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Politique

Une terrasse de café vidée par la police, mais les transports toujours plus blindés ?

Une vidéo d’une terrasse de café évacuée avant 19h à Ménilmontant pour le supposé non-respect de la distanciation sociale a fait le tour des réseaux sociaux. Pourtant, après que le couvre-feu ait été décrété, le réseau de transports en commun a vu sa fréquentation exploser mécaniquement avant 21h notamment, rendant souvent impossible n’importe quelle mesure de distanciation sociale.

mardi 27 octobre

A gauche : Capture écran du reportage de Clément Lanot intitulé « Coronavirus : la BRAVM évacue une terrasse et ses clients » © Clément Lanot
A droite : crédit photo (PHILIPPE LOPEZ / AFP)

La scène de la vidéo s’est déroulée au Dolce Café à Ménilmontant, un peu avant 19h, en marge d’une manifestation anti-couvre-feu qui ne se passait pas très loin du métro et qui a été vite dispersée. Le journaliste Clément Lanot, auteur de la vidéo, relate la situation à Checknews : « Il y avait une manifestation anti-couvre-feu à 18 heures à Ménilmontant au niveau du métro. Moins d’une centaine de personnes étaient présentes. Les forces de l’ordre sont arrivées vers 18 h30. C’était très rapide, tout le monde a été dispersé. Les manifestants avaient bien obtempéré. La Bravm fait le tour du quartier, se fait huer par-ci par-là. Vers 18 h50, elle stationne devant le restaurant et vient voir deux personnes qui sont en terrasse. Je les vois partir avec. Puis, un policier commence à évacuer toute la terrasse, les clients ne comprennent pas, certain disent : "Mais on ne peut pas payer" ».

Sous le justificatif du non-respect de la distanciation sociale, plusieurs personnes ont été « invitées » à quitter l’établissement sous menace de sanction administrative. Cette scène vient illustrer une fois de plus la dimension policière de ce couvre-feu décrété le samedi 17 octobre. Un couvre-feu dont la logique vise à faire peser la reprise de l’épidémie sur la responsabilité individuelle de chacun pour freiner la propagation du virus et à éviter « les moments de vie privée ».

Pourtant, la France atteint un nouveau record et enregistre 52010 nouveaux cas de coronavirus en 24h et le reconfinement qui n’était pas envisagé jusqu’alors devient une possibilité de plus en plus tangible. Le décret n’étant qu’un recours à la coercition et à la restriction de la liberté de circulation, les « mesures » pour combattre l’épidémie restent inchangées : aucun moyen alloué dans le secteur de la santé ni aucune mesure sanitaire à la hauteur de la situation dans les écoles, universités et lieux de travail, preuve s’il en fallait que la gestion répressive n’a d’autre but que de préserver les profits et faire avancer les rouages de l’économie.

La situation dans les transports est parlante du "deux poids deux mesures" du gouvernement concernant les mesures de distanciation sociale. Les transports, déjà saturés en temps normal, sont de plus en plus blindés le soir et rendent impraticable n’importe quelle mesure de distanciation sociale. En ce sens, la Fédération nationale des usagers des transports (FNAUT) Île de France a demandé d’évaluer les impacts du couvre-feu, de ne pas diminuer la desserte avant 6h et de renforcer si besoin l’offre entre 20h et 21h. A ce titre, le président de l’association expliquait qu’aujourd’hui l’heure de pointe sur les lignes de bus, métro et RER se termine à 19h30 et que ce serait souhaitable de la prolonger jusqu’à 21h à cause de la « fréquentation très importante » et de la saturation de certaines lignes.

Pourtant si le gouvernement assure laisser les transports ouverts, l’offre des transports sera réduite avec du renfort pour seulement 3 lignes. De son côté, Valérie Pécresse, la présidente de la région Île-de-France, tergiversait depuis le début du couvre-feu sur une possible adaptation de l’offre mais qui en aucun cas ne répondait à la situation ni ne prenait en compte la nécessité de renforcer l’offre : « à ce stade les transports lourds sont inchangés » puisque le couvre-feu ne durera quelques semaines et la situation ne permettrait pas de « faire des zig-zag », expliquait-elle. Autrement dit, une manière de ne bouger aucun doigt face à la crise.

La scène à la terrasse n’a hélas rien d’anecdotique et mets en lumière la coercition de l’État et la gestion répressive de la crise, qui derrière la logique de sécurité nationale veut sacrifier notre classe aux intérêts de la bourgeoisie. Face à la pandémie, on ne propose que des mesures restrictives qui vont toujours à l’encontre des plus pauvres, nous condamnant à être des sujets passifs, entassés dans les transports publics, ne faisant que travailler et rassemblés sous la consigne de l’unité nationale. Jusque-là aucune stratégie de tests efficaces, aucune stratégie pour isoler et casser les chaînes contamination, pas de masques gratuits, d’embauches massives de personnels, d’ouvertures de lits… aucune de ces mesures ne sera mise en place par Macron.

Les calculs de la classe politique et du patronat concernant la crise et sa marge possible de profits, loin d’endiguer l’épidémie, jouen avec nos vies Seule la force de la mobiliation et un programme en propre, pourront les remettre en cause ne pourra être remis en cause pour exiger des mesures sanitaires à la hauteur de la situation.




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