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Jeunesse

Paris 8

VIDÉO. « Pas assez rentable » : les étudiants privés de cantine à l’IUT de Montreuil

Considéré comme « pas assez rentable » par le prestataire privé, le restaurant universitaire de l’IUT de Montreuil est fermé depuis plus d’un an, privant les étudiant-es de repas abordables. Pendant ce temps, les files d’attente pour recevoir des colis alimentaires continuent de se remplir d’étudiant-es.

mardi 23 novembre

Les élèves de l’IUT de Montreuil, site rattaché à Paris 8, sont actuellement privés de restaurant universitaire depuis mars 2020. Ils sont donc privés de la possibilité de se nourrir à des prix abordables, à savoir 3,30 euros pour les non-boursiers, et 1 euro pour les boursiers, ces derniers, en tant qu’étudiants parmi les plus précaires, sont, de fait, encore plus impactés par la fermeture de ce restaurant. Cette fermeture vient aggraver encore la situation des étudiants, pour lesquels étudier ressemble de plus en plus à un chemin de croix, sachant que près d’un étudiant sur deux doit travailler pendant ces études pour pouvoir vivre.

La fermeture de ce restaurant constitue donc une injustice supplémentaire pour les étudiant-es, ce qui suscite légitimement leur colère. En témoigne les quelques étudiants que nous avons interrogés, ce restaurant était pour eux la seule possibilité de manger un repas chaud et équilibré. Depuis la fermeture, ils sont obligés d’aller acheter leur nourriture dans des enseignes extérieures à la faculté, une alimentation déséquilibrée qui leur revient bien trop cher. Une situation qui dure depuis un certain temps, et qui ne semble pas aller pour se résoudre. En effet, lucides, les étudiant-es de l’IUT voient bien que « le CROUS s’en fout », comme l’affirme Sophie*, et que « la direction ne fait pas ce qu’il faut » déclare Gabriel*. Une situation qui devient « insupportable » assure Tom*. Sophie ajoute : « J’ai toujours eu une cantine, et c’est étant étudiante que l’on me la coupe, là où ou j’en ai le plus besoin ».

Un problème qui dure depuis longtemps, résultat du manque criant de moyens à l’Université

Dans un article du Parisien paru en 2017, on pouvait déjà lire ceci : « Les portes du resto U, dont le Crous a cédé la gestion des locaux à la direction de l’IUT à l’été 2016, sont une nouvelle fois restées fermées ce jeudi midi. Une triste réalité qui perdure depuis bientôt deux ans et qui exaspère les étudiants. ». Ainsi, déjà à l’époque, les portes du restaurant restaient fermées une première fois, le Crous ayant alors délégué la gestion du restaurant universitaire à l’IUT de Montreuil, faute de moyens, comme le rapportait France bleu dans cet article. Un problème, donc, qui ne date pas d’hier. L’ancien directeur de l’IUT de Montreuil déclarait alors dans un communiqué qu’un appel d’offres avait été lancé et qu’un prestataire privé avait répondu à cette offre, avant d’annoncer une nouvelle fermeture du restau U car « pas assez rentable ».

Le Crous, en tant qu’établissement sous tutelle du ministère de l’enseignement supérieur, est bien l’organisme chargé de gérer les restaurants universitaires sur les lieux d’études, et c’est bien lui qui a démissionné de sa mission en 2016 faute de moyens pour l’assurer.

Une situation qui résulte de la politique consciente de casse de l’Université menée par les gouvernements successifs qui vident les facs et les Crous de leurs moyens. Une politique que continue de mener Frédérique Vidal, ministre en poste de l’enseignement supérieur. C’est donc bien au gouvernement que revient la responsabilité première de la fermeture de ce restaurant. En les vidant de leurs moyens, le gouvernement soumet toujours plus les Crous et la gestion des restaurants universitaire à la privatisation et aux loi du marché. Ces derniers sont ainsi contraints de faire appel à des prestataires privés dont la seule logique est d’assurer la rentabilité de leur activité.

Une logique totalement contradictoire avec l’idée même de l’Université comme service public accessible à toutes et tous et qui montre la réalité même d’un enseignement supérieur délabré, et dont les étudiants sont les premiers à en pâtir.

Alors que les étudiants crèvent de faim Vidal et le gouvernement continuent leur politique anti-étudiants

La situation de l’IUT de Montreuil n’est pas un cas isolé, une quinzaine d’établissement seraient dans la même situation juste au sein de l’académie de Créteil, une situation qui n’est que la conclusion logique d’ensemble de la politique mené par le gouvernement vis-à-vis de l’enseignement supérieur.

La crise du covid avait mis en lumière la profondeur de la précarité étudiante. Or depuis la rentrée les files d’étudiant-es lors de distributions de colis alimentaires continuent de s’allonger. Face à cette précarité , qui se conjugue à une situation économique dégradée, marquée par la hausse des prix de l’énergie et des biens de première nécessité, la réponse de Vidal et du gouvernement, n’a été que le mépris.

Récemment Vidal a osé affirmer que « jamais un gouvernement n’avait déployé de tels moyens pour son enseignement supérieur, sa recherche et son innovation » lors d’une audition au Sénat au mois d’octobre dernier. Mais derrière les annonces creuses et les mensonges, les crachats à la figure des étudiant-es se sont succédés.

La réalité est toute autre, la « hausse » du budget de l’enseignement supérieur, vient à peine compenser la forte inflation. De plus, à la rentrée, Vidal a acté la fin du repas à 1 euro pour tous-tes les étudiant-es, tarif désormais réservés aux seuls boursiers. De plus le gouvernement se vantait d’opérer une hausse de.. 1% des bourses sur critères sociaux délivrées par le Crous dans un contexte où l’inflation est de 1,8%... Par ailleurs, derrière cette augmentation de budget qui n’en est pas une, les dépenses par étudiant-es continuent de chuter.

Et au même moment, Vidal et le gouvernement partent en croisade contre « l’islamo-gauchisme » et multiplient les attaques contre la liberté académique et pédagogique tout en visant explicitement les personnes musulmanes ou assimilées comme tel. De l’autre côté, en privatisant la recherche ils ouvrent les portes de l’université à des patrons à l’agenda politique raciste et réactionnaire comme Bolloré, sponsor de Zemmour, qui finance aujourd’hui un projet de recherche à Paris 8.

Contre cette situation il devient urgent pour les étudiant-es de s’organiser pour ne pas subir les attaques répétées du gouvernement contre l’Université, et de revendiquer urgemment une augmentation réelle et massive des moyens à l’Université mais également, pour faire face à la précarité et pouvoir étudier dans des conditions dignes : la mise en place d’un revenu étudiant à hauteur du SMIC, financé par un impôt fortement progressif sur les grandes fortunes.




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