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VIDEO. Convocation des donateurs de Dettinger : « C’est un détournement de la procédure » pour l’avocate

Plusieurs centaines de personnes ayant participé à la cagnotte de soutien à Christophe Dettinger ont été convoquées par la police ces derniers jours. Interviewée par Vécu, Maître Laurence Léger, avocate de Christophe Dettinger, dénonce une tentative d'intimidation envers les personnes solidaires de la figure du boxeur emblématique du mouvement des Gilets Jaunes.

jeudi 13 juin

On se souvient de la campagne médiatique et judiciaire menée contre Christophe Dettinger, qui avait été condamné à 30 mois de prison après la diffusion des vidéos qui le montraient passer à l’offensive contre les forces de répression lors d’une manifestation des Gilets Jaunes à Paris en janvier dernier. A l’époque le gouvernement avait fait fermé la cagnotte en ligne, effrayé par le nombre impressionnant de dons qui avaient atteint plus de 120.000€ en moins de 48h, tandis que Marlène Schiappa était même allée jusqu’à demander à Leetchi le nom des quelques 8.000 donateurs de la fameuse cagnotte de soutien. Au vu des derniers éléments qui révèlent l’ampleur massive des convocations adressées aux donateurs, c’est à une véritable entreprise d’intimidation que le gouvernement semble s’adonner ces derniers jours, tout en dévoilant au passage leur identité puisque les convocations ont été envoyées dans un seul et même mail groupé.

Et pour cause, si des centaines de personnes ont été convoquées par la police formellement pour témoigner dans le cadre d’une plainte pour abus de confiance contre Leetchi, c’est bien l’avocate de Christophe Dettinger qui a déposé la plainte en question, après avoir été sollicitée par 55 donateurs qui s’estimaient lésés par la fermeture arbitraire de la cagnotte. Or il apparaît à la lumière des témoignages des personnes convoquées, que les questions posées lors des auditions s’éloignaient du motif de la plainte, et les faisaient plutôt passer pour des séances d’intimidation dans les locaux des forces de répression.

En effet, voici d’après une personne mise en cause, les questions posées par les policiers lors de son audition :

« Êtes-vous complice de la violence contre la police ?
Êtes-vous d’accord avec les agissements de Dettinger ?
Pourquoi donner de l’argent à des cagnottes soutenant la violence ?
Savez-vous ce vous risquez, car si vous êtes complice vous risquez gros ?
Avez vous consommé de l’alcool ?
Nous allons effectuer un test d’alcoolémie (j’avais 0) »

Maître Laurence Léger a donc tenu tout d’abord à dénoncer le détournement de procédure. Car d’une part, il apparaît clairement que ces questions n’ont rien à voir avec la plainte pour abus de confiance déposé par l’avocate contre Leetchi, étant donné que dans le cadre d’une telle enquête, le plus logique aurait été de convoquer les dirigeants du site internet et non les donateurs. D’autre part convoquer les donateurs en qualité de témoins permet à la police de les empêcher d’être assistés d’un avocat, tandis que les questions posées se font plus accusatrices des opinions politiques des mis en cause qu’autre chose.

En plus des 30 mois de prison et 7000€ d’amende auxquelles il avait déjà été condamné, Christophe Dettinger a aussi été victime de sanctions disciplinaires à l’initiative de son employeur, l’Etat, qui l’avait suspendu de son travail pendant un mois sans salaire, tandis qu’il le menace encore aujourd’hui de licenciement si jamais il venait à s’exprimer dans les médias. Mais il ne suffit apparemment plus au gouvernement de s’attaquer à ce symbole du mouvement, voir même à sa famille, en menant des « perquisitions sales » chez lui – comme maître Léger qualifie ces perquisitions qui ont pour objectif de « casser les gens et les objets ». Non, dans le sillage des propos de la secrétaire d’état Marlène Schiappa qui après avoir applaudi à l’arrestation de Christophe Dettinger, se déclarait favorable à l’identification des personnes solidaires du boxeur, le gouvernement décide aujourd’hui d’intimider les donateurs pour la cagnotte. Une illustration de plus de la nature de l’appareil judiciaire, qui au lieu d’enquêter sur les (trop) nombreuses violences policières commises à l’encontre des Gilets Jaunes éborgnés et mutilés à coups de flashball et de grenades GLI-F4, se donne pour tâche d’enquêter sur les personnes solidaires du mouvement des Gilets Jaunes et de la figure que symbolise Christophe Dettinger.




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