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Politique

Université d’été de RP : un meeting enflammé pour préparer la rentrée

Dans une ambiance particulièrement combative et électrique, 500 personnes étaient réunies vendredi soir pour le meeting d’ouverture de l’université d’été de Révolution Permanente. Un événement réussi, placé sous le signe de l’internationalisme et de la solidarité de classe.

samedi 27 août

Sous un chapiteau bondé, près de 500 personnes étaient réunies vendredi soir dans les Alpes pour ouvrir l’université d’été de Révolution Permanente. L’occasion de préparer l’ensemble des militants à la nouvelle situation marquée par la réactualisation des tendances aux crises, guerres, révolutions, mais aussi de préparer à répondre à l’offensive patronale dès la rentrée. A la tribune, Elsa Marcel, avocate et militante à RP, Irene, étudiante, militante au Poing Levé et à RP, Anasse Kazib, cheminot, ex-candidat aux présidentielles et porte-parole de RP, mais aussi Giacomo et Tabéa, militants de La Voce delle Lotte et à Klasse gegen Klasse, organisations sœurs de Révolution Permanente en Italie et en Allemagne.

Une situation marquée par la réactualisation des crises, guerres, et révolutions

Pour lancer le meeting de rentrée, une salutation est prononcée en direction des camarades d’Argentine, de l’Etat espagnol, d’Italie, de Suisse, d’Allemagne, de Corée du Sud, d’Algérie ou encore des États-Unis venus participer à cette première université d’été de Révolution Permanente, ainsi qu’une adresse de soutien à Jean-Marc Rouillan, ex prisonnier politique toujours victime d’un acharnement répressif d’Etat, et à Laurent, militant à Sud Rail, licencié sous un prétexte fallacieux après avoir joué un rôle actif dans la grève de Transdev. De quoi inscrire cette rentrée militante sous les auspices de l’internationalisme et de la solidarité de classe.

Elsa Marcel, à la tribune, lance les hostilités. « On est fiers d’accueillir autant de monde, des travailleurs de nombreux secteurs, des étudiants, des lycéens, à l’issue de notre première année en tant qu’organisation indépendante. Plus que jamais, dans la séquence qui nous attend on aura besoin d’une organisation révolutionnaire capable de jouer un rôle dans la lutte des classes ».

Irène, étudiante, pose le cadre. « L’avenir qu’ils veulent nous imposer, c’est un avenir de misère, de chômage et de précarité. Un monde où l’inflation atteint des niveaux records, où on va devoir choisir entre manger le soir ou payer son essence pour aller travailler, un monde, où tous les étés la crise climatique s’aggrave, et avec elle les incendies et les sécheresses, un monde, enfin, où les tensions impérialistes s’intensifient, jusqu’à la guerre. Cela parce qu’il faut préserver les profits de quelques-uns, au détriment de la vie de tous les autres ».

Ainsi face à la catastrophe climatique, sociale et économique déjà là, l’orientation du gouvernement est claire : faire payer les travailleurs et les classes populaires. Gaétan Gracia, travailleur dans l’aéronautique, militant CGT et Révolution Permanente abonde en ce sens. « Macron a expliqué cette semaine que « la guerre tonne à nos portes » et qu’il allait falloir « payer le prix de notre liberté ». Quelques jours plus tard, il a usé du prétexte de la crise climatique et de la guerre en Ukraine, pour décréter la « fin de l’insouciance et de l’abondance ». Il est très clair qu’aucun d’entre nous n’a jamais connu ni l’insouciance, ni l’abondance, aussi le vrai sens de ces déclarations, est de nous rappeler, que ces crises qu’ils ont eux-mêmes créé, c’est à nous qu’il reviendra de les payer ».

Colère à la base : vers un retour de la lutte des classes à l’international ?

Si la crise économique touche de plein fouet les classes populaires, la situation de crise actuelle est particulièrement contradictoire et ouvre dores et déjà des réponses sur le terrain de la lutte de classe. A l’international, ces derniers mois, la grève et les luttes sont revenus sur le devant de la scène, parfois avec une vivacité nouvelle. Anasse Kazib, cheminot, porte-parole de Révolution Permanente et ex-candidat aux présidentielles, commente : « Si les Warren Buffet et autres grands bourgeois s’extasient à l’idée d’avoir remporté la guerre de classes, ils n’oublient pas que chacun de nos sursauts, chacune de nos mobilisations, nous permet de préparer une lutte d’une toute autre ampleur. Leurs sourires se transforment en bouffées d’angoisses, lorsqu’au Sri Lanka, des prolétaires se douchent et dorment dans la chambre d’un président démissionnaire. A l’inverse, chaque plongeon dans la piscine du président déchu, chaque sourire de nos camarades Sri Lankais est pour nous la source d’une grande fierté et une petite victoire dans cette guerre de classe. Et les années qui viennent de s’écouler, nous ont offert de grandes émotions, que ce soit aux côtés de nos camarades du Hirak en Algérie, des mobilisations au Mali pour dégager l’impérialisme français, à l’occasion des révoltes au Myanmar, au Soudan, au Chili, aux Etats-Unis après l’assassinat de George Floyd, ou encore en Palestine après les attaques de Sheikh Jarah et en France ces cinq dernières années. ».

Pour cause, ce ne sont pas les raisons de se mobiliser qui manquent. Ni la colère. Preuve en est, la vague de grèves historique qui touche actuellement l’Angleterre. « Je voudrais apporter toute notre solidarité, au nom de Révolution Permanente, aux grévistes du rail, de la Poste, des ports, d’Amazon, etc, qui nous rappellent, en dépit de leur désynchronisation par la stratégie des bureaucraties syndicales, et de leur écrasement par Thatcher il y a près de 40 ans, que la grève doit redevenir un outil central contre l’inflation. » avance Gaétan. Autre pays, même symptôme : « L’Allemagne donne souvent l’impression d’être un havre de paix sociale au cœur de l’impérialisme européen, et on regarde souvent en étant un peu jaloux les énormes grèves et les luttes qui ont lieu en France. Pourtant, dans l’année qui vient de s’écouler et en particulier dans les derniers mois, cette image de tranquillité sociale a été bien écornée. Les employés des hôpitaux de Berlin et de Rhénanie se sont mis en grève contre un système de santé en faillite, contre la sous-traitance et contre le fait de faire passer les profits avant les vies humaines ! Ce mercredi les travailleuses et travailleurs de la santé ont entamé une grève à Francfort. Nos camarades de la santé ont milité pour que le mouvement hospitalier à Berlin s’oppose au réarmement. Mais ces dernières semaines se sont les dockers qui se sont mis en grève, pour la première fois depuis 40 ans ! Leur mot d’ordre : « compenser l’inflation c’est le minimum » conclue Tabéa, venue d’Allemagne pour l’occasion.

L’urgence d’un plan de bataille et d’une réponse anti-impérialiste et internationaliste

La situation pourrait accoucher d’un cocktail explosif donc. Mais elle ne suffira pas, d’elle-même à inverser le rapport de force. « Malgré toutes les émotions et la rage que nous pouvons ressentir, nous savons que cela n’est pas suffisant, que la spontanéité et la radicalité ne suffisent pas à changer radicalement les choses. […] Ce qu’il manque, c’est un programme, une stratégie. C’est pour cela, que nous avons organisé cette UDT, pour forger nos esprits à lutter, à nous organiser, à nous préparer » introduit Anasse Kazib. Cela d’autant plus, que « l’ambiance de guerre se fait de plus en présente, et que le racisme, la xénophobie et la présence de l’extrême-droite se renforcent de jour en jour » abonde Gaétan.

Irène de poursuivre : « Ils veulent faire de nous des patriotes de l’impérialisme français, de cet impérialisme qui pille l’Algérie, qui envoie ses troupes contrôler l’Afrique et vend ses armes aux dictatures des quatre coins du monde, et qui, aujourd’hui nous chante le refrain de la guerre. On se doit de refuser cette mise au pas, nous sommes une jeunesse sans patrie, une jeunesse solidaire des jeunes du Sénégal qui s’attaquent aux multinationales de Bolloré, et qui contrairement à la gauche institutionnelle, n’a pas peur de dire haut et fort, Palestine vivra, Palestine vaincra ! ». « En Italie, il y a eu des mouvements importants contre les capitalistes et leurs guerres, des grèves de dockers contre le trafic d’armes avec un mot d’ordre que nous devons reproduire partout où nous le pouvons : « abaissons les armes, augmentons les salaires » conclue Giacomo.

Pour la rentrée sociale et politique, il va donc falloir être présents sur plusieurs fronts. Alors que les directions syndicales et la gauche institutionnelle se préparent, une fois de plus, à de nouvelles journées de mobilisation sans lendemain, l’arme au pied :« il nous faut rompre avec le routinisme de l’extrême gauche, les trahisons des directions syndicales et les organisations qui se transforment en clubs de discussions. Les défis qui sont face à nous sont immenses, c’est collectivement que nous saurons les dépasser » résume Anasse Kazib.

Face à nous, une bourgeoisie déterminée à nous faire payer ses crises se prépare au quotidien aux prochaines explosions sociales. « On va devoir s’organiser pour s’affronter à l’Etat capitaliste, à sa police, son armée et ses médias, se préparer quotidiennement dans un parti révolutionnaire des travailleurs, un parti sans illusion sur la gauche institutionnelle et qui défend un programme révolutionnaire » avance Irène. En d’autres termes, « la jeune génération militante doit s’approprier la pensée révolutionnaire, l’étudier avec sérieux. C’est à ce prix que nous pourrons insuffler à cette tradition toute l’énergie et la passion qui caractérise la jeunesse. C’est à ce prix que nous construirons une nouvelle tradition révolutionnaire en France et que nous finirons enfin par nous libérer de nos chaines. » conclue Gaétan.

Un programme ambitieux. Ce meeting de rentrée aura en tous cas illustré la réussite éclatante de la première université d’été de Révolution Permanente. Une réussite et un moment fort qui serviront de point d’appui à la constitution d’une nouvelle organisation révolutionnaire. Alors que de très nombreux jeunes, des camarades des quatre coins du globe, ainsi que de nombreuses délégations ouvrières auront fait résonner haut et fort les couleurs de l’internationalisme, le plus dur reste à venir : se préparer pour être à la hauteur des évènements de la lutte des classes qui ne tarderont pas à venir, pour -enfin- repartir à l’offensive.