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Politique

Organisation révolutionnaire

Université d’été de RP : « Construire une organisation utile à la révolution dans ce pays et dans le monde »

Ce samedi, une réunion plénière sur la création d’une nouvelle organisation révolutionnaire clôturait politiquement l’université d’été de Révolution Permanente. A la tribune, Daniela Cobet, membre de la direction de Révolution Permanente, est d’abord revenue sur les enjeux d’une telle organisation avant d’ouvrir la place au débat et aux interventions sur ce projet.

lundi 29 août

Une nouvelle organisation pour préparer les combats à venir et la révolution

« Il y a une jeunesse qui est en train de prendre conscience de la nécessité de s’organiser ». Pour commencer son intervention devant les centaines de personnes réunies à l’Université d’été de Révolution Permanente, Daniela Cobet est partie d’un constat frappant. Alors qu’en 2016 la radicalité de la jeunesse se construisait en opposition aux organisations politiques existantes, et contre l’idée même de s’organiser, offrant une certaine hégémonie aux courants autonomes, on voit désormais se développer des tendances à l’organisation.

Une tendance progressiste pour la militante tant l’organisation est une question déterminante pour tout projet révolutionnaire : non seulement pour faire face à l’État et à tous les leviers de la classe dominante « face auxquels il serait absurde de penser qu’on peut improviser notre lutte », mais également pour penser collectivement les luttes actuelles en se nourrissant des bilans des expériences historiques de la lutte des classes. Dans ce cadre, contre l’idée que s’organiser dans un parti briderait la « liberté », assumer la nécessité de l’organisation c’est comprendre que ce n’est qu’« en pensant ensemble, par l’intelligence collective, qu’on peut renverser un système qui doit être abattu. »

Dans un contexte marqué par le retour de la guerre en Europe, un durcissement militariste et une instabilité économique qui s’approfondit, la nécessité d’un outil pour préparer les combats à venir apparaît d’autant plus brûlante. D’autant que, comme la rappelait la militante, si l’ensemble des secteurs du mouvement ouvrier se sont mobilisés depuis l’ouverture du dernier cycle de luttes ouvert en 2016, démontrant une combativité dans la classe, ils l’ont fait en ordre dispersé faute d’un plan de bataille adéquat : les raffineurs et cheminots en 2016 contre la loi travail, les cheminots en 2018, les secteurs atomisés du prolétariat rural et semi-rural dans le mouvement des Gilets jaunes, les transports en 2019-2020, etc…

Partant de ces éléments, Daniela Cobet a noté à quel point, contradictoirement, les principales organisations de l’extrême-gauche, le NPA comme Lutte Ouvrière, profitaient peu du dynamisme de la lutte des classes depuis 2016 et avaient porté peu de politiques dans ce cadre. Un bilan indissociable de la politique et de la faiblesse des interventions de ces deux organisations, grevées par des défauts distincts. Dilution stratégique et politique du côté du NPA – s’adaptant aux projets réformistes émergents et refusant la tâche de s’implanter dans la classe ouvrière et de mener la bataille contre les directions bureaucratiques du mouvement ouvrier et, de Podemos à la NUPES -, repli sectaire du côté de Lutte Ouvrière, campée sur des positions économicistes, et reléguant au second plan les luttes contre les oppressions qui mobilisent des pans entiers de la jeunesse mais aussi de la classe ouvrière.

En lien avec ces éléments, la militante a souligné la « nécessité d’une organisation qui donne envie de militer » et la nouveauté constituée par l’émergence de Révolution Permanente. « C’est la première fois depuis 40 ans qu’on voit se construire une nouvelle organisation dans l’extrême-gauche, comptant plusieurs centaines de militants, parmi lesquels de nombreux jeunes, actifs dans les facs, les mouvements antiracistes, féministes ou climat, mais aussi des militants ouvriers dans différents secteurs, qui ont été en première ligne des derniers épisodes de la lutte des classes, de la réforme du rail à la grève de Grandpuits en passant par la grève d’Onet ou les mobilisations dans l’aéronautique pendant la pandémie. »

Une organisation dont Daniela Cobet a rappelé la stratégie, qui lui a permis de connaître un développement rapide ces dernières années : un marxisme révolutionnaire fondé sur l’idée d’hégémonie ouvrière. « Pour renverser le capitalisme, la classe ouvrière, et pas uniquement les prolétaires en bleu de travail, a un rôle central parce qu’elle est au cœur de la production. Mais son combat ne peut se mener qu’en alliance avec l’ensemble des opprimés en lutte, et en portant leurs revendications spécifiques » a-t-elle synthétisé en ce sens. « Nous avons besoin d’une organisation dotée de cette stratégie, d’une organisation utile à la révolution dans ce pays et dans le monde. C’est ce qu’on va discuter dans le Congrès de fondation à l’hiver prochain, et nous appelons tous ceux qui le souhaitent et partagent notre perspective à rejoindre ce processus. Après la Conférence nationale, cette université d’été qui réunit 500 personnes est pour nous une nouvelle étape en ce sens. » a-t-elle finalement conclu, avant d’ouvrir le débat.

Une discussion enthousiaste sur la perspective de la nouvelle organisation

Ce dernier a été l’occasion de très nombreuses interventions d’étudiantes et étudiants, de militantes et militants ouvriers, LGBT, de France et de différents pays. Ex-gréviste d’Onet, Oumou Gueye a tenu à s’exprimer : « avec Fernande Bagou, nous ferons partie de cette nouvelle organisation. Comme Révolution Permanente est venu nous chercher pendant notre grève et nous a permis la victoire, il faut aller chercher toutes ces hommes et femmes de ménage qui doivent faire de la politique. » Joël, militant révolutionnaire depuis 50 ans et ex-militant syndical à Air France, est revenu sur la nécessité d’une organisation qui dialogue avec d’autres secteurs de l’extrême-gauche.

De nombreux camarades étrangers ont également pris la parole. Adam, étudiant marocain, est revenu sur les luttes au Maroc, Alassane, étudiant Guinée, sur les mobilisations dans ce pays et la nécessité d’une politique anti-impérialiste depuis la France, tandis que Maryam, étudiante libanaise, a souligné le lien entre émancipation de la classe ouvrière et libération de la Palestine. Joonseok, militant trotskyste sud-coréen venu spécialement pour assister à l’Université d’été, a de son côté envoyé ses salutations révolutionnaires au processus de fondation d’une nouvelle organisation révolutionnaire, pointant l’importance des interventions de RP dans les grèves qui sont autant de « de très bons exemples de comment les révolutionnaires peuvent combiner les idées révolutionnaires avec la réalité de la lutte de classe. »

Les prises de parole ont également été l’occasion d’un débat, initié par un étudiant se revendiquant de l’anarchisme, expliquant considérer impossible une lutte commune entre personnes blanches et personnes racisées, hommes et femmes, personnes trans et personnes cis, tout en évoquant le poids de conceptions « blanches, masculinistes et transphobes » dans la tradition marxiste. Une intervention qui a suscité des réponses de militantes LGBT telles que Sasha Yaropolskaya ou Camille Lupo soulignant l’impasse d’une telle logique. La première a expliqué que « lutter seulement contre son oppression est une impasse si on ne l’inscrit pas dans une lutte et une stratégie qui synthétise toutes ces revendications dans une lutte d’ensemble contre le capitalisme », de même que la deuxième, pointant comment l’hégémonie ouvrière permettait d’articuler la lutte pour les droits LGBT et une stratégie révolutionnaire pour renverser le capitalisme.

« La classe ouvrière est traversée par les oppressions, à l’image des militants ouvriers racisés dans cette salle, Wynnessa, Yassine, Nordine, Oumou, qui ont mené des luttes fondamentales » a noté de son côté Anasse Kazib. « Le stalinisme a transformé le marxisme en caricature, nous on revendique un marxisme qui prend en compte l’ensemble des oppressions, et on veut construire une organisation révolutionnaire à l’image de cette salle, remplie d’ouvrières et d’ouvriers, d’étudiantes et d’étudiants, de femmes, de personnes LGBT, racisées, etc. » a-t-il ajouté, invitant à participer à ce processus.

En conclusion, Daniela Cobet a souligné la volonté de la future organisation d’entrer en dialogue avec l’ensemble des traditions de l’extrême-gauche. Pour cela, comme au moment de la Conférence nationale, des comités se mettront en place à la rentrée pour préparer le Congrès et discuter du contenu des futurs textes fondateurs de l’organisation. Une perspective aussi importante qu’enthousiasmante.



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