^

Politique

Détente précaire du G7 décadent

Une unité impérialiste fragile face à la menace de la Chine et à la crainte d’une récession mondiale

Un G7 réussi pour Macron ? Retour sur le déroulement d'une rencontre des plus grands impérialistes inquiets pour l'avenir du capitalisme

lundi 26 août

Macron a réussi son G7 selon la presse française. Un éditorial du journal Le Monde annonce en effet la couleur : "Macron dans le G7 : l’audace comme levier diplomatique". Ce que ces scribes dociles ne disent pas, c’est que ce "succès" se fit à la condition d’éviter l’affrontement avec Trump. Plus encore, c’est ce dernier qui s’en sort avec les meilleurs résultats - sauf dans les médias- sur le terrain concret du G7. Le président États-Unien, ne se contentant pas d’avoir réussi à forcer la France à modifier son projet de "taxe Google”, a réalisé plusieurs avancées commerciales : une plus grande ouverture du marché intérieur japonais aux produits yankees, la conclusion d’un "grand accord commercial" post-Brexit avec la Grande-Bretagne (sans que Boris Johnson ne puisse s’opposer) ainsi que la promesse d’Angela Merkel, inquiète des menaces douanières pesant sur les fabricants allemands, d’avancer "au plus vite" sur la conclusion d’un accord commercial UE/Etats-Unis. Qui sort gagnant du G7 ?

La réalité, c’est qu’au milieu des nuages qui menacent l’économie mondiale, personne n’a voulu se confronter au président américain par crainte que le sommet ne se termine en scandale comme l’an dernier au Canada. Comme Macron, aucun autre dirigeant des puissances présentes n’a osé s’opposer à lui, et ce d’autant moins au sujet de la guerre commerciale qu’il mène avec la Chine. Ainsi, alors qu’un journaliste lui demandait si ses alliés lui avaient conseillé de mettre fin au conflit avec Pékin, Donald Trump déclarait : "Personne ne me l’a dit. Personne n’aurait osé. Je pense qu’ils respectent la guerre commerciale”.

De plus, l’ensemble du G7, organisé par la présidence française, avait comme ligne de mire comment contenir la montée de Pékin. En ce sens également, Macron avait précédemment accueilli Poutine en France, craignant que l’alliance stratégique entre la Chine et la Russie ne soit pas consolidée davantage, et souhaitant tenter de rétablir des liens utiles avec le président russe. Lors du sommet lui-même, la présence du Premier ministre hindou Narendra Modi, qui applique au Cachemire une politique ouvertement réactionnaire et risquée à l’égard de la majorité musulmane de l’État et qui, à d’autres moments, aurait suscité le ressentiment des dirigeants occidentaux, illustre bien l’importance que l’Ouest attache à l’Inde comme obstacle à l’influence chinoise en Asie et dans l’océan Indien. Toujours avec l’approbation incontestable de Trump. Le premier ministre australien Scott Morrison, l’un des partisans les plus déterminés de Trump dans sa croisade contre la Chine, était également invité. "La participation de l’Australie est l’occasion de partager notre perspective indo-pacifique avec les principales démocraties du monde", a déclaré le chef du gouvernement de Canberra avant de partir pour la France.

La présence de cinq représentants de pays africains est toute aussi significative. Parmi ceux-ci on pouvait compter le dictateur égyptien Abdel Fatah al-Sissi (actuel président de l’Union africaine et partenaire des projets euro-méditerranéens), le Sénégalais Macky Sall (Dakar, capitale du Sénégal, ancienne colonie française, est la ville choisie pour accueillir le prochain sommet sino-africain des dirigeants en 2021), ainsi que le nouveau président sud-africain Cyril Ramaphosa (première économie africaine et partenaire stratégique de Pékin). L’objectif de ces invitations avait le mérite d’être clair : contrer la présence croissante de la Chine en Afrique avec le réseau de relations des anciennes cours coloniales, ainsi que de nouvelles.

Le dernier chant du cygne du multilatéralisme mourant ?

Face aux nationalistes, les commentateurs les plus enthousiastes crient allègrement que le sommet fut un exemple de l’utilité du multilatéralisme. Il serait pourtant disproportionné de l’affirmer. Par exemple, si on présente la visite "surprise" du ministre iranien des Affaires étrangères comme une "grande audace" de Macron, la chose est loin d’être résolue. Bien qu’il s’agisse là de signes de détente après l’escalade de ces dernières semaines, il n’y a toujours pas le moindre changement sur les questions épineuses du conflit entre l’Iran et les Etats-Unis. "Rien n’est fait, les choses sont éminemment fragiles", s’est empressé d’ajouter Macron, preuve de l’absence de garanties des négociations conclues dans le cadre de ce sommet, qui s’est finie par une simple conférence de presse conjointe de Trump et Macron, sans aucun communiqué commun approuvé par les sept membres du G7.

Plus prosaïquement, nous pourrions dire qu’ils n’étaient pas unis par l’amour mais par la terreur : c’est la menace chinoise ainsi que la peur de la récession mondiale qui a permis cette fragile unité des puissances du G7. Bien que dans un commentaire publié samedi, l’agence officielle chinoise Xinhua ait déclaré qu’il était peu probable que "la réunion de cette année puisse générer un leadership collectif ou une initiative concrète qui pourrait profiter à la planète", ce genre de rassemblement des "amis" du monde libre n’est pas passé inaperçu à Pékin. L’unité des puissances occidentales est la grande crainte des dirigeants du Parti communiste.




Mots-clés

G7   /    Impérialisme   /    Emmanuel Macron   /    Politique