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VIDEO. Anasse Kazib : « 2022 ? Notre combat c’est de lutter dès aujourd’hui contre la vague de licenciements »

Ce mardi, le plateau du Média accueillait Anasse Kazib ainsi que Danielle Simonnet, conseillère de Paris pour la France Insoumise, pour un débat sur les différentes stratégies qui animent la gauche et l’extrême-gauche entre stratégie institutionnelle et lutte des classes. Retour sur l’émission avec des extraits des interventions d’Anasse Kazib.

mercredi 13 janvier

Retrouvez l’émission complète sur Le Media

900.000 chômeurs dans une période de 8 à 9 mois, 500 PSE engagés : “La situation est anormalement calme” écrit un patron du MEDEF. C’est de cette crainte exprimée de manière lucide par le patronat que part Anasse Kazib pour décrire la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui. En pleine crise sanitaire qui a accéléré le processus de crise économique, le cheminot et militant du NPA-Révolution Permanente, revient sur le cycle de lutte des classes qui s’est ouvert à l’échelle internationale. En France le mouvement des Gilets Jaunes et le mouvement contre la réforme des retraites, sont le signe de cette nouvelle séquence. 

Après la crise de 2008, plusieurs conflits ont marqué les esprits : “Rappelle-toi ce qu’on a connu dans la période après 2008, avec Continental, Goodyear, ou encore, un peu plus récemment les GM&S avec leur bonbonne de gaz, les menaces de faire exploser les usines, les séquestrations de patrons, les chemises arrachées, ça c’était il y a pas très longtemps ! Aujourd’hui il y a des plans sociaux, mais par centaines !”. 

Anasse revient sur la situation actuelle et la crise économique qui menace de chômage et de misère des dizaines de milliers voire des millions de personnes. Alors que 500 PSE sont déjà engagés, pour Anasse, il faut finir avec la stratégie de journées saute-moutons, et sortir de l’atonie dans laquelle est pour l’instant enfermé le mouvement ouvrier, pour imposer un véritable rapport de force : “Pour lutter contre le patronat, il faut s’organiser dès maintenant, on a besoin de se mettre en ordre de bataille, de construire le rapport de forces le plus large possible ! Moi j’hallucine quand je vois qu’il y a 500 plans sociaux, et qu’il y a un silence assourdissant, une atonie, de l’ensemble du mouvement ouvrier. Alors c’est très bien, il va y avoir une journée de mobilisation le 23 janvier, mais ça reste éparpillé, il y a une autre journée le 26 pour les profs… On continue la stratégie de la défaite, c’est-à-dire les journées saute-mouton etc, je te fais 24h de grève par ci par là, alors qu’il y a des gens se sont retrouvés au chômage, se sont retrouvés sous le seuil de pauvreté, et qu’il y a une nécessité de leur donner une perspective qui soit une perspective de lutte. Si on lutte pas dans la crise, quand est-ce qu’on lutte ?

Lutte des classes ou espoir dans la révolution des urnes ?

En débat avec Danielle Simonnet, conseillère de Paris pour la France Insoumise, Anasse revient sur les désaccords qui existent au sein de la gauche et l’extrême gauche, et notamment sur l’articulation entre la lutte des classes et le rôle de la tactique électorale. Il prend l’exemple de l’expérience de la grève historique des travailleurs des transports l’an dernier, que Jean-Luc Mélenchon a soutenu en déclarant qu’il était dommage que la mobilisation ne soit pas un samedi pour pouvoir éviter de perdre du pognon et il revient sur son engagement l’hiver dernier : “Moi je gagne 1600€, avec ma femme on a fait 60 jours de grève, j’ai deux gamins. On a fait 60 jours de grève jusqu’au bout. Et avec l’ensemble de mes camarades, on a sacrifié, on est prêts à faire des sacrifices énormes pour gagner. On est prêts à lutter, du matin au soir, on a multiplié les piquets, les manifestations ; et c’est pour ça qu’on considère que la lutte des classes elle est centrale pour pouvoir les faire reculer”. 

Avant qu’une révolution arrive, elle est perçue comme impossible ; après cela, elle est considérée comme inévitable” : ce sont les mots de Rosa Luxembourg, que reprend Anasse sur le plateau, pour poser la question : “Qui aurait cru une seule seconde, que des milliers de gens, sur une question de goutte d’essence, pour une question de taxe sur le carburant, allaient se retrouver à envahir l’arc de Triomphe et à tagger “Les Gilets Jaunes triompheront” ? Qui aurait pu penser une seule seconde que des travailleurs de la RATP, de la SNCF allaient partir en grève pendant 60 jours ? Qui aurait cru qu’un ballet de l’opéra allait partir en grève reconductible ? C’est-à-dire qu’on voit aujourd’hui qu’il y a un vent de fraîcheur, de lutte, de combativité qui revient.

Pour le militant marxiste, une période de crise économique, les tensions géopolitiques et la lutte des classes sont le pactole explosif pour l’explosion de processus révolutionnaires. L’exemple de la crise de 29, entre la première et la seconde guerre mondiale, a ouvert un certain nombre de situations révolutionnaires, parfois victorieuses, parfois avortées, comme la révolution Russe, chinoise, allemande, … : “Jamais personne ne fait une révolution dans la plénitude !

Alors que le processus de restauration bourgeoise à partir des années 90 a été le synonyme de l’essor du néo-libéralisme, avec une idéologie dominante incarnée par la fameuse phrase de Thatcher qui déclarait “There is no alternative” ou encore Fukuyama qui écrivait “C’est la fin de l’histoire” avec la chute du mur de Berlin et de l’URSS, toute idée de mobilisation ouvrière a été balayé sous le tapis. Mais comme le note Anasse dans l’émission, la crise de 2008, et avec elle les processus de luttes des classes et les différents mouvements qui se sont enclenchés depuis les Printemps Arabes, ont mis fin à cette idée, celle qu’il n’y a pas d’alternative. Aujourd’hui, nous sommes face à une crise organique, que théorise Antonio Gramsci, un révolutionnaire italien, comme une crise qui se combine sur le plan économique, politique et sur le terrain de la lutte des classes, ouverte notamment par les conséquences de la crise de 2008.

Dans ce contexte, pour les révolutionnaires, pour faire reculer le patronat- qui attaque avec le gouvernement, le monde du travail, la jeunesse et les secteurs populaires la seule réponse est celle de la lutte des classes. Car la crise de 2008, grâce à l’interventionnisme de l’État, s’est traduite en une crise rampante, évitant les scénarios type crise des années 30. Mais aujourd’hui, la crise sanitaire a accéléré le processus de crise économique, et la situation montre bien que le capitalisme est aujourd’hui incapable de donner quoi que ce soit et que les processus de crise vont se multiplier et s’accentuer. 

C’est en ce sens qu’Anasse revient sur les désaccords stratégiques avec La France Insoumise, en soulignant que bien que nous soyons ensemble dans les luttes, ce n’est pas par les urnes que le système capitaliste pourra être renversé, mais bien par le résultat de grands mouvements sociaux, de révolutions, comme l’a montré l’Histoire. Bien que la tactique électorale soit utile selon les révolutionnaires pour porter haut et fort une voix indépendante ouvrière, pour Anasse, l’horizon n’est pas à 2022 aujourd’hui, mais bien à la généralisation du combat contre les attaques patronales. 

Notre combat à nous, il est dans celui de lutter dès aujourd’hui, face à la vague de licenciements, face à la vague de plans sociaux, et on a la nécessité de lutter et de se réveiller, parce que en 2022, les camarades de GrandPuits ils seront déjà au chômage, les camarades de Bridgestone aussi : on peut pas attendre 2022 pour changer les choses




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