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Jeunesse

Election des conseils centraux

Université de Paris : Le Poing Levé, une liste anticapitaliste dans une fac élitiste 

Le collectif étudiant le Poing Levé se présente aux élections des conseils centraux de l'Université de Paris qui auront lieu du 12 au 15 avril prochain. Entre une précarité grandissante et une offensive sécuritaire et islamophobe, la jeunesse est attaquée de toutes parts : c'est pour nous l'occasion de présenter un programme résolument anticapitaliste.

dimanche 14 mars

Crédit photo : O Phil des Contrastes

Qui sommes-nous ?

Le Poing Levé est un collectif étudiant présent dans trois universités parisiennes (Paris 1, Paris 8 et l’Université de Paris), à Toulouse, Montpellier et à Bordeaux. Ces collectifs sont à l’initiative des militant·e·s de Révolution Permanente au sein du Nouveau Parti Anticapitaliste. 

Étudiant·e·s sur la fac depuis plusieurs années, nous avons notamment milité contre la fusion, la réforme des retraites et la LPR (loi programmation de la recherche). Nous nous sommes battu·e·s contre la volonté de la présidence de faire passer un règlement intérieur liberticide qui avait pour objectif de rendre obligatoire la déclaration de toutes les réunions publiques en préfecture, en échange d’un récépissé. Nous avons participé à diffuser l’information, et avons organisé un rassemblement pour dénoncer le projet : la présidence a finalement reculé.

Afin de poursuivre le combat contre la précarité étudiante et les attaques anti-démocratiques à l’encontre de l’université, tout en les liant aux luttes de la jeunesse et des travailleur·se·s dans le reste de la société, nous avons lancé le Poing Levé sur l’Université de Paris en septembre. Alors que l’Université de Paris constitue la pointe avancée du projet néolibéral, excluant les précaires et les enfants d’ouvriers, nous nous présentons aux élections dans le but de porter une voix anticapitaliste.

De la précarité à l’offensive sécuritaire et islamophobe : la jeunesse attaquée de toutes parts

La crise ouverte par la pandémie mondiale n’a eu de cesse d’aggraver les conditions de précarité et de détresse dans lesquelles était déjà plongée une grande partie des étudiant·e·s. Isolé·e·s par l’enseignement en distanciel dans des logements exigus, vissé·e·s toute la journée derrière un écran, et toujours plus précarisé·e·s par une crise économique qui a fait perdre leur emploi à énormément d’entre eux, la situation des étudiant·e·s est aujourd’hui alarmante. Loin d’être une fatalité, elle est aggravée par la politique du gouvernement et la complicité des présidences d’universités. 

Devant la gravité de la situation, le gouvernement est resté muet pendant des mois, avant de prendre des mesures plus qu’insuffisantes, et inappliquées dans les faits. Parmi ces mesures fantômes on se rappelle de la promesse de Vidal qui assurait que les universités seraient entièrement réouvertes à la fin du mois dernier... Dans la même veine on retrouve la plateforme “1 jeune, 1 solution”, qui se contente en réalité de nous renvoyer vers des offres d’emploi déjà promues par Pôle Emploi. 

Nous n’avons rien à attendre de politiques qui ont abandonné l’université en n’apportant aucun moyen supplémentaire face à la crise, quand dans le même temps les grandes entreprises reçoivent des milliards d’aides publiques tout en continuant à licencier à tour de bras.

Face à cette situation, nous avons pu constater dans les facs une incapacité à faire émerger et à imposer des revendications fortes et des perspectives de mobilisations capables de faire reculer le gouvernement et les présidences d’universités. Ces dernières ont pu poursuivre dans leur logique de sélection des étudiant·e·s malgré les conditions actuelles qui ne permettent pas d’étudier sereinement, en maintenant des partiels coûte que coûte, et parfois même en présentiel.
L’Université de Paris s’est illustrée en la matière en convoquant des milliers d’étudiant·e·s de médecine pour réaliser des partiels sans réunir les conditions sanitaires suffisantes, au mépris de la situation psychique et matérielle des étudiant.e.s depuis des mois. D’autant que l’on sait que la sélection est la principale cause du malaise étudiant, à l’image d’une étudiante lyonnaise qui a tenté de mettre fin à ses jours après avoir reçu les résultats de ses concours.

Contre la détermination des directions d’université à faire le tri entre les étudiant·e·s, il est pourtant possible de les faire reculer, à l’image des étudiant·e·s de Paris 4 qui ont bloqué les partiels en présentiel, forçant la présidence à renoncer.

Et pendant que les étudiant·e·s font la queue par centaines pour recevoir l’aide alimentaire, le gouvernement rencontre des influenceurs et estime que le danger qui guetterait l’université serait celui de l’ « islamo-gauchisme » !

Tandis qu’à l’été dernier, les jeunes se sont mobilisé·e·s massivement contre les violences policières et le racisme d’Etat, la réponse du gouvernement a été de poursuivre sa politique réactionnaire en faisant passer des lois liberticides et racistes comme la loi sécurité globale et la loi islamophobe sur le séparatisme.

Ces mesures visaient aussi la jeunesse étudiante, comme en témoigne la tentative de criminaliser les mobilisations étudiantes par l’article 38 de la loi LPR (depuis censuré par le conseil constitutionnel). Mais une nouvelle fois, nous avons répondu présent·e·s pour dire non à cette offensive autoritaire, en nous rassemblant massivement dès le mois de novembre.
Tandis que le gouvernement récidive en lançant une chasse aux sorcières contre les sciences sociales, il est plus qu’urgent de lui répondre dans la rue. 

Pourquoi voter le Poing Levé aux élections étudiantes  ? 

Issue de la fusion entre Paris Descartes, Paris Diderot et l’Institut de physique du Globe de Paris, l’Université de Paris représente la pointe avancée de la destruction de l’enseignement supérieur menée au cours des dernières années. 

En plus d’échouer à préparer l’accueil des étudiant·e·s lors d’une rentrée chaotique en septembre, la fusion risque d’entraîner des suppressions de filières , des réductions de postes, et la criminalisation des luttes étudiantes, au sein d’instances marquées par une dimension anti-démocratique jamais vue dans les facs françaises. En cela, la politique de l’Université de Paris fait écho à celle néolibérale et réactionnaire menée par le gouvernement. 

Pour tous ceux et toutes celles qui se reconnaissent dans la lutte contre le chômage et la précarité, pour les droits démocratiques et contre le racisme d’État, nous disons que, si ces combats se mènent à l’échelle de l’ensemble de la société, il s’organisent aussi sur nos lieux d’études, dans l’université, qui doit être mise au service de l’émancipation de la majorité. C’est pour cela que nous nous présentons aux élections.

Nous n’avons pas l’illusion de pouvoir changer les fondements de l’université dans le cadre de conseils qui sont des instances anti-démocratiques, notamment à l’Université de Paris. 

Au Conseil d’Administration, les étudiant·e·s représentent seulement 3 des 28 personnes qui y siègent pour plus de 60 000 étudiant·e·s, quand il y a le plus souvent 5 ou 6 élu·e·s pour 30 000 étudiant·e·s pour les autres facs parisiennes. L’Université de Paris marque un saut supplémentaire dans ce qui est déjà profondément anti-démocratique ailleurs.

Sur les 28 membres qui siègent au CA, on en trouve 12 qui ne sont pas élus au sein de la communauté universitaire, avec 4 membres de droits et 8 personnalités extérieures, parmi lesquels des PDG d’entreprises du CAC 40 et des dirigeants des instances de santé, les mêmes qui nous ont mené dans le mur pour lutter contre le coronavirus. 

On retrouve parmi les membres de droit Martin Hirsch directeur de l’Assistance Publique - Hôpitaux de Paris, responsable de la destruction de l’hôpital public, des coupes budgétaires, des fermetures de lits, du manque de moyens qui ont poussé les soignant·e·s à bout, les mêmes qui se mobilisaient dès 2019 pour dénoncer leurs conditions de travail. 

Malgré les prétentions « apolitiques » de certaines syndicats étudiants, soutenir ce Conseil d’Administration c’est soutenir la politique néolibérale du gouvernement, et notamment sa gestion de l’hôpital public. Ces syndicats qui ont soutenu la fusion, ses instances anti-démocratiques, et sa logique élitiste excluante pour les étudiant·e·s les plus précaires, ne peuvent affirmer représenter les étudiant·e·s. 

Dès lors, voter pour le Poing Levé aux élections c’est montrer sa rupture avec ce système capitaliste et ce gouvernement néo-libéral, contre les présidences d’universités qui participent à la destruction de l’enseignement supérieur.

Si cette opposition se construira dans la rue, par la mobilisation, et non pas dans le cadre de conseils conçus pour restreindre la parole des étudiant·e·s, nous pensons tout de même qu’il est important d’y avoir des élu.e.s pour rapporter à l’ensemble des étudiant·e·s les informations qui y sont discutées dans l’opacité la plus totale. A l’heure où le gouvernement multiplie les annonces mensongères quant à la réouverture des facs ou aux moyens mis à disposition, il faut qu’il y ait des élu·e·s capables de dénoncer ce qu’il se passe réellement dans les universités.
Cette position d’élu·e nous a permis d’appuyer les mobilisations, dans les autres facs où nous nous trouvons. Par exemple à Paris 1, nous nous sommes battu·e·s pour obtenir la validation automatique au moment du premier confinement, forçant l’université, à contourner une décision du CA , et en allant jusque sur le terrain judiciaire, dévoilant ainsi sa nature autoritaire. 

Au Poing Levé nous pensons qu’il est important d’avoir des élu·e·s pour rapporter à l’ensemble des étudiant·e·s ce qui est discuté dans une opacité totale mais également pour faire entendre des revendications dont l’issue se trouve dans les mobilisations.

Pour une université capable d’accueillir tout le monde malgré la pandémie

Dans un contexte où l’épidémie persiste, l’université est toujours incapable d’accueillir tout le monde, faute de moyens. Un an après l’apparition du covid, les étudiant·e·s en sont encore réduit·e·s à l’alternative entre suivre les cours depuis chez eux, en dépit de leurs conditions de vie et d’études, et revenir en présentiel dans des amphis bondés, laissant circuler le virus librement. Pour que l’université reste ouverte, nous exigeons l’ouverture d’un centre de dépistage gratuit et permanent, des distributions gratuites de masques et surtout des moyens et des embauches massives de personnel pour désengorger les salles sans exclure les étudiant·e·s. 

Pour une université féministe, antiraciste , et anti-impérialiste

Puisque les oppressions ne s’arrêtent pas à la porte des universités, nous défendons un féminisme lutte des classes, anti-raciste, anti-impérialiste et révolutionnaire, contre l’instrumentalisation du féminisme à des fins racistes ! Trop couvertes ou pas assez, c’est aux femmes de décider. Nous revendiquons un accès gratuit, universel et visible aux moyens de contraception et aux protections menstruelles. Nous exigeons aussi qu’une crèche soit installée à l’université. 

Alors que l’omerta se lève et que nous étions plusieurs milliers à manifester le 6 mars contre les violences sexistes et sexuelles dans l’enseignement supérieur nous pensons que pour statuer sur ces affaires de violences sexuelles et sexistes qui ont lieu au sein de l’université ou en dehors, il faut revendiquer la création d’une commission de médiation des étudiant·e·s, enseignant·e·s et personnel, basée sur l’auto-organisation.

Les étudiant·e·s étranger·e·s, qui viennent principalement des pays anciennement colonisés et toujours pillés par la France, ne doivent rien à l’État. Ils et elles doivent pouvoir étudier gratuitement et nous exigeons la régularisation immédiate de tous les sans-papiers, ainsi que la réquisition de tous les logements vides afin que les étudiant·e·s étranger·e·s et nationaux·ales puissent se loger dignement.

Pour une université au service de la majorité, gratuite et ouverte à toutes et tous

Contre toutes les réformes sélectives et les logiques de privatisation de l’enseignement supérieur, nous défendons fermement et par tous les moyens l’abandon de toutes les mesures sélectives et la gratuité totale et pour toutes et tous de l’université. Nous revendiquons également l’aménagement des cours pour que les étudiant·e·s salarié·e·s, qu’ils·elles aient ou non un contrat, l’augmentation des aides sociales à destination de la jeunesse, ainsi qu’un revenu étudiant à hauteur du SMIC pour tou·te·s, de sorte que les jeunes les plus précaires puissent étudier dans des conditions dignes, et cessent d’être poussé·e·s vers la sortie de leurs cursus. Rappelons qu’en 2020 en pleine pandémie, les milliardaires français ont connu une hausse de 20 % de leur patrimoine. Ces mesures doivent donc être financées par un impôt fortement progressif sur les grandes fortunes, car ce n’est pas aux jeunes de payer leur crise...

Par ailleurs, nous estimons que les personnalités extérieures liées au patronat n’ont rien à faire dans les conseils de l’université. L’université doit être mise au service de la majorité, et la recherche doit être mise au service de la résolution des grands problèmes auxquels fait face l’humanité, comme la crise écologique. 

Soumettre l’université aux intérêts privés comme le font les différents gouvernements successifs depuis des années a bien montré ses conséquences : en 2004 par exemple, un projet de recherche sur le coronavirus a été stoppé sous prétexte qu’il n’était pas rentable.

Dans les universités, sur nos lieux de travail, un bras de fer va s’engager dont l’issue déterminera ceux qui vont payer la crise. Alors que la jeunesse est et va continuer à être un des secteurs les plus touchés par la crise, nous aspirons à organiser la fraction combative de cette jeunesse et à diffuser les idées révolutionnaires à l’université. En ce sens, nous invitons tou·te·s les étudiant·e·s qui le veulent à nous rejoindre, à militer avec nous, et à voter pour Le Poing Levé les 12, 13, et 14 avril  !

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