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Jeunesse

Rentrée catastrophe

Universités de Bordeaux. Face à la multiplication des clusters, pour un plan sanitaire et des moyens à la hauteur

En pleine reprise de l'épidémie, les Universités sont aujourd'hui pointées comme des nid à clusters. A Bordeaux, l'association Onzième Thèse porte un programme contre la fermeture et la sélection sociale qui irait avec, symptôme du manque structurel de moyens dans l'enseignement.

mercredi 30 septembre

La rentrée universitaire 2020 n’a rien d’ordinaire, en pleine pandémie l’angoisse et l’incertitude plane sur les étudiants et le personnel universitaire quant à l’évolution de l’épidémie et le déroulement de l’année universitaire. Le virus circule activement à l’université qui avec l’école représente 32% des 899 clusters identifiés au 24 septembre d’après le dernier bulletin hebdomadaire de l’agence publique santé France passant en cela devant les entreprises (195), les établissements de santé (95) et les événements public ou privé (77). Bien plus que le nombre, c’est la vitesse de diffusion qui est impressionnante, au 10 septembre les écoles et universités comptaient 26 clusters identifiés, ce chiffre a augmenté à 160 au 17 septembre (22% des clusters) et culmine maintenant à 285 clusters, soit une augmentation de plus de 1000% en 14 jours. Il y a peu doute maintenant, l’université est un vecteur de contamination accrue et la rentrée du mois de septembre est un facteur indéniable du rebond épidémique.

A qui la faute ? Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur, et derrière elle le gouvernement et les présidences d’universités, qui tapent eux sur l’irresponsabilité individuelle des étudiants en pointant du doigts les évènements privés tels que les sorties en bars et les soirées étudiantes.

Sans moyens pour faire face au covid, les universités comptent profiter de la crise pour purger les étudiants précaires

Cependant la rhétorique du gouvernement est mal huilée. Les étudiants se retrouvent dans des amphithéâtres bondés, qui révèlent l’absence de plan sanitaire pour une reprise universitaire dans de bonnes conditions. D’une part aucune stratégie efficace pour faire barrage au virus n’a été anticipée. Mais d’une autre, l’absence aujourd’hui de mesures sanitaires correspond à un manque criant de moyens pour les services publics, et pour que l’université puisse accueillir dans de bonnes conditions l’ensemble des jeunes souhaitant la rejoindre. Les services publics, dont les facs, subissent des coupes budgétaires depuis des décennies, appliquées par l’ensemble des gouvernements successifs, comme récemment l’a incarné la LPPR pour l’enseignement supérieur. Alors que chaque année le nombre d’étudiants augmente, nous avons besoin de plus de structures et places, de plus d’enseignants et de plus de personnels. En effet l’Université publique n’a pas les capacités d’accueillir les 35 000 nouveaux bacheliers, faute de moyens coupés par les gouvernements successifs. Les attaques contre les services publics à coups de coupes budgétaires sont plus fortes encore pendant une période de crise économique, et approfondissent d’une façon brutale les inégalités sociales.

Aussi le gouvernement qui envoie les étudiants au centre de clusters s’inscrit dans une politique plus fine de sélection sociale. Il est clair que les universités auront comme unique solution de fermer leurs portes s’il n’y a aucune mesure sanitaire sérieuse de prise permettant le développement des clusters comme c’est déjà le cas d’établissements à Paris, Rennes, Reims, Toulouse… Or ces fermetures se feront encore une fois au détriment des étudiants précaires, comme ce fut le cas lors du premier confinement. En effet, lorsque la fermeture des facs a été annoncée le 16 mars dernier, très vite l’acharnement à la continuité pédagogique n’a fait qu’accroître les inégalités. D’une part les conditions matérielles pour suivre les cours ne sont pas les mêmes, mais au-delà de la vie universitaire les conditions de vies des étudiants les plus précaires ont contraint bon nombre d’entre eux à renoncer à leurs parcours universitaires, d’une manière plus brutale encore en pleine crise économique.

Parmi les 50% d’étudiants déjà obligés de travailler pour se permettre de suivre un parcours universitaire, certains ont été obligés par leur contrat flexible de travailler jusqu’à 40h par semaine, ce qui ne leur permettait pas de pouvoir suivre les cours. D’un autre côté, la plupart, employse par des contrats précaires, intérimaires, voire pas déclarés, ont perdu toute forme de revenu du jour au lendemain, ce qui a entraîné des conditions de sur-vie aux conséquences physiques et psychologiques rendant le suivi de la continuité pédagogique d’autant plus difficile. Ces états de détresse liés aux conditions de vies pour des conditions d’études intenables, ont concerné les milliers d’étudiants qui se sont retrouvés dans un 9m carrés pendant 2 mois, ou qui ne pouvaient plus remplir leur frigo ni payer leur loyer.

Aujourd’hui en menaçant les étudiants de fermer les portes des universités si aucun plan sanitaire sérieux est mis en place, faute de moyens à l’université, les directions d’universités veulent, à l’image du gouvernement, profiter de la crise pour serrer la vis de la sélection sociale sans passer par des réformes structurelles qui pourraient mettre le feu aux poudre.

De même, ces fermetures s’inscrivent dans la vague de licenciements qu’implique la crise économique, aujourd’hui le patronat main dans la main avec le gouvernement, veut faire payer la facture de la crise aux travailleurs, à la jeunesse et aux franges populaires. Sur les campus, les travailleurs du CROUS et de l’université sont directement impactés : ils en paient les conséquences du fait de leurs CDD multipliés qui sont suspendus en cas de fermeture. Une travailleuse du CROUS nous témoignait que son contrat était renouvelé toutes les 6 semaines, en cas de fermeture le CROUS compte faire des économies sur ces employés précaires qui se retrouveront sans revenu.

Si le ministère de l’enseignement supérieur préfère responsabiliser individuellement les jeunes du retour en flèche de l’épidémie, cacher son plan devant un appel à la responsabilité individuelle, les étudiants, enseignants et personnels doivent eux même prendre la mesure de la situation en pensant ensemble comment réorganiser la fac. Défendre l’université publique ouverte à toutes et à tous c’est combattre la sélection sociale qui se prépare et s’organiser pour un plan sanitaire à la hauteur et contre la fermeture des universités comme seule alternative face à l’épidémie.

Face à une situation exceptionnelle, militer pour une année exceptionnelle : remettre en cause la sélection sociale

Pour toute les raisons évoquées nous refusons que les universités ferment et que toute forme de distanciel soit généralisée. Nous ne voulons pas non plus d’un modèle kamikaze en tout présentiel sans plan sanitaire à la hauteur qui mette en danger la santé des usagers de l’université et de leurs familles. Pour nous ce n’est pas non plus un bricolage hybride entre les deux qui ne fera que préserver voire accentuer la sélection et la compétition entre les étudiants, le tout dans un flou généralisant l’angoisse, la pression et les inquiétudes.

En ce sens, car dans ce contexte les conditions d’études ne pourront pas être normales, nous exigeons d’une part des mesures sanitaires élémentaires :
une distribution de masque gratuite en quantité suffisante, du gel hydroalcoolique, mais aussi des tests massifs avec une réelle stratégie afin de contrôler l’épidémie.

Ensuite une transparence totale des cas Covid qui doit permettre une organisation collective des étudiants et travailleurs de l’université face à l’épidémie : il est inacceptable et totalement anti-démocratique que dans un contexte de crise sanitaire et économique d’ampleur les directions des universités prennent des décisions en catimini.

De la même manière pour répondre à la problématique du format d’enseignement afin de le garantir en présentiel les programmes doivent être allégés, comme l’ont voté des enseignants en AG du département d’histoire à l’UBM de diviser par deux la charge du programme de l’année, et adaptés aux nécessités de la crise économique et sanitaire. Pour que l’université ne soit pas une pression supplémentaire pour les étudiants travailleurs et précaires qui voient leurs conditions de travail se précariser encore plus, exigeons la levée du contrôle d’assiduité et des sanctions administratives ou pédagogiques.

Bien plus que des revendications sanitaires, pour nous l’université doit être un lieu de réflexion et d’organisation en lien direct avec les crises multiples que nous connaissons. Il est important de noter que fermer l’université a également un autre intérêt pour le gouvernement, cela empêche toutes formes d’organisations et/ou de remise en cause de la politique du gouvernement, pouvant devenir les théâtres des futures explosions sociales.

Pour cause, nous vivons une période de profond chamboulement : une pandémie jamais vue, une séquence de lutte des classes en France quasiment ininterrompue depuis 2016,et qui se poursuit avec tout le mouvement contre le racisme systémique et les violences policières démontrant la détermination d’une nouvelle génération politique, jeune et ouvrière, qui pourrait s’incarner dans la bataille contre les offensives capitalistes de plus en plus brutales en période de crise. Dans ce contexte, il y a urgence à ce que l’Université s’adapte avec des moyens à la hauteur face aux menaces de clusters mais qui demande à davantage de financements de manière structurelle. Mais pour imposer ce plan, il va falloir imposer un rapport de forces, et c’est ce que nous proposons de faire avec Onzième Thèse à partir de la pétition que nous avons lancée, pour poser la discussion à une large échelle et nous mettre en ordre de bataille pour exiger nos demandes.

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Crédit illustration : Olivier Bonhomme




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