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Jeunesse

Sois jeune et tais toi

Universités sous contrôle, police dans les lycées, le gouvernement cherche à bâilloner la jeunesse

Ce jeudi, Paris 8 était encore fermé administrativement, pendant qu’à Paris 1 depuis mardi, des étudiants fichés par l'administration pour s'être mobilisés, sont empêchés d’entrer dans leur centre d’étude, et qu’en début de semaine des lycéens devaient passer leurs E3C escortés par la police. De fait, alors que dans la jeunesse certains étudiants et lycéens se posent la question de rejoindre le mouvement de grève qui a commencé depuis le 5 décembre et de se battre contre les lois de sélection qu’ils subissent, s’ajoute à la pression scolaire une répression accrue pour les dissuader de se mobiliser et contenir tout départ de feu chez les jeunes.

vendredi 28 février

A Thionville, devant le lycée Hélène-Boucher, en décembre 2018. (photo Le Républicain Lorrain/Pierre Heckler)

Après un mois et demi de grève contre la réforme des retraites et alors que les contradictions du système scolaire sont de plus en plus marquées par les réformes néolibérales, d’abord la loi ORE qui a introduit la sélection à l’Université, puis la réforme du Bac qui renforce les inégalités entre lycéens, et la LPPR qui vise à précariser et privatiser l’Enseignement supérieur, une partie de la jeunesse scolarisée cherche à se mobiliser. Mais il semble que le gouvernement, à travers l’administration des lycées et des universités, est prêt à tout pour lui faire peur et la cadenasser.

Des méthodes répressives qui tendent à se normaliser et à s’institutionnaliser, avec des modifications de règlement dans certaines facultés ou la mise en place de mesures illégales dans la plus grande décomplexion. Interdiction d’entrer dans les lieux d’études comme à Tolbiac, fermetures administratives les jours de mobilisation, refus du droit de réunion et présence policière permanente devant certains établissements, tout est fait pour faire taire la colère d’une partie de la jeunesse. Allant de la garde à vue au contrôle permanent, la répression est de mise sur les centres d’étude et il est de plus en plus difficile pour lycéens et étudiants de s’organiser pour exprimer leur contestation. Une politique de la terreur scandaleuse qu’il s’agirait de combattre.

Renforcement du contrôle des universités et entraves au droit de réunion

Dans les Universités comme dans les lycées, l’administration fait tout pour empêcher les étudiants et lycéens de s’organiser. Ainsi, dans un certain nombre de lycées les demandes de salle pour des Assemblées générales sont refusées et tout est fait pour empêcher la diffusion d’information sur les nouvelles réformes, notamment sous l’appui de la « neutralité » imposée aux professeurs. Alors que la mobilisation contre les E3C, nouvelles épreuves du bac Blanquer, s’intensifie de nombreux lycéens se sont retrouvés convoqués en conseil de discipline, comme à Charlemagne ou Hélène Boucher, pour avoir par exemple bloqué leurs lycées pour protester. C’est la même chose côté étudiants où les menaces de disciplinaires fusent et où certains étudiants sont même attaqués par la présidence de leurs Universités en Justice, comme à Nanterre.

L’autoritarisme des présidents d’Universités et de centres ne semble plus avoir de limites, comme à Paris 1 où le centre Tolbiac a été fermé deux mois pour empêcher les étudiants de rejoindre le mouvement de grève contre la réforme des retraites. Une politique de lock out généralisée sous le prétexte de la grève des transports mais qui visait en réalité à empêcher que les facultés qui ont souvent été le centre d’importantes mobilisations deviennent un des cœurs névralgiques du mouvement contre Macron et son monde entamé le 5 décembre à la RATP et la SNCF. Paris 8, Nanterre, Tolbiac mais aussi Le Mirail ont été fermées administrativement parfois avant même le début de la grève pour empêcher toute jonction dans la jeunesse.

Mais les mesures prises vont bien plus loin et tendent à être inscrites dans la norme, alors que l’administration des universités fait en sorte de les légaliser. Ainsi à Paris 7, prochaine Université de Paris, le nouveau règlement, dont certaines parties ont fuitées, pourrait d’ailleurs prévoir des mesures ultra restrictives pour le droit de réunion : les délais pour obtenir une salle seront augmentés (10 semaines), les réunions proposées devront être validées par la présidence et surtout à la préfecture avec l’obligation pour les organisateurs « d’assurer l’ordre ». Cette gestion permettra à la Présidence d’exercer un contrôle drastique sur les réunions qui pourront se tenir et de réduire la possibilité des étudiants de s’organiser politiquement. Un règlement qui, s’il passe tel quel, serait clairement liberticide et voué à réduire drastique la possibilité pour les étudiants mobilisés de se réunir au sein de leurs centres universitaires.

A Paris 1, au centre de Tobliac, certains étudiants identifiés pour leur rôle dans la mobilisation ont été empêchés d’entrer dans leur université, fichés et discriminés pour leurs opinions politiques, certains n’ayant même pas été autoriser à passer leurs partiels. Une mesure qui aurait persisté en toute illégalité car les étudiants n’avaient pas été notifié de cette interdiction, si étudiants et professeurs mobilisés ne l’avaient pas dénoncée, en interpellant la présidence de l’université lors du Conseil d’Administration. Mais la répression continue alors que le directeur du centre a réduit les horaires d’ouverture pour empêcher toute réunion après 19h, heure de fin des partiels qui se tiennent en ce moment.

Pour résumer, comme l’expliquait Nathan, militant réprimé : « Le climat répressif dans nos universités semble se généraliser. En 2018, par exemple, l’université du Mirail, à Toulouse, avait connu le même type de répression. Il est aujourd’hui prouvé que des hauts responsables de l’université avaient établi une liste noire des personnels grévistes pour restreindre leur accès à certaines salles du campus. Le fichage des militants est une scandaleuse atteinte au droit de grève. »

« Police partout, justice nulle part »

Dans les lycées comme dans les universités c’est aussi la police qui a été appelée au secours pour maintenir l’ordre. Une présence policière généralisée sur les lycées les matins d’E3C et qui escorte les lycéens vers leurs épreuves pour forcer leur passage alors qu’elles ont suscité une large contestation et dû être reportées dans de nombreux lycées à cause des blocages et des perturbations. Blanquer ne tient ainsi sa réforme que par une politique de la terreur sur les lycéens. Gardes à vues, lacrymogène, et même nouvelles brigades : les EMS - équipes mobiles de sécurité du Rectorat, tout est bon pour brimer la mobilisation étudiante. De fait, alors que les épreuves reportées devaient avoir lieu en début de semaine pour la zone C, la répression a continué.

Au lycée Hélène Boucher à Paris,la police est même rentrée cagoulée à l’intérieur du lycées pour permettre la tenue des épreuves alors bloquées. La répression policière et administrative des étudiants et lycéens traduit la crainte du gouvernement de voir la jeunesse se soulever massivement et donner un second souffle au mouvement débuté le 5 décembre, la SNCF et la RATP en tête. Dès lors, il s’agit d’étouffer tout embryon de mouvement étudiant ou lycéen, d’intimider et de faire peur aux noyaux mobilisés pour faire un exemple. Comme à Maurice Ravel où Berthelot à Paris où des lycéens ont été mis en garde à vue, parfois pour plus de 24H. Ou encore au lycée Thiers à Marseille. Une enseignante expliquait ainsi pour Révolution Permanente : « ils ont fini par entrer passer leurs épreuves encadrées par les gendarmes, humiliés », évoquant ses élèves obligés de passer les E3C dans des conditions déplorables et sous la surveillance de la police, présente devant leur lycée pour les dissuader de toute rébellion contre le monde d’injustices et d’inégalités sociales que leur promet le gouvernement Macron.

Et dans les facs aussi, les étudiants ne sont pas non plus en reste. La police y est aussi de plus en plus souvent appelée pour faire cesser toutes les tentatives de mobilisations. A Tolbiac, la police avait ainsi nassé -> https://www.revolutionpermanente.fr/Tolbiac-la-police-nasse-les-etudiants-pour-empecher-une-manifestation-contre-la-precarite] les étudiants dans l’enceinte de la faculté ou gazé ces derniers devant le centre. Idem à Lyon où les blocages de l’université qui ont suivi la tentative d’immolation de leur camarade Anas, ont été violemment réprimés par la police.

Construire la riposte contre un gouvernement et un système qui n’a plus que sa police pour se défendre

Ces dernières semaines, de nombreux lycéens ont montré leur détermination à se battre en première ligne contre la sélection et l’individualisation que leur offre ce nouveau bac Blanquer et affirmé leur colère face à une société oppressive. Côté étudiant, beaucoup s’interrogent sur le sens de l’avenir qu’on leur promet, entre crise climatique, crise sociale, oppressions sexiste et raciste. Toutefois, la pression pour « réussir » ses examens, combinée au recul de la grève dans les secteurs stratégiques de la RATP-SNCF dû à l’incapacité des directions syndicales de proposer un plan de bataille pour sortir de l’isolement dans lequel le gouvernement a voulu les enfermer, empêche de penser à court-terme une alliance de poids avec le monde du travail, seule perspective pour obtenir le retrait de la réforme des retraites, condition préalable à toute conquête sociale dans la situation actuelle. Cependant, la répression avec laquelle le gouvernement a tenu face aux Gilets jaune, puis face aux grévistes sur les piquets, et qu’il déploie aujourd’hui contre les lycéens et les étudiants, peut exacerber le sentiment anti-autoritaire chez les jeunes à l’approche d’un 5 mars marqué par l’appel à la grève dans les universités, qui pourraient entraîner avec eux le mouvement ouvrier.

On se souvient de la jonction étudiants-travailleurs lors des mouvements massifs de 1968 contre une société qui ne correspondait plus aux aspirations de liberté des étudiants et qui ne semblaient plus pouvoir leur offrir de perspective ou encore de la déferlante au moment du CPE. Aujourd’hui, les lycéens ont montré leur désir d’un autre monde comme l’expliquait Noa, lycéenne, par exemple « il faut que ça bouge et que la grève ne s’arrête pas, pour continuer de se battre, parce que l’avenir qu’ils nous réservent ne vaut rien et manifester changera plus que trois heures ratées au lycée ». Ou encore Oscar qui se révolte parce que [« la police se militarise », « qu’on vit dans une France qui resserre l’étau sur le peuple », et que la voix du « peuple » est « étouffée ». Des lycéens qui ont pour certains la rage face à la destruction de la planète, les inégalités ou les oppressions et qui l’ont montré en se mobilisant massivement pour le climat et contre les violences faites aux femmes.

Côté étudiant, même si la mobilisation semble avoir du mal à partir, il reste que l’angoisse de l’avenir qui s’exprime aujourd’hui par la pression scolaire et une forte illusion méritocratique pourrait se transformer en une rage contre une société qui ne leur offre que la précarité. De fait, face à des mesures de plus en plus sélectives et à une réponse seulement répressive, ils pourraient bien se réveiller notamment pour combattre une société des plus autoritaires et qui semble n’avoir rien à leur offrir. Une mise en mouvement dont le gouvernement a bien peur, lui qui a du déjà survivre à la colère des gilets jaunes et à la grève débuté le 5 décembre dernier, la plus longue depuis 1986.

Aujourd’hui, la jeunesse à tout l’espace de revendiquer une autre société et dans un premier temps de refuser d’être mise au pas comme le voudrait le gouvernement lui qui n’a investit que dans une chose : le Service National Universel et la police pour faire taire toute contestation. Des mesures autoritaires contre lesquels nous devons faire front unique car elles n’ont qu’un but : bâillonner la jeunesse.




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