aspirations de la jeunesse contre les violences policières et le racisme qui se sont exprimées dans le monde entier et avec force en France en particulier. De ce point de vue, il est absolument scandaleux que Philippe Martinez se range aux positions gouvernementales sur un plateau de LCI (à partir de 51min) où il affirme que « on aurait dû discuter avec elle avant sur les conditions de sa venue », répondant que laïcité est importante à la question de savoir si elle aurait dû ou non venir voilée à l’Assemblée Nationale. Une telle dévotion face aux « symboles » d’une République dont le drapeau est celui du colonialisme, du racisme d’État, de la répression dans les quartiers et dans les mobilisations ouvrières et populaires, République récemment célébrée par Macron comme une arme pour opprimer les musulmans sous couvert de laïcité et de lutte contre le séparatisme, revient à s’adapter à l’offensive du gouvernement à l’heure où le mouvement ouvrier et ses organisations devraient prendre fermement position pour unir les différents mouvements qui ont émergé ces dernières années sur le terrain de la lutte des classes, qu’il s’agisse de la lutte contre la réforme des retraites, de la lutte des Gilets jaunes ou des quartiers populaires contre le racisme et les violences policières.




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