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Université Paris 8 : la grève s’étend et les étudiants se mobilisent avec le soutien des grévistes de la RATP-SNCF

Pour la rentrée à la fac de Paris 8, les profs, les chercheurs, les personnels se mettent en grève, et les étudiants se mobilisent contre les réformes néo-libérales du gouvernement, avec le soutien des grévistes de la RATP-SNCF. A l'image de la jeunesse et des universités qui semblent être entraîner par "l'effet boule de neige" après plus de 50 jours de grève dans les transports publics.

mardi 28 janvier

Assemblée Générale de Paris 8 ce lundi 27 janvier, avec plus de 400 personnes

Comme dans beaucoup d’autres universités, dès l’ouverture de Paris 8 ce matin, des profs et personnels de différents départements appelaient les étudiants à se joindre aux assemblées générales de départements et d’UFR. En cette rentrée marquée par la présentation en conseil des ministres de la réforme des retraites vendredi dernier après plus de 50 jours de grève dans les transports, mais aussi face à la future Loi de Programmation Pluriannuelle de Recherche (LPPR) qui prévoit de s’attaquer à l’université publique dans la lignée des réformes LRU et de Parcoursup, il s’agissait pour les étudiants, profs et personnels de la fac de décider de rejoindre la mobilisation entamée le 5 décembre dernier par les grévistes de la RATP et de la SNCF. Malgré les tentatives du gouvernement pour empêcher le ralliement de la jeunesse à la grève, serait-on en train d’assister aux prémisses d’un mouvement massif dans les facs ?

Et pour cause. Ce que les fermetures administratives des facs parisiennes pendant la grève, la répression policière ou les sanctions disciplinaires contre les lycéens mobilisés ont montré, c’est la volonté des Macron, Philippe, Vidal et Castaner de réprimer un potentiel mouvement de jeunesse. En cadenassant un tel secteur - pourtant concerné en premier lieu par cette réforme qui leur promet de travailler jusqu’à 67 ans tout en ayant aucune garantie sur le montant de leur retraite -, le gouvernement organisait l’isolement des grévistes de la RATP et de la SNCF, les deux secteurs stratégiques en grève massive et reconductible depuis le 5 décembre dernier. C’est pourquoi, pour gagner contre le gouvernement et ses réformes néo-libérales, l’heure est à la généralisation de la mobilisation dans les campus universitaires et les lycées. Comme le dit Laura, cheminote au triage du Bourget et gréviste depuis le 5 décembre, "quand on voit ce que le mouvement contre le CPE a donné avec les étudiants et les travailleurs ensemble, cela veut dire qu’on peut le faire !" Voilà le message passé en substance par la délégation des grévistes de la coordination RATP-SNCF d’Île-de-France, applaudie par plus de 400 étudiants, profs et personnels à l’AG de Paris 8.

Pourtant, si le gouvernement tente de monter les générations les unes contre les autres avec "la clause du grand-père" et de criminaliser les grévistes, l’opinion publique soutient largement cette mobilisation qui, loin de se cantonner à la question de la réforme des retraites, veut en obtenir le retrait pur et simple pour en faire un point d’appui contre l’ensemble des attaques antisociales de Macron et son (im)monde. Comme en témoigne l’intervention de Jamel, conducteur sur la ligne 3 du métro, les agents RATP et SNCF pourraient être prêts à reprendre la bataille si d’autres secteurs entrent massivement en scène.

Et il semblerait que "l’effet boule de neige" soit en marche ! A Paris 8, quatre UFR ont déjà voté la grève au moins jusqu’au 3 février, la participation à la manifestation du 29 février et aux piquets de grève chaque matin à l’entrée de l’université, la mise en place de cours alternatifs, dans des AG réunissant jusqu’à 250 personnes en Arts, Culture et communication, Textes et société, et Science de l’éducation, ainsi qu’à l’Institut d’Etude Européennes (IEE). Et c’est dans une ambiance chauffée à blanc par les interventions des grévistes de la RATP-SNCF que l’AG plénière a décidé d’un meeting le 5 février prochain, suivi d’une soirée dans lequel seraient invité les grévistes qui font le mouvement actuel.

Assemblée Générale de l’UFR Arts qui a réuni plus de 250 étudiants, profs et personnels des départements de cinéma, philosophie, arts plastiques et musique

Pourtant, dans le milieu universitaire pas moins qu’ailleurs, le gouvernement a cherché à diviser entre les statuts, autour des annonces de Frédérique Vidal sur le recrutement et la revalorisation des salaires des jeunes chercheurs. Mais alors qu’en 2017 Emmanuel Macron faisait la promesse de campagne de supprimer du rôle du Conseil National des Universités pour l’attribution des statuts des enseignants chercheurs, afin d’accentuer les dynamiques de compétition et de concurrence entre les chercheurs tout en augmentant la part de contrat courts et précaires, les appels à projets, les primes à la “performance”, et le poids de la hiérarchie dans les rapports de recherches, ce pas de côté de la ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche quelques mois à peine après la mobilisation contre la précarité étudiante et en pleine bataille des retraites, montre elle aussi la fébrilité du gouvernement à l’idée de voir les universités entrer en mouvement. Toutefois là encore, comme cela a été le cas à la RATP et à la SNCF, c’est l’unité à la base qui doit primer entre les profs, les étudiants et les personnels conscients qu’ils seront les premiers touchés par les politiques d’austérité budgétaire imposées par la macronie.

Ainsi, si les modalités de la mobilisation font encore débat dans le corps enseignant, dont une partie se refuse à faire grève, à Paris 8 l’arrêt du travail par la grève est en train de s’imposer comme méthode de lutte centrale pour faire plier le gouvernement. On ne peut que saluer ces méthodes radicales sans lesquelles il serait impossible de libérer du temps aux travailleurs de l’université, pour organiser un mouvement à même d’entraîner largement les étudiants, et d’emboîter le pas au secteur des transports après plus 50 jours de grève massive et reconductible.

C’est en solidarité avec les grévistes de la RATP menacés de sanctions disciplinaires allant jusqu’à la révocation par une direction aux ordres du gouvernement, et en soutien à François, gréviste RATP depuis le 5 décembre, qui a tenté de se suicider hier après son passage en conseil disciplinaire le 13 janvier dernier, que les étudiants, profs et personnels présents aux côtés de la délégation des grévistes de la coordination RATP-SNCF ont envoyé un message clair : "On ne lâchera pas jusqu’au retrait !"

Enfin l’expérience de la grève à la SNCF et la RATP ayant démontré la nécessité pour les grévistes de ne compter que sur eux-mêmes pour organiser la mobilisation, de nombreux profs, étudiants, et personnles ont insisté sur l’importance de participer ce week-end à la Coordination Nationale des Facs et Labos en Lutte, afin d’appuyer les dynamiques de grève et de mobilisations dans les universités et de produire les conditions dans lesquelles un mouvement étudiant pourrait prendre forme aux côtés des travailleurs pour dégager Macron.




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